Belgique

Le Prix des librairies indépendantes attribué à Violaine Lison pour « Lequel de nous portera l’autre ? »

Les carnets de Léonce Delaunoy, écrits de 1914 à 1918, expriment la guerre, l’amour et le désespoir sur le front de l’Yser. « Lequel de nous portera l’autre ? » de Violaine Lison a remporté le deuxième prix remis par le syndicat des libraires indépendants, représentant 90 librairies.


Ce sont des carnets dont la couverture en cuir est usée, soigneusement enveloppés dans un mouchoir de soldat. Léonce Delaunoy, avec une écriture délicate et poétique, se sert de la beauté des mots pour évoquer l’innommable, l’horreur qu’il a vécue entre 1914 et 1918 sur le front de l’Yser, alors qu’il était plongé dans la boue, le froid et la mort. Ces carnets, entièrement inédits et jalousement conservés par la famille de Léonce, originaire d’Ostiches dans la région d’Ath, parlent de la guerre, de l’amour, de la nature, du désespoir et de l’absurde, le tout avec une touche d’ironie noire. Même face à l’horreur, la force des mots s’affirme comme une forme de résistance.

Un jour en 2014, Violaine Lison reçoit ces carnets d’un collègue. Émerveillée, elle commence par les recopier, puis entreprend une véritable enquête. Violaine avance aux côtés de Léonce, qui chante la terre blessée, observe les oiseaux et ressent les vibrations écrasantes du bombardement. Ce jeune poète évoque des arbres foudroyés, des saisons, des rivières de cadavres et des chemins ravagés.

Léonce exprime également l’amitié et l’amour qu’il partage avec Herman, un autre jeune soldat, qu’il qualifie de « son plus que frère ». Cet amour-amitié, un secret pour Léonce, un séminariste profondément croyant, transparaît délicatement dans les carnets et à travers les mots de Violaine Lison.

L’écrivaine est frappée par la beauté de l’écriture de Léonce, qui aurait pu devenir un grand poète s’il n’avait pas été tragiquement tué par un obus en 1918. Pendant douze ans, Violaine se consacre à Léonce et à ses carnets, écrivant son roman comme s’il l’accompagnait, maintenant une proximité entre eux malgré les cent ans qui les séparent.

L’auteure, originaire de Tournai, nous immerge dans la richesse de la langue et la lucidité d’un homme de foi confronté à la guerre.

Que reste-t-il de cette vie écourtée par la guerre ? Des carnets, un mouchoir, un couteau, un chapelet en nacre, des boutons de capotes… Le tout est enfermé dans une boîte à souvenirs pieux d’une famille qui a élevé un autel au héros tout en cachant l’histoire d’amour de Léonce pour Herman, dans une certaine honte sociale.

Léonce était conscient de son destin mortel et c’est dans son mouchoir de soldat qu’il a enveloppé ses carnets, inscrivant l’adresse d’Herman, retourné chez lui loin du front.

Tous les objets de la guerre de Léonce sont également présents dans le livre de Violaine Lison, en tant que témoignages d’une histoire intime, des traces d’une vie vibrante figée par l’obscurité de la guerre. « Lequel de nous portera l’autre ? », un livre qui redonne la parole à Léonce.

Ce récit polyphonique, où les voix de Léonce et de Violaine se mêlent et se répondent, n’est pas un simple livre d’histoire, mais une rencontre rare et précieuse, un choc intertemporel. Violaine Lison fait revivre les âmes emportées par la Grande Guerre et établit un lien avec le présent.

Ce livre est une expérience de rencontre qui imprègne le lecteur de poésie et d’humanité.

Le livre publié aux Éditions Esperluètes est non seulement un bel objet, mais aussi un véritable succès commercial. Le bouche-à-oreille a été efficace, et les libraires indépendants ont joué un rôle incontournable dans sa promotion. Depuis octobre, Violaine Lison parcourt la Belgique, la France et la Suisse à la rencontre de ses lecteurs dans les librairies, les écoles, et lors d’émissions de radio et dans les grands journaux.

« Lequel de nous portera l’autre ? » de Violaine Lison, en collaboration avec les carnets de Léonce Delaunoy, a reçu le soutien des libraires indépendants et du public. Il s’agit du deuxième prix décerné par le syndicat des libraires indépendants, représentant 90 librairies. La première édition avait récompensé « La Petite Bonne » de Bérénice Pichat (Les Avrils).

Le samedi 25 avril 2026, près de 700 librairies indépendantes en Belgique, en France et en Suisse célébreront la 28e édition de la Fête de la Librairie Indépendante.