L’agriculture sociale : patients atteints de troubles mentaux participent aux travaux agricoles.
Nathalie travaille à la fromagerie du Bairsoû à Trois-Ponts tous les jeudis depuis trois ans. Actuellement, les financements de l’agriculture sociale en Wallonie s’élèvent à un peu plus de 4 millions d’euros.
« Nathalie, il ne faut pas les mélanger. Les petits, ce sont les brebis. Ils restent nature. Les grands, ce sont les chèvres. Je vais te chercher l’estragon« , déclare Benoit Robert, le gérant de la fromagerie du Bairsoû à Trois-Ponts, à l’attention de son employée du jour.
Nathalie travaille ici tous les jeudis depuis trois ans, une activité qui représente une bouffée d’oxygène pour cette patiente de l’hôpital psychiatrique de Lierneux.
« J’adore vraiment venir ici. Les journées sont trop courtes, sourit la Welkenraedtoise d’origine. Aujourd’hui, je mets les petits fromages de chèvre dans des barquettes et, ensuite, je les mets sous vide par six. Parfois, je fais aussi des yaourts et du beurre, nature ou salé. Il a beaucoup de succès. C’est vachement chouette.«
Elle participe au projet Positive Agritude, dirigé par le Centre Hospitalier Spécialisé l’Accueil de Lierneux. Ce programme permet à une vingtaine de patients souffrant de maladies mentales, de psychose, de dépression, d’assuétudes ou de schizophrénie, de participer aux travaux de la ferme ou des producteurs locaux, en fonction de leurs capacités. Ce projet s’intègre dans leurs parcours de soins.
On parle d’agriculture sociale.
« Ça augmente l’estime de moi que j’avais perdue et ici je trouve que je suis vraiment quelqu’un d’important. Ça me fait vraiment plaisir, ajoute Nathalie. J’évolue beaucoup. Par exemple, j’ai des gros problèmes de mémoire et le fait de venir régulièrement ici et faire répéter les tâches m’aide vraiment beaucoup. Et puis, je reste active. Je discute. »
Environ quarante agriculteurs de la région collaborent avec l’hôpital. Pour Benoit Robert, le fromager, l’expérience est également positive. « Au départ, c’était une volonté de participer à ce projet de réinsertion. Ça a toujours fait partie de la fromagerie d’essayer d’inclure d’autres personnes. Et cela se passe super bien. Nathalie a trouvé ses marques, tout roule. C’est chouette parce qu’elle a amené une certaine dynamique quand elle est là.«
Des bienfaits très nombreux, mais des subsides en danger
Avec neuf ans de recul, Manon Bernier, coordinatrice du projet Positive Agritude au CHSA de Lierneux, identifie de nombreux bienfaits pour les patients. « D’abord, ils développent plus d’autonomie, explique-t-elle. C’est l’opportunité pour eux d’être à l’extérieur de l’hôpital dans un cadre sécurisé. Pour certains, l’agriculture sociale va être un tremplin pour aller vers une formation, vers du travail. Parfois, c’est plutôt le maintien des acquis pour, en fait, éviter une réhospitalisation ou éviter d’aller plus mal. »
Le contact avec la nature ou les animaux de la ferme améliore également le bien-être physique et mental. Travailler auprès des agriculteurs ou producteurs locaux permet de recréer du lien social en dehors de l’hôpital pour ces patients souvent isolés. « Cela leur offre une place, sans avoir l’étiquette du malade. Cela participe à la déstigmatisation des personnes qui souffrent de maladies mentales.«
Manon Bernier voit aussi des vertus médicales liées à ces activités : amélioration de la qualité du sommeil, réduction du stress ou de l’angoisse.
En Wallonie, les initiatives d’agriculture sociale ont permis l’accueil de plus de 1300 personnes en réinsertion, en situation de handicap ou suivies en santé mentale dans environ 350 fermes. Quatorze projets pilotes comme celui de l’hôpital de Lierneux sont actuellement menés grâce à des subsides européens et régionaux, liés à la Politique agricole commune. Déjà prolongés à plusieurs reprises, les budgets de l’Union européenne seront bientôt achevés. « C’est la grande interrogation pour la suite« , regrette la coordinatrice du projet Positive Agritude.
Face à cette réalité, les différents projets ont constitué un collectif wallon afin de structurer l’agriculture sociale au niveau régional et fédérer le secteur. Forts de cette collaboration, ils réclament à présent des financements structurels et durables.
« Notre urgence, c’est de ne plus être des projets pilotes et d’avoir un horizon de pérennité devant nous pour déployer l’agriculture sociale pour le bénéfice de tout le secteur agricole et de toute la population« , alertait en janvier Samuel Hubaux, membre du collectif « Agriculture sociale en Wallonie », devant la commission santé du Parlement wallon.
« Une volonté claire de poursuivre ce soutien »
Malgré les nombreuses économies décidées dans son dernier budget, le gouvernement wallon assure sa volonté de prolonger l’agriculture sociale au-delà des subsides européens. Actuellement, plusieurs administrations réalisent un état des lieux du secteur et analysent ses propositions.
« L’agriculture sociale constitue aujourd’hui un levier essentiel de santé, d’inclusion et de valorisation du monde rural. Les dispositifs existants montrent des résultats significatifs, tant pour les bénéficiaires que pour les exploitations qui les accueillent. Il existe une volonté claire de poursuivre ce soutien et d’en renforcer l’efficacité« , insiste le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters (Les Engagés).
Actuellement, les financements de l’agriculture sociale en Wallonie s’élèvent à un peu plus de 4 millions d’euros.

