Liverpool – PSG : « Pas une saison normale » après le deuil de Diogo Jota
Le PSG a pris ses quartiers à Anfield, un an après avoir obtenu sa qualification pour les quarts de finale de Ligue des champions. Depuis le début de la saison, les chants à la 20e minute en hommage à Diogo Jota ne semblent plus affecter les joueurs de l’effectif, selon les déclarations de Virgil Van Dijk.
De notre envoyé spécial à Liverpool,
Le PSG arrive de nouveau à Anfield, un an après y avoir décroché sa qualification pour les quarts de finale de la Ligue des champions lors d’une soirée marquante, et prêt à tenter de renouveler cet exploit aux dépens des Scousers. À première vue, Liverpool demeure fidèle à elle-même : une ville de musique animée par des artistes de rue, des chanteurs dans les bars et le chant constant des mouettes. Cependant, en y regardant de plus près, la situation a radicalement changé. Les joueurs de Luis Enrique reviennent en tant que champions d’Europe, un statut rehaussé par une avance de deux buts sur des Reds qui ne suscitent plus la même crainte qu’auparavant, malgré un mercato estival ayant coûté 500 millions d’euros.
Les supporters les plus exigeants y voient l’échec d’Arne Slot, de plus en plus contesté, alors qu’un grand nombre de Scousers s’interrogent encore sur la pertinence de toute critique de la saison en cours, compte tenu que cette dernière ne ressemblait à aucune autre depuis le décès de Diogo Jota dans un accident de la route survenu le 3 juillet 2025. « Je pense que le club sait exactement où nous en sommes », déclarait le Néerlandais vendredi dernier. « En attendant, je me sens entièrement soutenu. »
Robertson, Salah et l’expression spontanée du chagrin
Depuis le début de la saison, la justesse des commentaires sur le club est mise à l’épreuve dans un contexte unique qui requiert une certaine agilité morale. En effet, on ne peut pas critiquer une équipe en deuil dès le premier jour de sa pré-saison comme on le ferait avec n’importe quel autre club. « Cela a été difficile, c’est presque impossible de considérer cette saison comme une saison normale, car il s’agit d’un événement d’une telle ampleur qu’il continuera à avoir des répercussions tout au long de la saison », prédit Mo Stewart, journaliste pour The Anfield Wrap. « Ce traumatisme est profondément ancré en eux [les joueurs]. Et ce n’est pas toujours facile de s’en souvenir pendant le cours des matchs, mais je crois que chaque fois que je les ai critiqués, j’ai toujours essayé de garder cela à l’esprit. Et je pense qu’une grande partie des gens partagent ce sentiment. »
Le poids du deuil sur les performances des Scousers est devenu plus difficile à évaluer, car l’expression manifeste de la tristesse a fini par se teinter de pudeur au fur et à mesure que l’on s’en éloignait. Quant à la gestion par Slot, elle est demeurée discrète. « C’est une situation délicate, car ce n’est plus un sujet dont on parle souvent », ajoute Stewart.
Les signes de chagrin ont persisté, bien que de manière plus sporadique. Ils se sont souvent manifestés de manière spontanée, comme les larmes de Mohamed Salah devant le Kop après une victoire contre Bournemouth, ou le craquage d’Andy Robertson après la qualification de l’Écosse pour la Coupe du monde, témoignages emblématiques de la façon dont les joueurs d’Arne Slot ont vécu cette saison. « Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à lui toute la journée », confiait alors l’Écossais. « J’étais un peu nerveux dans ma chambre avant le match, je suis tellement fier que cela se termine ainsi. »
Les chants à la 20e minute, entre hommage et entrave au deuil
Le deuil collectif est par nature plus délicat à gérer, surtout pour un groupe de personnes exposées comme l’équipe de Liverpool. Les joueurs sont quotidiennement confrontés au casier vide de leur coéquipier au centre d’entraînement comme à Anfield, et évoluent dans un environnement où fresques et affiches en hommage au défunt international portugais sont omniprésentes.
Un point soulevé par le psychologue du sport Gary Bloom dans le podcast The Sport Agent en novembre, qui avertissait que les chants du public d’Anfield à la 20e minute de chaque match en hommage à Diogo Jota pouvaient freiner le travail de deuil de certains joueurs, sans remettre en question la bonne volonté de cette démarche.
« C’est très différent du deuil individuel. Quand les fans et les joueurs sont impliqués, cela devient différent. Quand vous essayez de surmonter votre deuil de manière personnelle, il n’y a pas 20.000 personnes pour crier le nom [de la personne que vous avez perdue]. Vous n’êtes pas présents lors des hommages. Dans la tribune principale d’Anfield, on se le rappelle constamment. »
Désormais membre de l’équipe des légendes de Liverpool, où il a joué de 2000 à 2005, Grégory Vignal a connu l’hommage collectif lors d’un match caritatif contre le Borussia Dortmund en mars. « On s’est tous arrêtés à la 20e minute pour applaudir. C’est un joueur qui a fait partie d’une génération marquante pour ce club. Honorer la mémoire des joueurs fait partie de l’ADN de ce club, du respect et de l’attachement des supporters envers leurs joueurs. » Ce jour-là, et lors de nombreuses autres occasions, le jeune retraité Thiago Alcantara a pleuré. Il était arrivé chez les Reds en même temps que Diogo Jota en 2020.
Des fleurs, des manettes et un mur rempli de mots
Selon les déclarations de Virgil Van Dijk dans une interview accordée à The Times, le temps a agi, et les chants n’affectent plus les joueurs de l’effectif comme auparavant. « On en a discuté [des chants à la 20e minute] avec les cadres du vestiaire, et nous en sommes à un stade où cela ne nous affecte pas. C’est évidemment un signe de respect de la part de nos fans. Donc c’est aux fans de décider de ce qu’il va se passer. »
Les joueurs n’auraient de toute façon pas eu le choix. Étant donné les drames passés du club, la culture de la mémoire est devenue essentielle à Liverpool. Il n’est pas surprenant que le coin de pelouse faisant face au mémorial des victimes d’Hillsborough ait été choisi comme lieu de recueillement, où s’accumulent écharpes, drapeaux, portraits de Diogo Jota et même des manettes de PlayStation, en lien avec sa passion pour le jeu FIFA. C’est ici que les quatre joueurs portugais du Paris Saint-Germain ainsi que Luis Campos sont venus déposer des fleurs, lundi après-midi.

Il n’est pas non plus anodin qu’à une rue de là, toutes les briques du mur « Jota 20 Forever » soient remplies de messages de supporters au point que ceux-ci ont décidé de poursuivre l’œuvre sur le vieux mur délabré de la maison qui lui fait face – « du vandalisme », rappelle une plaque clouée par le club. Les supporters avaient également besoin de faire le deuil de la disparition de Diogo Jota.

