
Isabelle Bary parle de la réédition de « Zebraska » : une ode à la différence.
Isabelle Bary, dans son ouvrage intitulé *Zebraska*, aborde avec sensibilité le parcours d’un enfant à haut potentiel intellectuel (HPI) et les défis qu’il rencontre dans un monde souvent peu accueillant envers ceux qui sortent des normes établies. Ce récit est d’autant plus personnel pour l’autrice que son propre fils a été diagnostiqué HPI à l’âge de six ans. Elle se souvient des années difficiles qu’ils ont traversées, mais souligne avec optimisme que son fils, aujourd’hui âgé de 25 ans, s’épanouit : « On a découvert qu’il était HPI quand il avait 6 ans. Il a traversé des années très compliquées, nous aussi du coup. Aujourd’hui, il va super bien, donc j’aime bien le dire quand même pour montrer qu’il y a une lumière au bout du tunnel. »
Loin de se limiter à une simple narration de son expérience, Bary utilise la fiction pour transformer cette réalité intime en une histoire capable de toucher un large public. Elle explique : « Ce que j’adore dans la fiction, c’est que justement on peut transposer nos émotions pour servir une histoire. Et ce que j’adore aussi dans la fiction, c’est qu’on parle au cœur des gens avant de leur parler à la raison. Et ça, je trouve sensationnel. »
Pour elle, le HPI n’est pas un obstacle en soi, mais plutôt un atout, même si le regard de la société peut parfois le transformer en fardeau : « C’est plutôt un cadeau qu’un fardeau. Mais ça peut devenir un fardeau dans un monde comme le nôtre qui a encore un petit peu de mal à apprivoiser la différence. » Cette thématique de la différence est centrale dans son œuvre, et elle prend une nouvelle dimension avec l’adaptation de *Zebraska* en bande dessinée. Ce projet lui tient particulièrement à cœur, notamment en mémoire de son éditrice Luce Wilquin, décédée en 2022, à qui elle rend un hommage touchant : « C’est une sacrée nana, une personne de caractère. »
Dans cette version revisitée, Isabelle Bary souhaite également éveiller l’intérêt des jeunes pour la lecture et les encourager à porter un regard bienveillant sur ceux qui les entourent. Le deuxième tome de cette série les transporte même en 2055, dans un monde où les livres ont disparu, emportant avec eux une part de mémoire collective. Elle souligne l’importance de la transmission des connaissances : « La transmission est très importante. Les livres, le langage aussi. Les livres sont encore quand même l’outil principal pour véhiculer la langue. Et une langue qui s’appauvrit, c’est un esprit qui s’appauvrit. »
La musique joue également un rôle dans sa réflexion, avec une chanson du groupe Téléphone, *Ça, c’est vraiment toi*, qui accompagne le deuxième album de la bande dessinée. Pour Bary, cette chanson résonne avec son affection pour les personnes atypiques : « La différence est notre seule énergie renouvelable. Sans différence, on n’avance pas. Si on se ressemble tous, on n’invente plus rien. »
Lors d’un échange, Isabelle Bary a également partagé un souvenir précieux : un petit Bouddha en bois de santal, qu’elle a reçu en Birmanie en 1994. Cet objet symbolise pour elle « l’humanité, l’envie d’aller vers l’autre », ainsi que « le courage » et « la liberté ». Ce lien avec l’autre se retrouve aussi dans son film préféré, *Green Book*, où deux personnages, bien que très différents, finissent par s’enrichir mutuellement : « Tout l’art dans ce film est de traiter un sujet quand même grave et profond, d’abord avec énormément d’humour, et avec ces personnages qui sont terriblement humains. »
En somme, Isabelle Bary relie les histoires, les livres, les voyages et le cinéma à une vision profonde de l’humanité. Elle conclut : « J’aime les gens profondément. J’essaie toujours de voir en eux ce qu’il y a de joli avant le reste. » Une belle manière de mettre en lumière la richesse que peut apporter la différence, à condition d’être prêt à l’accueillir.
Enfin, pour clore cette émission, François a proposé des recommandations culturelles, dont *Les 100 romans culte à lire dans sa vie* de Sarah Sauquet, le Brussels International Film Festival qui se déroulera du 4 au 12 septembre, et le nouvel album *Latidos* de Chicos y Mendez, à découvrir sur scène le 19 septembre à l’Ancienne Belgique. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de *Culture en Prime*, sur La Une et en streaming sur RTBF Auvio.
