Belgique

La RTBF reconstitue les premières heures de la catastrophe du Bois du Cazier avec l’IA.

La RTBF innove en intégrant pour la première fois l’intelligence artificielle générative dans une reconstitution visuelle d’événements historiques. Ce projet, piloté par Vinciane Votron, responsable éditoriale de la rédaction du Hainaut, vise à recréer l’atmosphère et les faits marquants du tragique incident survenu le 8 août 1956 au Bois du Cazier. Elle a exprimé son enthousiasme en déclarant : « Pourquoi ne pas utiliser la technologie d’aujourd’hui pour recréer cette ambiance, ce décor et reconstituer les faits qui se sont passés ce jour-là ? »

Emine Bergsoj, en charge de la direction artistique, a souligné l’importance de l’IA dans ce projet. Elle a expliqué que l’option de recourir à cette technologie s’est rapidement imposée face aux contraintes de temps et aux coûts associés aux méthodes de production traditionnelles. Elle a précisé : « L’IA nous a donné les moyens de mener ce projet à bien. Cela ne signifie pas qu’il s’agit d’un outil magique, gratuit ou accessible sans expertise, mais sans elle, cette reconstitution n’aurait tout simplement pas vu le jour. »

La reconstitution, qui suit les événements minute par minute, retrace la descente des mineurs, le déclenchement de l’incendie, ainsi que les premières tentatives de sauvetage et la découverte des survivants. Les images générées sont clairement identifiées comme des reconstitutions, évitant ainsi toute confusion avec des archives authentiques.

Cette initiative représente une expérimentation pour la RTBF dans le domaine de la reconstitution historique assistée par l’intelligence artificielle. Elle met en lumière la capacité de ces outils à rendre accessibles des événements difficiles à filmer, tout en respectant des principes de transparence et de contrôle éditorial. L’IA n’a pas remplacé les métiers existants ; elle a été intégrée comme un nouvel outil de production, un collaborateur qui aide les équipes à explorer de nouvelles avenues créatives. Les journalistes, graphistes, réalisateurs et experts historiques ont joué un rôle central à chaque étape du processus, avec l’IA servant d’accélérateur de création.

Cyril Travassac, conseiller IA du département R&D, a insisté sur l’importance d’une utilisation responsable de l’IA, fondée sur des choix technologiques et éthiques clairs. Il a précisé : « On a travaillé avec ChatGPT avec un compte business. Cela évite que les données soient exploitées à l’extérieur. Ce sont des garde-fous qu’on se met. » Les images ont été animées grâce à divers modèles d’IA sur la plateforme créative Magnific, dans un cadre professionnel garantissant la protection des données.

Emine Bergsoj a également rappelé que l’expertise est essentielle pour formuler des requêtes précises et évaluer les résultats générés par l’IA. Jérémy Dehertogh, graphiste sur le projet, a partagé son expérience en utilisant des photographies d’époque pour coloriser et améliorer la résolution des images, avant de recréer les environnements. Il a souligné les défis rencontrés, notamment lorsque l’IA ne comprend pas toujours les instructions données.

Lorsque les sources historiques ne permettaient pas de définir un décor ou un détail visuel, des interprétations ont été faites, toujours en accord avec les connaissances disponibles, sans ajout de faits ou de personnages fictifs.

L’équipe a maintenu une rigueur historique tout au long du projet, avec pour ligne directrice : « On ne montre que ce dont on est certain. » Cyril Travassac a rappelé l’importance de respecter la mémoire des 262 victimes de la catastrophe, en affirmant : « Il y a un devoir d’histoire, de transmission et de respect au niveau des familles. »

Le récit repose sur des documents d’archives authentiques, tels que des témoignages de survivants et des rapports d’enquête. L’enquête et la narration ont été menées par l’équipe éditoriale de la RTBF, avec la voix off d’une journaliste ayant approfondi le sujet.

Alain Forti, conservateur du musée du Bois du Cazier, a également apporté son expertise, soulignant que l’IA peut enrichir la narration sans dénaturer l’Histoire. Bien que certaines suggestions n’aient pas pu être intégrées, il a reconnu l’intérêt pédagogique de la séquence créée.

Cette initiative ouvre la voie à de nouvelles formes de narration au sein de la RTBF, montrant que l’intelligence artificielle peut jouer un rôle dans la documentation et la transmission de l’Histoire, à condition d’être utilisée de manière transparente et responsable.