Belgique

L’Enquête nationale montre que les Belges ne sont pas optimistes.

Le pessimisme à propos de l’économie et du pouvoir d’achat monte parmi les Belges, particulièrement au sud du pays. Des mesures de hausse de TVA et d’indexation plafonnée sont massivement rejetées, avec 90 % des électeurs du PTB et 75 % des électeurs du MR opposés à la hausse de la TVA.

Pessimisme généralisé concernant l’économie chez les Belges

Un premier constat : le pessimisme concernant l’économie, et en particulier le pouvoir d’achat, est en hausse. Cela est observé partout, mais c’est particulièrement marqué dans le sud du pays, où cela est jugé comme la priorité absolue. Au nord, la préoccupation pour les fins de mois augmente également, mais la principale inquiétude demeure l’état des finances publiques et le budget. À noter que l’immigration, qui était le principal sujet de préoccupation lors des élections de 2024, est passée au quatrième plan. Juste derrière le pouvoir d’achat se trouve la question de la représentation politique, le nombre d’élus, la particratie et la méfiance envers le bon fonctionnement de la démocratie actuelle.

Pouvoir d’achat : rejet massif du plafonnement de l’index

Le contexte de cette enquête majeure est marqué par la guerre en Iran et par des décisions fédérales récemment annoncées et débattues. Les mesures de hausse de TVA et d’indexation plafonnée rencontrent un rejet massif, présent dans presque tous les électorats. Bien sûr, cela concerne les électeurs de gauche, mais également ceux de droite. Ainsi, 90 % des électeurs du PTB, 75 % des électeurs du MR, 80 % chez les Engagés et 60 % à la N-VA s’opposent à la hausse de la TVA. Le double saut d’index plafonné reçoit un carton rouge, avec moins de 30 % de soutien en Flandre et encore moins en Wallonie et à Bruxelles. Même si l’électorat de droite est plus divisé en Flandre et en Wallonie, celui de gauche est catégoriquement contre.

Des réformes soutenues malgré les oppositions

Certaines réformes, bien que contestées, sont néanmoins soutenues par la population. C’est le cas de la limitation dans le temps des allocations de chômage, qui reçoit un soutien généralisé : 77 % en Flandre, 59 % en Wallonie, et ce soutien semble même croître depuis l’année passée.

Il est particulièrement intéressant de noter que cette mesure est massivement soutenue parmi les électeurs du MR et des Engagés (près de 90 %). Cependant, ce n’est pas le cas au sein des partis de gauche. Ainsi, 60 % des électeurs du PS rejettent cette mesure, bien que 40 % la soutiennent, et près de la moitié des électeurs d’Ecolo et du PTB sont favorables. L’électorat de gauche apparaît donc divisé sur cette question. Une majorité d’électeurs de gauche se montre favorable à l’alignement de la pension des fonctionnaires sur celle du secteur privé ou à l’idée de rendre plus difficile l’acquisition de la nationalité belge (à l’exception des électeurs d’Ecolo). Même l’idée de contrôler davantage les malades de longue durée suscite un soutien, avec 60 % des électeurs d’Ecolo et du PS, et 64 % des électeurs du PTB en faveur. En revanche, comme pour l’index ou la TVA, la réforme des pensions — et en particulier la réduction de pension en cas de départ anticipé — est largement rejetée, surtout à gauche en Wallonie et à Bruxelles.

Ce type de divergence se retrouve également à droite. Prenons l’exemple de la taxe sur les plus-values, vigoureusement combattue par le MR : paradoxalement, 56 % des électeurs du MR y sont favorables. Cela montre que le discours sur le « aucun impôt nouveau« , ainsi que la position anti-taxe du président du parti, ne sont pas aussi clairs au sein de son électorat, qui semble attaché à l’idée d’une certaine équité fiscale. Une division similaire de l’électorat du MR est observable concernant la reconnaissance de l’État palestinien.

Défense : le soutien s’effondre contrairement à 2025

Un mot sur les investissements dans la défense : c’est l’un des tournants politiques initiés par l’Arizona. Le soutien au réarmement décroît au sein de la population, et cela de manière spectaculaire. L’année dernière, 71 % des Flamands et environ 60 % des Wallons et Bruxellois étaient favorables à une augmentation du budget de la défense à 2 % du PIB. Cette année, le gouvernement vise un objectif de 5 %, conformément aux exigences de l’OTAN sous la pression de Donald Trump. Toutefois, la population ne semble plus soutenir cette initiative, ou du moins pas autant : 54 % des Flamands et moins de 44 % des Wallons et des Bruxellois se montrent favorables. Ce clivage entre électeurs de gauche et de droite est assez marqué : plus on s’identifie à la gauche, plus on est opposé à la mesure, alors que ceux de droite cherchent à la soutenir. Il est crucial de noter qu’il y a un an, on pouvait observer un consensus relatif sur la défense, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Que retenir de cette analyse ? Il s’agit d’une montée significative de la préoccupation concernant le pouvoir d’achat et la situation économique, au détriment de sujets tels que l’immigration ou l’environnement. Ce phénomène est particulièrement remarquable dans le sud du pays, à savoir en Wallonie et à Bruxelles, où le sentiment d’avoir du mal à boucler les fins de mois est plus prononcé. Cela se traduit par un rejet massif des mesures qui impactent directement le pouvoir d’achat (index, TVA, pensions), tout en maintenant un certain soutien à un certain nombre de réformes (marché du travail, suivi des malades de longue durée, taxe sur les plus-values). De quoi amener tous les partis à réfléchir alors qu’un nouveau train d’économies est prévu pour cet été, soit dès demain.