Belgique

Jean-Pascal van Ypersele : « Prévenir coûte moins cher que guérir »

La Belgique se trouve à un tournant crucial face à une situation de sécheresse qui s’intensifie, exacerbée par des vagues de chaleur récurrentes. La question se pose : quand peut-on réellement parler de sécheresse ? Jean-Pascal van Ypersele, climatologue, précise que cela dépend des quantités d’eau, qu’il s’agisse des précipitations, des réserves dans le sol ou des niveaux des cours d’eau, qui doivent être durablement inférieurs aux normes habituelles. Cependant, il n’existe pas de seuil unique pour définir les différents types de sécheresse.

On distingue trois catégories de sécheresse : la météorologique, qui se manifeste par un manque de pluie ; l’agricole, lorsque la couche superficielle du sol devient trop sèche pour permettre la croissance des plantes ; et l’hydrologique, lorsque les niveaux des rivières sont anormalement bas. Van Ypersele souligne également que les sécheresses peuvent commencer dès l’hiver. En effet, c’est durant cette saison que les réserves d’eau devraient se reconstituer grâce à des précipitations plus abondantes. Si celles-ci sont insuffisantes, les nappes phréatiques ne se remplissent pas correctement, entraînant des conséquences néfastes au printemps et en été.

La situation printanière de cette année était déjà préoccupante. Bien que l’hiver ait permis une certaine reconstitution des réserves, le climatologue note que cela n’a pas suffi face aux faibles précipitations et aux températures élevées de juin, qui favorisent une évaporation rapide. Les fluctuations des nappes phréatiques au cours des dernières années rendent la situation encore plus délicate, laissant présager des étés de plus en plus secs.

Comparativement à la France, où la situation est alarmante, la Belgique n’est pas encore dans une crise aiguë, mais elle doit rester vigilante. Van Ypersele indique que le pays est moins exposé que ses voisins du sud, mais il est essentiel de surveiller l’évolution de la situation, notamment en raison des sécheresses croissantes dans le bassin méditerranéen.

Les conséquences d’une sécheresse prolongée pourraient être désastreuses. Environ 80 % de la population belge dépend des nappes phréatiques pour son approvisionnement en eau. Les premiers impacts se feraient sentir sur les écosystèmes, la végétation et l’agriculture, avant d’affecter directement les ressources en eau potable. Des restrictions sur l’utilisation de l’eau pourraient devenir nécessaires pour préserver cette ressource vitale, en priorisant l’agriculture et les potagers au détriment des usages non essentiels, comme le lavage de voitures ou l’arrosage de pelouses.

Pour faire face à cette crise, il est crucial d’adapter les jardins belges à un climat plus aride. Van Ypersele appelle à réduire les surfaces imperméables, à favoriser la désimperméabilisation des sols et à installer des systèmes de récupération des eaux de pluie. Il insiste également sur l’importance de travailler simultanément à la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour éviter des situations climatiques extrêmes à l’avenir.

Les scientifiques avaient déjà averti dès les années 90 des dangers des changements climatiques. Van Ypersele exprime sa frustration face à l’inaction face à ces avertissements. Les changements climatiques sont désormais une réalité tangible, affectant tout le monde et causant des pertes humaines. Bien que l’idée d’atteindre 50 degrés en Belgique semble lointaine, il est impératif d’agir dès maintenant pour éviter des conséquences catastrophiques.

Il est temps de mettre en place des structures pour écouter les scientifiques et prendre des mesures adaptées. La prévention est moins coûteuse que la guérison, et il est essentiel de préparer le pays à un climat de plus en plus extrême. Les investissements d’aujourd’hui sont nécessaires pour économiser demain, même si cela pose des défis budgétaires.