
« La guerre la plus impopulaire des Etats-Unis réclame 67 milliards supplémentaires »
La guerre en Iran a commencé le 28 février 2026 avec une opération militaire conjointe entre les États-Unis et Israël. Pour donner une idée de l’ampleur de cet engagement, il convient de noter que le déploiement des forces américaines en Iran est comparable à celui observé en Irak en 2003, et jusqu’à présent, aucun des objectifs de guerre n’a été atteint.
Pour Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, l’Institut de relations internationales et stratégiques, « La question à quoi sert l’argent en Iran est la question, si je puis dire, à 37 milliards de dollars. Aujourd’hui, 37,5 milliards de dollars ont officiellement été dépensés pour la guerre en Iran, officiellement, puisque l’on parle de 102 milliards, voire plus, de dépenses également dues aux dégâts occasionnés dans les bases au Proche-Orient qui ont été bombardées. »
Il est vrai que, contrairement à l’Irak en 2003, il n’y a pas d’opération au sol, mais in fine, les missiles et les navires coûtent cher.
Une étude du Center for Strategic and International Studies (CSIS) fait le point sur le nombre de munitions utilisées par l’armée américaine avant le cessez-le-feu. Voici les résultats.
Les missiles Patriots sont les plus utilisés depuis le début de la guerre, avec entre 1060 et 1430 unités. La réserve avant la guerre est estimée à 2330. Un seul de ces missiles coûte 3,9 millions de dollars. Les JASSM se classent au deuxième rang, avec plus de 1100 missiles utilisés. Leur prix est de 2,6 millions de dollars, mais la réserve est importante, avec environ 4400 unités avant la guerre. Les Tomahawk occupent la troisième place avec environ 1000 missiles utilisés, leur prix étant le même que celui des JASSM, mais la réserve est plus petite, l’armée américaine en disposait de 3100 avant le début du conflit.
Les secteurs qui engendrent les coûts les plus élevés sont « l’aérospatial, évidemment, la Navy également, la marine, mais aussi l’arsenal nucléaire », précise Romuald Sciora. « N’oublions pas que les États-Unis continuent à produire, à développer leur armement nucléaire, et c’est ce qui coûte le plus cher. » Tout cela a des répercussions directes sur le porte-monnaie des Américains. « Oui, le budget de la défense explose et les coûts les plus importants sont l’armée de l’air, l’armée de terre et nucléaires. Mais le problème, c’est que pour la première fois, la population américaine rechigne à payer autant pour la Défense, mais surtout pour une guerre aujourd’hui considérée ici comme une capitulation. C’est la guerre la plus impopulaire de l’histoire des États-Unis », ajoute-t-il.
La question sous-jacente à ce problème est : « Pourquoi demandez-vous au peuple américain d’assumer le coût d’une guerre qu’il ne soutient pas, au lieu de solliciter une autorisation de transfert de fonds déjà votés mais non dépensés ? » C’est ce qu’a demandé la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen à Pete Hegseth, ministre de la Guerre. Les Républicains se posent également des questions, l’absence de stratégie claire et de résultats les inquiète. Donald Trump se retrouve de plus en plus isolé, comme l’explique Romuald Sciora : « Les élus républicains acceptaient cette rallonge, et ils devraient à terme l’accepter, car Donald Trump mettrait une telle pression sur eux qu’ils n’auraient pas véritablement le choix, mais cela passerait auprès de l’opinion très difficilement. »
À moins qu’il y ait un blocage au niveau du Congrès, Donald Trump devrait recevoir ces 67 milliards de dollars supplémentaires.
