
« Menaces et guerres hybrides : les lignes rouges de l’OTAN face aux Russes »
Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, souligne que la situation actuelle est celle d’une « guerre hybride », une notion développée par le général Gerasimov, chef d’état-major des forces armées russes. Selon lui, cette stratégie est mise en œuvre parce que la Russie est consciente de son incapacité à mener une offensive directe contre l’Europe.
Lors du sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Ankara en juillet dernier, les membres de l’alliance ont réaffirmé leur engagement à faire face à la menace que représente la Russie pour la sécurité euro-atlantique. Cependant, une partie de la population européenne semble vivre dans l’illusion d’une paix persistante. Le général Trinquand note que les gouvernements tentent de gérer l’opinion publique tout en répondant aux provocations russes, une tâche délicate.
Face à cette menace, la question se pose : comment l’OTAN et les pays européens adaptent-ils leurs capacités de réponse ? Le général Trinquand explique que les réponses sont désormais « calibrées et graduelles », s’articulant autour de trois niveaux, notamment au niveau national.
Le 20 août dernier, la Roumanie a démontré cette nouvelle approche en déployant des chasseurs F-16 pour intercepter un drone naval menaçant un projet gazier en mer Noire, une réaction qui aurait été plus lente auparavant. Les règles d’engagement de l’OTAN, qui régissent l’utilisation de la force face à une menace, ont été révisées. Selon le général, ces nouvelles directives, bien que classifiées, permettent désormais aux pilotes de réagir sans attendre une autorisation supplémentaire une fois qu’une menace a été identifiée.
Dans un contexte où les tensions sont palpables, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a récemment été en visite à Moscou pour échanger avec les services de renseignement russes. Trinquand souligne que cette rencontre n’est pas anodine et rappelle que son prédécesseur avait déjà effectué un voyage similaire peu avant l’invasion de l’Ukraine, dans le but de dissuader la Russie.
Les évolutions récentes des capacités de défense de l’OTAN sont également notables. Le 18 août, un dispositif aérien dirigé par les États-Unis a été déployé en mer Baltique, à proximité de l’exclave russe de Kaliningrad. Ce déploiement, qui a inclus des moyens de renseignement électronique avancés, visait à envoyer un message clair à Moscou sur la vigilance des États-Unis face à une éventuelle attaque.
La situation en Europe a changé depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Alors que les États-Unis commencent à réduire leur présence militaire sur le continent, la Commission européenne a lancé le plan de réarmement ReArm Europe, avec un objectif financier de 800 milliards d’euros pour renforcer la défense européenne. Des initiatives telles que SAFE, destinées à soutenir la production d’équipements militaires, ont également vu le jour, bien que leurs effets ne soient pas immédiats.
Le général Trinquand insiste sur le fait que « la défense de l’Europe, c’est l’OTAN », soulignant le manque d’autorité de la présidente de la Commission européenne dans ce domaine. Il précise que les projets de défense, comme le « mur anti-drones » européen, doivent être soit nationaux, soit intégrés à l’OTAN.
En ce qui concerne les provocations russes, Trinquand évoque des attaques menées par des réseaux criminels, soigneusement calculées pour éviter d’activer l’article 5 du traité de l’OTAN, qui stipule la défense collective. Les menaces de Moscou envers les usines britanniques produisant des drones pour l’Ukraine illustrent cette stratégie.
Le général conclut que la réponse à cette guerre hybride doit également être hybride, évitant une escalade vers un conflit ouvert. Les Alliés se préparent à divers scénarios, notamment une éventuelle invasion de Narva, une ville estonienne, par des forces russes. La réaction des forces de l’OTAN dans ce cas pourrait ne pas nécessiter l’activation de l’article 5.
Enfin, il est à noter que les Européens se montrent aujourd’hui plus préparés qu’auparavant face à ces menaces. Des pays comme la Pologne et les États baltes collaborent avec l’Ukraine pour développer des équipements militaires, renforçant ainsi leur capacité de réponse. Dans ce contexte, la Russie semble pressée d’agir avant que l’Europe ne devienne trop forte. Les ingérences russes en Europe se multiplient, visant à fragmenter l’unité de l’OTAN et à manipuler l’opinion publique.
