Belgique

Maximus Ier, souverain du 16 rue de la Loi.

Le chef du Gouvernement relit consciencieusement les documents préparatoires de son intervention, un discours à plus de 180 milliards d’euros, le montant des fonds russes logés en Belgique chez Euroclear. Maximus Textoris Pulcher, le chat du Premier ministre, a un compte Instagram qui a atteint 136 000 followers en six mois.


Dans le grand bureau du Premier ministre, situé au 16 rue de la Loi, tout est bien organisé. Assis derrière une grande table moderne, le chef du Gouvernement relit attentivement les documents préparatoires de son discours. À l’aide d’une règle, il surligne les éléments clés d’une intervention qui concerne plus de 180 milliards d’euros, la somme des fonds russes placés en Belgique chez Euroclear.

Pendant ce temps, au pied de Bart De Wever, Maximus, son chat, se comporte comme une véritable diva. Quand on tente de le toucher, il se montre distant et s’éloigne. En revanche, s’il estime ne pas recevoir suffisamment d’attention, il se lance dans un grand numéro de charme. Avec 177.000 abonnés sur Instagram, il est difficile de lui en vouloir.

Officiellement, il se prénomme Maximus Textoris Pulcher, ce qui en latin signifie : « le plus grand (maximus), beau (pulcher) du tisserand (textoris) ». Ici, Textoris est le génitif de textor. Mais pourquoi un tisserand fait-il partie de cette histoire ? Par un jeu de mots dont la Belgique a le secret, on passe du latin au néerlandais, où « le tisserand » se traduit par « de wever ».

Nous savons que le Premier ministre est un latiniste distingué qui admire la Rome antique au point d’en brandir les symboles impériaux lors de ses campagnes électorales gagnantes. Ainsi, une traduction littérale de Maximus Textoris Pulcher offre un sujet d’analyse tant grammaticale que symbolique. En effet, le nom complet que le plus puissant homme de Belgique a donné à son chat ne fait pas référence à un chat. Pour cela, il aurait fallu écrire « Maximus pulcherque feles textoris » pour dire « le plus grand, beau chat (feles) du tisserand ». En ne mentionnant pas « feles », on pourrait croire que Bart De Wever attribue ces deux épithètes flatteuses non à son animal de compagnie mais au tisserand, et par extension, à lui-même. Un intéressant lapsus.

Si la présence d’un chat au 16 rue de la Loi est inédite, ce n’est pas le cas dans d’autres lieux de pouvoir à l’étranger. En Grande-Bretagne, la présence de chats chasseurs de souris au domicile du Premier ministre remonte au 16ème siècle. À partir de 1920, un budget a même été alloué pour les soins et la nourriture du chat de « Number 10 ». Un statut officiel lui est désormais conféré.

Actuellement, le chat en question est Larry, un robuste matou provenant d’un refuge, qui est entré en fonction en 2011 sous David Cameron. Il a récemment célébré ses 19 ans et son septième Premier ministre.

D’où vient l’idée d’avoir un chat au 16 rue de la Loi ? « J’ai toujours voulu avoir un chat de bureau et, selon l’exemple britannique, je souhaitais adopter un chat d’un refuge, en lui attribuant une position officielle. Je prévoyais qu’il resterait au 16, qu’il appartiendrait à cet endroit et qu’il y resterait même si je partais un jour. Mais depuis que je l’ai rencontré, cela a un peu évolué. Je suis tellement attaché à Maximus que je ne peux pas imaginer le laisser ici. Il n’a pas, contrairement à son homologue britannique, de titre officiel. Ici, pas de problème de souris à régler. »

Concernant le rôle que Maximus joue dans les affaires quotidiennes du cabinet, le Premier ministre explique : « Il a un effet psychologique. Sa présence aide à détendre l’atmosphère. Il est toujours là, dort, ronronne, et cela a un effet apaisant. On peut reconnaître immédiatement les visiteurs et les ministres qui adorent les chats. La plupart des gens apprécient la présence d’un animal de compagnie. »

S’interrogeant sur le ministre préféré de Maximus, il répond : « Je dirais que c’est Mathieu Bihet. Il adore les chats et a même offert un bol avec des expressions wallonnes, que Maximus utilise pour ses repas. »

Sur le succès de Maximus sur Instagram, il déclare : « Quand nous l’avons adopté, nous avons voulu donner une chance à un animal qui avait eu un parcours difficile. C’est un Scottish Fold, une race interdite en Belgique, et il a le sida des chats. Avec tout cela, ses chances d’adoption étaient minimes. Cela a suscité un grand intérêt dès le premier jour, provenant même parfois de personnes vivant aux Pays-Bas. Nous avons alors pensé à créer un compte Instagram, sans nous imaginer qu’il attirerait autant d’abonnés en si peu de temps. »

Interrogé sur l’impact de Maximus sur son image publique, le Premier ministre répond : « Ce n’était pas mon intention initiale. Je suis simplement un amoureux des chats et j’ai voulu lui donner une chance. Cependant, je ne peux pas nier qu’avec son succès sur Instagram, il a contribué à adoucir mon image, surtout dans le sud de notre pays. »

Quant aux petites bêtises de Maximus, il précise : « Il a un air boudeur qui le rend drôle, mais ce n’est pas un chat difficile. Il adore dormir et, quand il est éveillé, il s’amuse à jouer et à explorer. Parfois, il se laisse surprendre en utilisant une plante comme litière, et nos collaborateurs capturent souvent ses photos et vidéos, alimentant ainsi notre compte Instagram. »

Enfin, sur une éventuelle retraite avec Maximus, De Wever plaisante : « Pas si vite. Je pourrais encore avoir une seconde législature ici ! »