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Le retour en grâce de Nokia après des années de galère

Nokia a cédé sa division téléphones portables à Microsoft en 2013 pour 5,44 milliards d’euros. En 2024, Nokia a racheté la société américaine Infinera pour 2,3 milliards de dollars, devenant ainsi « le deuxième fournisseur mondial dans le domaine du réseau optique, détenant désormais une part de marché de 20% ».


C’est une époque que les jeunes de moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, celle où la marque finlandaise Nokia dominait largement le marché des téléphones portables avec des modèles emblématiques tels que le Nokia 3310, lancé en 2000, dont plus de 125 millions d’exemplaires ont été vendus dans le monde.

À cette époque, Nokia était considérée comme la référence en matière de téléphones portables. Cependant, l’entreprise finlandaise a manqué le tournant des smartphones, alors qu’Apple lançait son premier iPhone en 2007. En 2013, Nokia a finalement décidé de vendre sa division téléphones portables à Microsoft pour 5,44 milliards d’euros.

Bien que Nokia « fut longtemps [la marque de téléphones portables] la plus vendue au monde », son histoire ne s’arrête pas là. En effet, l’entreprise existe toujours, même si elle ne produit plus de téléphones. Elle s’est transformée en l’un des leaders mondiaux des équipements de réseaux de télécommunications. L’année dernière, Nokia a réalisé un chiffre d’affaires de 19,9 milliards d’euros, et sa valeur boursière s’élève à près de 50 milliards d’euros. De plus, l’entreprise semble entrer dans une nouvelle phase de croissance en raison de l’essor de l’intelligence artificielle et des centres de données.

**Quand Nokia surfe sur la vague Nvidia**

En octobre 2025, une annonce choc secoue le secteur technologique européen : le célèbre fabricant américain de puces électroniques Nvidia devient un actionnaire important de Nokia en acquérant une participation de 2,9 % dans le capital de la firme finlandaise. Ce nouvel investissement s’élève à un milliard de dollars, une somme dérisoire pour Nvidia, qui a enregistré un bénéfice d’environ 120 milliards de dollars l’année précédente. Cependant, pour Nokia, l’essentiel réside ailleurs : elle vient de conclure un partenariat stratégique avec l’entreprise américaine pour « développer la technologie cellulaire 6G et les réseaux sans fil alimentés par l’IA ». Nokia adaptera ses logiciels 5G et 6G afin de les faire fonctionner sur les puces de Nvidia. Les deux entreprises collaboreront également sur des technologies de réseau spécialement conçues pour les applications d’IA.

L’intelligence artificielle occupe ainsi une place centrale dans la nouvelle stratégie de Nokia, qui ne cache pas son ambition de « se positionner comme leader de la transformation des réseaux pilotée par l’IA et capter la valeur du supercycle de l’IA ».

Avant de se rapprocher de Nvidia, Nokia avait déjà réalisé une opération significative : l’acquisition, en juin 2024, de la société américaine Infinera pour 2,3 milliards de dollars, spécialisée dans les réseaux optiques. Cette opération lui a permis de devenir « le deuxième fournisseur mondial dans le domaine du réseau optique, détenant désormais une part de marché de 20 %. Ce positionnement le place juste derrière Huawei, un leader du marché disposant d’une forte présence en Chine, un marché difficile d’accès pour les entreprises occidentales. Nokia cherche ainsi à renforcer sa présence dans ce secteur en pleine expansion ».

**Le retour en force de Nokia sur les marchés boursiers**

Les indicateurs semblent favorables à Nokia, comme le montre l’évolution de son action à la Bourse d’Helsinki. En juin 2000, elle atteignait un sommet de 60,9 euros, à une époque où ses téléphones portables dominaient le marché en pleine « bulle Internet ». Toutefois, cette situation n’a pas duré. L’éclatement de la bulle et, surtout, le ratage du passage du téléphone portable au smartphone ont lourdement impacté Nokia, dont la valeur boursière a chuté au point d’atteindre un creux de 1,25 euro en juillet 2012.

Actuellement, Nokia retrouve des couleurs en bourse. Après des années difficiles, le rachat d’Infinera et le rapprochement stratégique avec Nvidia ont redynamisé l’intérêt des analystes pour la société. Ceux de Bank of America ont notamment révisé à la hausse leur objectif de cours pour Nokia, le faisant passer de 6,87 euros à 10,7 euros, le 13 avril dernier.

Ils justifient cette décision par la « l’exposition croissante de l’équipementier télécoms finlandais aux réseaux optiques et à la demande des hyperscalers », les géants du cloud computing et des centres de données tels que Google Cloud, Microsoft Azure, Amazon Web Services ou Alibaba, dont la demande est stimulée par le déploiement des centres de données IA.