Belgique

Lasagne institutionnelle : comment les gouvernements peuvent-ils économiser plus ?

Le gouvernement De Wever réalisera près de 9,2 milliards d’euros d’économies d’ici 2029. D’après Ismaël Nuino, les intérêts de la dette s’élevaient à 10 milliards d’euros en 2024 et devraient atteindre 21 milliards d’euros en 2030.


L’une des promesses du gouvernement De Wever était de réaliser des économies. Au total, le gouvernement devrait générer près de 9,2 milliards d’euros d’économies d’ici 2029.

Cependant, malgré ces efforts, le PS, représenté par le député fédéral Pierre-Yves Dermagne lors de l’émission « QR le débat » ce mercredi, considère que le gouvernement MR/Engagés aura doublé le déficit d’ici la fin de la législature. « On dit que ce gouvernement réduit le déficit, mais ce n’est pas le cas. Le déficit entre la fin de la Vivaldi et la fin de l’Arizona aura doublé. Ce n’est pas le PS ni moi qui le disons, c’est la Cour des comptes et le bureau fédéral du plan, des institutions indépendantes. La politique menée par le gouvernement Arizona avec le MR et les Engagés est non seulement injuste mais en plus inefficace. »

Jean Hindriks, économiste à l’UCLouvain, indique : « Cela prendra des années d’efforts pour revenir vers des déficits raisonnables. »

« Effectivement, pour l’instant, les projections montrent que le déficit va augmenter », répond le député fédéral Isamël Nuino (Les Engagés). « Mais l’une des raisons de ce déficit, c’est le coût des intérêts de la dette. Et je vais l’expliquer très rapidement : on payait en 2024 10 milliards d’euros en intérêts de la dette et les projections disent qu’on paiera 21 milliards en 2030. Les intérêts de la dette datent des 10 dernières années. Donc, on paie aujourd’hui le coût de l’incompétence des précédents gouvernements. »

« Il n’est pas faux de dire que le déficit augmentera », analyse Jean Hindriks. « Mais l’approche de M. Dermagne est partielle. La dette accumulée du passé ne disparaîtra pas du jour au lendemain, cela prendra des années d’efforts pour revenir vers des déficits raisonnables. Si le gouvernement en place n’avait pas fait ces économies, le déficit aurait été deux fois plus élevé ! Ici, comme le dit Ismaël Nuino, le but est de maîtriser la hausse du déficit. » Cela doit tenir compte de deux facteurs : « Les taux d’intérêts sont à la hausse. Mécaniquement, l’effet boule de neige fait donc augmenter le déficit. On paie notre dette de plus en plus cher parce qu’on rembourse des prêts qui étaient à 0% que l’on doit financer avec de nouveaux prêts qui sont maintenant à 3%. » En outre, « même si l’on imaginait supprimer de gros postes de dépenses publiques, comme la justice, la police et l’armée, le fédéral restera en déficit majeur parce qu’il supporte la plus grosse dépense : les pensions », poursuit l’économiste. « On s’endette pour financer les dépenses de pensions qui augmentent deux fois plus vite que notre revenu national. » Selon Ismaël Nuino, les pensions ont coûté 72 milliards d’euros en 2025.

Économiser davantage est encore possible, et quelques pistes ont été avancées lors de l’émission « QR le débat ».

Pour la ministre des Classes moyennes, des Indépendants et des PME, Eléonore Simonet (MR), il est nécessaire de réexaminer l’utilité de certains subsides et surtout « d’arrêter avec cette lasagne institutionnelle ». « Je trouve qu’il y a trop de mandataires, qu’il y a trop de structures, trop de membres dans les intercommunales. En Belgique, si vous rassemblez tous les niveaux, nous comptons environ 500 députés. En France, j’ai observé, ils sont environ 1000 si l’on ajoute l’Assemblée nationale et le Sénat. Mais en France, ils sont 6 à 7 fois plus nombreux », explique-t-elle. « Alors pourquoi avons-nous besoin de tant de mandataires ? Il faut, et nous avons déjà décidé de supprimer le Sénat avec ce gouvernement, supprimer les provinces. »

Jean Hindriks a également pensé à réduire le nombre de mandataires. Dans une étude réalisée l’an dernier avec Alexandre Lamfalussy, il a calculé que la Belgique compte 1 politique par kilomètre carré. En tout, 31 806 mandataires politiques évolueraient sur les 30 000 kilomètres carrés que compte la Belgique. « J’avais suggéré à l’époque de relancer le débat sur la fusion des communes et sur les intercommunales, les chambres parlementaires et les cabinets », rappelle-t-il. « On pourrait aussi intégrer les CPAS dans les communes, comme la Flandre le fait depuis 2019. » Selon le président du MR, Georges-Louis Bouchez, fusionner les communes de moins de 15 000 habitants, soit 80% des communes wallonnes, pourrait générer 160 millions d’euros d’économies par an pour la région wallonne.

Selon la députée fédérale Sofie Merckx (PTB), d’autres pistes seraient aussi de revoir les subsides des grandes entreprises, de taxer les entreprises pharmaceutiques et les ultra-riches. Dans son programme, le PTB a annoncé vouloir introduire une taxe des millionnaires de 2% sur les fortunes nettes supérieures à 5 millions d’euros et de 3% sur les fortunes supérieures à 10 millions d’euros. « Oui, mais comment évalue-t-on le patrimoine ? Doit-on compter l’entreprise qui a déjà payé ses impôts ? », s’interroge l’économiste. « Tout le monde rêve de taxer les ultra-riches, mais personne ne sait comment le faire de manière efficace. »

Fédéric Panier, directeur d’AKT, ex-Union Wallonne des Entreprises, déclare : « Il y a une fake news qui circule. Il est faux de dire qu’en Belgique, on aide beaucoup les entreprises. Les aides aux entreprises ne représentent que 4% du budget wallon alors que la Région a l’un des taux d’emploi les plus faibles d’Europe. Au niveau fédéral, le chiffre de 25 milliards a circulé, mais la moitié de ces aides retombe dans des entreprises publiques ou des services publics. Donc en réalité, le montant est très peu élevé et ne compense que de manière très limitée la plus haute charge taxatoire sur l’activité productive au monde. »

Pour augmenter le taux d’emploi tout en réalisant des économies, il serait préférable de réformer le fonctionnement des services d’accompagnement, selon Jean Hindriks. Moins de la moitié des employeurs passent par des organismes comme le Forem pour publier les offres d’emploi. Ainsi, « il faut réorganiser les services d’accompagnement du Forem, du VDAB et d’Actiris pour qu’ils travaillent ensemble et réactivent plus de demandeurs d’emploi. Et comme le fait le VDAB, il faudrait que le Forem et Actiris utilisent l’intelligence artificielle pour chercher toutes les offres d’emploi postées sur les réseaux sociaux et les intégrer dans leurs services pour ensuite les proposer aux demandeurs d’emploi dont le profil type correspond, afin d’éviter de proposer à quelqu’un ayant un diplôme de bio-ingénieur d’être chauffeur de camion s’il n’a pas le permis de conduire. »

Enfin, une dernière piste de solution pourrait consister à revoir le précompte immobilier et les revenus cadastraux qui ne sont plus en adéquation avec la réalité du terrain dans certaines communes aujourd’hui.