La colonisation le long de la route 60 en Cisjordanie ne cesse pas.
Nous sommes sur la route 60, un axe majeur de la Cisjordanie occupée, où un bulldozer blindé de l’armée se prépare à intervenir pour une démolition. Yossi Dagan, habitant de la colonie de Sa-Nur, affirme : « Le retour à Sa-Nur, avec l’aide de Dieu, ramènera toute la Samarie sous l’autorité du peuple d’Israël. »
Nous sommes sur la route 60, un axe essentiel de la Cisjordanie occupée, s’étendant du nord au sud. Nous remarquons un convoi escorté par des militaires israéliens. Un bulldozer blindé est prêt à intervenir pour procéder à une démolition. « Tout le monde a été averti, il y a une semaine. Je n’ai rien de plus à vous dire », déclare un officier israélien, un camouflage kaki recouvrant son visage.
Le bulldozer s’engage sur des terres bordant la route et commence à arracher des dizaines d’oliviers près d’un petit village palestinien, une scène frappante. Officiellement, il s’agit d’une opération de « sécurisation » car des enfants cachés sous les arbres auraient lancé des pierres sur le passage des véhicules des colons israéliens.
La route 60 est l’un des corridors fondamentaux de la colonisation et du morcellement du territoire palestinien. Pour affirmer leur présence, les colons ont planté des centaines de drapeaux le long de cette route.
Les nouvelles colonies se multiplient, comme à Sa-Nur, près de Jénine, où seize familles juives viennent de s’installer, ou plutôt de se réinstaller, cette colonie ayant été démantelée en 2005. « Un territoire entier avait été abandonné à des étrangers », affirme Yossi Dagan, un habitant. « Le retour à Sa-Nur, avec l’aide de Dieu, ramènera toute la Samarie sous l’autorité du peuple d’Israël. »
Dans le discours sioniste, il n’est pas question de Cisjordanie mais de la Judée au sud et de la Samarie au nord du territoire palestinien. « En habitant ici, nous apporterons la sécurité. Nous renforçons la sécurité de l’État d’Israël, car là où il y a des implantations, il y a la sécurité », ajoute Yossi Dagan.
Cette colonie, comme des centaines d’autres, reste illégale au regard du droit international. Elle empiète sur les terres résiduelles de la population palestinienne. Pour « sécuriser » les colons, l’armée multiplie les ordres de confiscation et d’expropriation à proximité.
Non loin de Sa-Nur, à Fandaqumiya, nous croisons une autre patrouille militaire. Elle se déplace d’un hangar à l’autre le long de la route menant à la colonie. « Il ne se passe rien du tout. Et dites-lui de ne pas filmer ! », ordonne le militaire le plus gradé.
Un soldat affiche un avis sur le hangar de Samer Jarar, le dernier avertissement pour le propriétaire, abasourdi. « Il est écrit que j’ai deux semaines pour tout évacuer et démolir le bâtiment moi-même. Si c’est l’armée qui le détruit, je devrai payer 50.000 shekels (soit environ 16.000 euros). »
Dans le village d’Anzah, les ordres de démolition ont déjà été mis en œuvre. Nous rencontrons Taisir Sadaqa, le maire. « Ici même, il y avait sept boutiques, un barbier, un vendeur de matelas… » Mais les menaces des colons préoccuppent aussi les voisins. « Ils viennent juste là, derrière ce bâtiment. Et quand nos fermiers passent par-là, ils hurlent dans leur mégaphone : ‘Allez-vous-en ! Vous n’avez rien à faire ici !' »
Zuhair Shaar, éleveur à Jifna près de Ramallah, raconte une autre mésaventure. Il a perdu tout son troupeau en une nuit. « Ils ont volé exactement 180 moutons, une mule et un âne. Ils les ont tous emmenés avec eux ! » Ses pertes s’élèvent à 400.000 shekels (100.000 euros). « C’est mon unique revenu, mon capital. Je n’ai plus rien. On préparait les bêtes pour la fête du sacrifice. C’est une oppression grave ! »
Les voleurs seraient des colons, selon lui. Son fils Ahmad montre des vidéos de surveillance. « Regardez, on le voit bien. C’est un colon ! Et nos moutons remontent la pente juste à la sortie de chez nous. »
Dans toute la Cisjordanie occupée, la violence des colons israéliens a augmenté ces derniers mois. Des attaques systématiques, des descentes nocturnes, des altercations physiques et même des tirs mortels sont documentés, les vidéos circulant sur les réseaux sociaux.
Amir Dawood, directeur de la Commission de résistance au mur et à la colonisation de l’autorité palestinienne, dénonce cette violence accrue des colons : « On parle d’une milice, une milice ultra-armée qui est protégée par l’armée israélienne. On est face à un État qui soutient totalement le terrorisme des colons ». Il précise que la stratégie principale vise à empêcher la création d’un État palestinien.
Le gouvernement israélien, en alliance avec l’extrême droite, soutient la colonisation et encourage l’annexion du territoire palestinien. Bezalel Smotrich, le ministre israélien des Finances, était présent lors de la réouverture de Sa-Nur, aux côtés du ministre de la Défense Israël Katz. « Ceux qui sont sous le coup de la menace terroriste, ce sont les Juifs qui habitent cette région », affirme-t-il.
Les propos extrémistes se font entendre clairement en Israël, comme en témoigne Nili Kupfer-Naouri, une avocate qui refuse de reconnaître la violence des colons. « Ce sont des cas isolés », soutient-elle, affirmant que les Juifs sont les victimes.
Nili Kupfer-Naouri a fondé une association sioniste ultra-radicale, « Israel is forever ». Elle fait l’objet d’un mandat d’amener pour complicité de génocide et incitation au génocide, après avoir soutenu le blocage de convois humanitaires vers Gaza. « Il nous paraissait inconcevable de laisser passer ces convois ‘inhumanitaires’ », déclare-t-elle, justifiant son refus de soutenir une population qui n’a « jamais rien fait pour sauver nos otages ».
Ces discours contrastent avec la résilience symbolique des propriétaires d’oliviers, qui, à la fin de cette même journée, replantent ce qui reste des arbres abattus par l’armée israélienne. « Nous sommes comme nos oliviers qui ont leurs racines dans cette terre », déclare Ahmad Kamel Khader, une bêche à la main. « On va rester sur cette terre, car on a les mêmes racines. »

