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L’uranium fantôme de la RDC : une filière secrète vers la Chine.

La République démocratique du Congo (RDC) est officiellement classée comme non productrice d’uranium. Cependant, une enquête récente révèle qu’entre 2000 et 5000 tonnes de ce minerai stratégique auraient été exportées clandestinement du pays au cours des 25 dernières années, principalement vers la Chine. Ce volume équivaut à l’approvisionnement nécessaire pour environ 600 têtes nucléaires ou pour une centrale d’un gigawatt.

Cette conclusion émane d’une investigation menée par le média d’investigation Lighthouse Reports, en collaboration avec le Financial Times et des chercheurs des universités de Wisconsin-Madison et de Princeton. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique Nature Communications et relayés par Le Monde.

Les mécanismes par lesquels ces exportations ont échappé aux radars soulèvent des questions cruciales. Pourquoi la RDC et la Chine ont-elles choisi cette voie illégale pour commercer ?

Le sous-sol congolais est connu pour sa richesse en uranium, un fait établi depuis la découverte du gisement de Shinkolobwe par l’Union minière du Haut-Katanga en 1915. Pendant la Seconde Guerre mondiale, cet uranium a été envoyé aux États-Unis pour fabriquer les bombes nucléaires « Little Boy » et « Fat Man », larguées sur le Japon en 1945.

Bien que la mine de Shinkolobwe soit fermée depuis les années 1960 et que l’extraction artisanale ait été interdite en 2004, le pays continue de voir ses ressources exploitées, notamment pour le cuivre et le cobalt. La demande croissante pour ces minerais, en particulier pour la fabrication de batteries lithium-ion, a propulsé la production de cobalt de la RDC à plus de 150 000 tonnes par an, plaçant le pays en tête des producteurs mondiaux.

L’uranium est souvent associé au cobalt lors de l’extraction. Tomas Statius, un des coauteurs de l’enquête, explique que l’extraction de cobalt génère des roches qui contiennent également de l’uranium. La séparation de ces deux minerais est complexe, mais l’ajout d’acide phosphorique permet de respecter les normes de radioactivité imposées par les autorités congolaises.

Les auteurs de l’enquête ont estimé que, malgré l’interdiction, entre 2000 et 5000 tonnes d’uranium auraient été exportées, en se basant sur des données géologiques et des archives. Ils notent que le cobalt exporté ne peut pas avoir été entièrement traité pour éliminer l’uranium, laissant une portion non déclarée.

La Chine, qui importe 95 % du cobalt congolais, pourrait tirer profit de cette situation en obtenant deux minerais à travers une seule extraction. Les capitaux chinois sont majoritaires dans de nombreuses mines de cobalt en RDC, ce qui facilite ces transactions.

La question se pose alors de savoir pourquoi la Chine utiliserait cette méthode clandestine pour s’approvisionner en uranium. D’une part, cela pourrait être pour alimenter ses centrales nucléaires, alors que la demande d’électricité augmente. D’autre part, il existe des préoccupations quant à l’utilisation militaire potentielle de cet uranium, la Chine développant son arsenal nucléaire à un rythme accéléré.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a été contactée sur ce sujet et a minimisé les inquiétudes, affirmant que l’uranium est souvent considéré comme une impureté dans le cobalt. Cependant, les critiques soulignent les failles dans le contrôle des exportations d’uranium, mettant en lumière les limites de l’AIEA, qui ne dispose que de 275 inspecteurs pour surveiller 191 pays.

En conclusion, bien que les quantités d’uranium exportées de la RDC soient relativement faibles par rapport aux besoins mondiaux, la manière dont ces exportations ont eu lieu soulève des questions importantes sur la sécurité et la non-prolifération nucléaire. La situation souligne les défis auxquels fait face la communauté internationale pour contrôler les flux de matières nucléaires et prévenir leur détournement à des fins militaires.