Belgique

Maître Dimitri de Beco déclare : ‘Monsieur Falzone, vous êtes un assassin !’

L’avocat Dimitri de Beco a plaidé mardi en faveur des familles des victimes du drame de Strépy, mettant en avant les conséquences tragiques de l’accident sur la vie des proches. Il a souligné que Paolo Falzone risquait un maximum de 5 ans pour homicides involontaires, un maximum de 30 ans pour meurtres, ou la perpétuité si la préméditation était retenue.


Il plaide en dernier, concluant les plaidoiries des avocats des parties civiles. L’avocat Dimitri de Beco prend la parole ce mardi, juste avant le réquisitoire de l’avocat général. Il défend les familles les plus touchées par le drame de Strépy : celles des Cascarano, Imperiale et Chavrepierre. Ces familles étaient présentes au ramassage ce matin-là car elles avaient été invitées au carnaval. L’avocat souligne les traditions carnavalesques de la région du Centre en déclarant : « Moi qui suis de la capitale, on n’a pas envie d’y rentrer à la capitale. On a envie de rester ici, avec vous« . Cependant, il rappelle rapidement que ce matin de carnaval a conduit plus de 200 personnes devant la cour d’assises depuis près d’un mois : « Ce cortège de joie, de fête, transformé en massacre a donné lieu à un autre cortège, qui a commencé le 4 mai dernier : un cortège funèbre« .

L’avocat s’adresse ensuite aux victimes qu’il défend, évoquant particulièrement les deux filles de Christine Chavrepierre, décédée après plus de deux années de souffrances. Les filles montrent, vidéo à l’appui, comment cette femme vibrante et élégante est devenue incapable de parler, de se déplacer, et de se nourrir sans aide. Il s’adresse à elles : « Elodie et Amandine…« . Il exprime sa compassion : « Quand on est des enfants, on devrait faire une vidéo pour les 60 ans de sa maman, et pas pour montrer à des jurés et à des accusés les conséquences de ce drame ».

Il s’adresse aussi à Lorena Cascarano, la jeune femme ayant perdu trois proches le 20 mars 2022 : « Personne, (il insiste, déterminé) personne ! … ne devrait enterrer le même jour son papa, sa maman et son parrain« . L’avocat relate la journée tragique, décrivant Lorena, 23 ans, tentant d’appeler des personnes « qui ne répondront plus jamais« . Il rappelle que, au lieu de soutirer l’attention en défendant sa thèse de doctorat en biochimie devant sa famille ce jour-là, « Lorena, début mai, préparait sa déposition devant la cour d’assises« .

L’avocat explique la procédure aux jurés : ils devront se prononcer sur 262 questions concernant la culpabilité de Paolo Falzone et 60 autres sur celle d’Antonino Falzone, poursuivi pour abstention coupable. Pour Paolo, ils doivent décider s’il s’agit d’homicide involontaire ou de meurtre pour chaque victime, ainsi que sur 81 tentatives de meurtre. Sur la qualification entourant le décès de Frédéric D’Andrea, il précise : « Un homicide involontaire, c’est un pot de fleurs qui tombe du balcon et qui tue quelqu’un« .

Me de Beco réclame un verdict pour meurtre et anticipe les arguments de la défense : « la deuxième question à laquelle vous devrez répondre, c’est le fait d’avoir très involontairement, par défaut de prudence, de précaution, d’attention, causé la mort de quelqu’un. Ce qu’on juge ici, depuis 4 semaines, ce n’est pas ça ! s’exclame-t-il. Un homicide involontaire c’est un pot de fleurs qui tombe du balcon et qui tue quelqu’un. Ça, c’est involontaire. La défense vous demande ça. De dire qu’il ne l’a pas fait exprès« .

L’avocat continue en affirmant que si la défense de Paolo Falzone avait obtenu ce qu’elle réclamait, c’est-à-dire le statut de « banal accident de la route », « les faits auraient été jugés par un tribunal de police entre un dépassement de vitesse et un feu rouge grillé. C’est ça que vous demande la défense. De considérer que c’est un accident. En droit, ça ne tient pas« . Il conteste les futurs arguments de la défense en précisant : « La défense vous dira : « mon client n’a pas voulu la mort ». L’avocat de Paolo Falzone sait très bien qu’il ne faut pas avoir voulu la mort pour être un meurtrier. Un meurtre c’est aussi quand on pose des actes consciemment, volontairement dont on sait que dans le cours normal des événements, ils vont entraîner la mort« .

Le plaidoyer sert aussi à établir que Paolo Falzone savait ce qu’il faisait et qu’il a pris des risques conscients : « Cet homme, chaque fois qu’il fait une story, chaque fois qu’il prend la route joue à la roulette russe« . En roulant de manière imprudente, il ignore tous les avertissements reçus de son entourage. L’avocat met en lumière que Falzone ressentait le besoin d’améliorer la puissance de son véhicule pour dépasser les 350 chevaux.

Il conclut en rappelant que Paolo Falzone ne pouvait pas ignorer qu' »un jour, quelqu’un allait se prendre la balle. Et ce fût un jour de carnaval, et il n’y a pas eu un mort, mais sept« . Le procès continue de montrer la douleur et la complexité des sentiments des avocats face aux souffrances des victimes, tout en pratiquant un appel poignant à la justice.

Me de Beco indique également que pour abstention coupable, Antonino Falzone encourt une peine maximale de deux ans de prison, tandis que Paolo Falzone fait face à des peines d’emprisonnement allant de cinq ans pour homicides involontaires, jusqu’à la perpétuité si la préméditation est retenue.