Belgique

Les eaux usées de 33.000 habitants de Jupille se déversent dans la Meuse, sans traitement.

Une étude alarmante révèle l’état déplorable des infrastructures d’égouttage dans la région liégeoise, soulevant d’importantes préoccupations sanitaires et environnementales. Ce rapport, élaboré en 2025 par l’AIDE, l’intercommunale responsable de l’épuration des eaux, met en lumière une réalité troublante : des centaines de canalisations de maisons se déversent directement dans le ruisseau des Moulins, entraînant des eaux usées non traitées dans la Meuse.

« 33.000 personnes voient toutes leurs eaux usées terminer en direct dans la Meuse. Ce qui est sans équivalent en Wallonie », souligne Pierre Eyben, conseiller communal Vert Ardent à Liège, qui a réagi aux résultats de cette étude récemment présentée aux communes concernées. Il déplore la présence de plus de 100 points d’interconnexion entre les eaux usées et le ruisseau, entraînant un mélange néfaste pour l’environnement.

Cette étude, commandée par la SPGE, vise à dresser une cartographie précise du réseau d’égouttage et des cours d’eau du bassin-versant du ruisseau des Moulins. Son objectif est d’identifier les dysfonctionnements du système et de proposer un plan de travaux chiffré pour séparer les eaux usées des cours d’eau.

L’ingénieure de l’AIDE, Catherine Debources, explique que plusieurs réseaux se chevauchent dans le sous-sol, incluant le ruisseau des Moulins et le réseau d’égouttage qui collecte les eaux usées des maisons, les eaux de pluie et les eaux de ruissellement. Ce mélange entraîne des matières fécales, des résidus de médicaments et des produits d’entretien directement dans le fleuve, sans aucune épuration.

En outre, le quartier de Jupille fait face à des inondations fréquentes. La canalisation qui dirige les eaux vers la Meuse, conçue à une époque où la population était bien moins dense, est désormais obsolète. Le vieillissement des infrastructures aggrave la situation, provoquant des débordements des égouts et des ruisseaux.

Tony Detilleux, résident de la région, témoigne des conséquences de ces inondations, ayant subi cinq épisodes depuis 2018. « En période d’orage, c’est quasi une rivière dans le fond de mon jardin », déplore-t-il. La ville de Liège, consciente de ces enjeux, a décidé d’exproprier plusieurs maisons situées au-dessus de la partie canalisée du ruisseau, en état critique. Vicky Scarmuzza, propriétaire d’une entreprise locale, explique que cette procédure est en cours pour relocaliser les entreprises touchées.

Les travaux nécessaires pour remédier à ces problèmes sont estimés à 35 millions d’euros. L’AIDE a établi une liste des interventions à réaliser, incluant la redéfinition des trajets des eaux, le redimensionnement des égouts, la création de nouveaux bassins d’orage et la construction d’un collecteur pour séparer les eaux usées du ruisseau des Moulins. « On sait ce qu’il faut faire, c’est énormément de travaux et énormément d’argent », conclut Catherine Debources.

La Ville de Liège a indiqué que les travaux à venir devraient concerner à la fois l’égouttage et les inondations, avec une prise en charge principalement par la Région, bien que les communes soient également impliquées. Toutefois, la SPGE n’a pas encore répondu aux demandes concernant la planification de ces travaux cruciaux.