
« La Protection civile confrontée à un manque de personnel et de moyens dans les Hautes Fagnes »
Le directeur de la Protection civile, interrogé en direct depuis le centre de crise de Waimes, a apporté des nouvelles encourageantes concernant l’incendie qui ravage les Hautes Fagnes. Il a déclaré : « La situation est stable, le feu est contenu. Nous pouvons désormais établir un périmètre avec des véhicules. Les pluies abondantes de la nuit dernière nous offrent de l’espoir pour poursuivre les opérations dans de bonnes conditions. »
Mercredi, un orage violent a déversé environ 150 millions de litres d’eau sur la région. Bien que cette pluie ait été bénéfique pour la lutte contre les flammes, elle a également compliqué le travail des secours, certains pompiers ayant dû quitter les Hautes Fagnes pour faire face aux inondations causées par les intempéries.
Malgré ces complications, les moyens aériens ont pu être déployés pour la première fois sous la supervision de l’hélicoptère de la police fédérale. Le colonel Nicolas Tuts a exprimé sa satisfaction : « Les moyens aériens ont bien volé hier. Nous espérons que les conditions climatiques permettront d’autres vols aujourd’hui. »
La Protection civile joue un rôle crucial sur le terrain, apportant un soutien essentiel aux services d’incendie et de police. Le colonel a expliqué : « C’est un service de secours fédéral qui vient en renfort, apportant des moyens spécifiques face à des événements hors norme. » Dans les Fagnes, elle a fourni des citernes et du matériel d’extinction, tout en assurant une logistique pour les opérations aériennes. Des points de ravitaillement ont été établis pour les hélicoptères, permettant de puiser l’eau au plus près de l’incendie.
Lorsque les opérations aériennes cessent, les drones prennent le relais pour surveiller la situation. « La nuit, nous volons avec nos drones pour avoir une meilleure vision périphérique de l’incendie, » a précisé Nicolas Tuts.
La coordination de l’aide internationale est également une priorité pour la Protection civile, qui est le point de contact central de la Belgique pour le mécanisme européen de protection civile. « C’est ce qui a permis la mobilisation des avions et d’experts européens dans le cadre des feux d’espaces naturels, » a souligné le colonel.
Des moyens aériens européens, dont deux avions de la flotte de lutte contre les incendies de Suède, ainsi que des hélicoptères néerlandais, norvégiens et allemands, ont été déployés dans les Fagnes. Cette mobilisation internationale illustre le rôle clé de la Protection civile dans la gestion des catastrophes.
Les agriculteurs belges ont également été salués pour leur contribution dès le début de l’incendie, assurant un approvisionnement massif en eau. « Pour vous donner une image, dans les premiers jours, ce sont 2000 m³ d’eau par heure qui ont été fournis par les agriculteurs, » a noté Nicolas Tuts. Le colonel a insisté sur l’importance de la complémentarité entre les services de secours et l’aide des acteurs privés et locaux.
Cependant, une question demeure : la Protection civile dispose-t-elle des moyens suffisants pour faire face à la multiplication des événements extrêmes ? Cette problématique sera discutée lors de la réunion de la Commission de l’Intérieur de la Chambre, à laquelle le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin est attendu.
Depuis la réforme de 2019, la Protection civile a vu ses unités opérationnelles réduites de six à deux, avec un effectif de 212 professionnels. Nicolas Tuts a souligné la nécessité de renforcer ces moyens : « Face aux changements géopolitiques et climatiques, il faudra sûrement redimensionner la Protection civile pour faire face aux défis de demain. Nous manquons quand même assez bien de personnel et de moyens matériels. »
Le directeur de la Protection civile a conclu en affirmant que le changement climatique est bien à notre porte. Cette adaptation nécessitera de nouveaux investissements, notamment en matière de capacité d’eau pour lutter contre les incendies et faire face aux sécheresses. « Une capacité en eau importante, avec des citernes de grande capacité et des moyens d’extinction lourds, sera à mon avis un investissement judicieux à l’avenir, » a-t-il déclaré. Il a également mentionné la nécessité de pompes à très haut débit pour faire face à des inondations potentielles.
« Cet été va peut-être remettre en question le fait que le changement climatique est bien à notre porte et qu’il faut dimensionner maintenant les moyens des services de secours, et notamment de la Protection civile, pour faire face à ces changements climatiques qui seront à l’avenir plus fréquents et plus violents, » a conclu Nicolas Tuts.
