Belgique

La Fédération Wallonie-Bruxelles dans le rouge : réduire les dépenses ?

Henri Bogaert, directeur de recherches au CERPE à l’UNamur, considère que la Fédération Wallonie-Bruxelles doit « ne plus prendre des mesures qui entraînent des dépenses supplémentaires ». Paul Magnette, président du PS, déclare que le gouvernement MR-Engagés a fait de « mauvais choix » et qu’il est essentiel de ne pas faire des économies sur l’enseignement ou la culture.


Prendre davantage de mesures d’économies pourrait-il améliorer la situation budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles ? Henri Bogaert, ancien directeur du Bureau du Plan et actuellement directeur de recherches au CERPE à l’UNamur, répond par l’affirmative. Il considère cela comme une priorité : « La première chose à faire, c’est de ne plus prendre des mesures qui entraînent des dépenses supplémentaires. Je rappelle que la Fédération Wallonie-Bruxelles est dans un processus de réforme, notamment dans l’enseignement. On a eu le Pacte d’excellence, ça a coûté. On a eu la formation initiale des enseignants, ça a coûté, et ça pourrait encore coûter plus si on revoit le statut des enseignants. Maintenant, on parle de donner des CDI, des contrats à durée indéterminée, aux jeunes enseignants, avec éventuellement abandon de la statutarisation. Ça va coûter, et ça va coûter cher ».

Yvan Verougstraete, président des Engagés, plaide pour mettre de côté certaines dépenses : la fin des nominations dans l’enseignement pourrait avoir un coût trop élevé pour les finances de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Selon lui, si cette mesure s’avère trop coûteuse, elle pourrait être abandonnée. Malgré son inclusion dans le programme électoral de son parti pour juin 2024, il déclare : « On ne dépensera pas de l’argent pour des symboles. Faire des politiques sur base de dogmatisme, moi, ce n’est pas la manière dont je fonctionne. On est là pour être au service de la population, pas au service de symboles, pour se faire plaisir en essayant de détruire des choses qui potentiellement peuvent fonctionner. Donc, on ne dépensera pas 500 millions d’euros juste pour un symbole d’un statut ou de ne pas un statut ». Il préconise une harmonisation pour faciliter les transferts entre les différents réseaux de l’enseignement : « C’est quelque chose qui me semble essentiel, qui fait peut-être peur à certains enseignants, mais qui est quand même bon pour nos enfants. Ce dont on a besoin, c’est d’avoir un statut qui permet aux jeunes enseignants d’être stabilisés, même s’ils n’ont pas encore un horaire complet, avec peut-être une flexibilité sur 25 ou 30% de leur grille horaire, où ils sont mis à disposition des différents PO. Et s’il n’y a pas d’heures, ils sont malgré tout payés 100% ».

Georges-Louis Bouchez, président du MR, estime qu’il est encore possible de réaliser « beaucoup de gras possible à aller chercher ». Il propose comme économie une fusion des réseaux de l’enseignement officiel. Selon lui, Wallonie-Bruxelles Enseignement, l’enseignement communal et provincial pourraient être regroupés en un seul réseau. Concernant l’enseignement libre, des coûts seraient d’abord inévitables, « parce qu’il va falloir racheter les bâtiments, il va falloir les financer à 100% », avant de potentiellement réaliser des économies. Bouchez précise que pour l’enseignement officiel, la fusion est plus simple : « Il ne faut pas racheter des bâtiments : c’est des pouvoirs publics qui vont se transférer des bâtiments les uns aux autres, les niveaux de financement sont déjà semblables dans toute une série de cas ». Bien que l’enseignement provincial nécessite des ajustements en matière de financement, « ça serait déjà une première étape : on va pouvoir faire des gains importants aussi en termes de mobilité de personnel et donc de ne pas nécessairement avoir des nouveaux engagements ». Il souligne également que « l’administration de l’enseignement est devenue pléthorique, un mammouth ingérable. Je prends les plans de pilotage : c’est une usine à gaz incroyable. Et donc là-dessus, on a un vrai gain à faire ».

Paul Magnette, président du PS, critique les choix budgétaires du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dirigé par le MR et les Engagés. Pour lui, d’autres approches sont possibles. Il évoque les choix de l’ancien gouvernement, qui alliait PS, MR et Ecolo, tout en tenant compte d’un contexte modifié : « Quand j’ai fait les accords de gouvernement précédents, comme je ne voulais pas faire de mesures d’économie sur l’enseignement ou sur la culture ou les autres départements, parce que je pense que ce sont des secteurs absolument essentiels pour notre société. On s’est dit, ce qu’on doit faire, c’est faire en sorte que la charge de la dette reste stable ». Il ajoute que des créanciers continuent de prêter à la Communauté quand elle en a besoin, ce qui selon lui prouve que « la situation était saine, même si malheureusement il y a toujours un déficit, mais un déficit qui est contrôlé et ça permet de ne pas devoir faire des économies sur l’enseignement ». Pour améliorer la situation en Wallonie et à Bruxelles, il estime qu’il est essentiel d’avoir « les meilleures écoles possibles qui amènent tout le monde vers la réussite scolaire, que tous les jeunes qui en aient l’envie puissent faire des études supérieures : c’est tout le contraire de ce que fait le gouvernement existant ».

En résumé, le débat sur les mesures d’économies met en lumière des divergences claires entre la majorité et l’opposition.