Belgique

Intermarché sous pression : le groupe ne pousse-t-il pas ses franchisés vers la faillite ?

En février 2023, l’Intermarché de Leuze, à Eghezée, a fait faillite, suivi par les Intermarché de Morlanwelz, Auvelais, Jette et Rhisnes. Selon les derniers chiffres disponibles, 60% des Intermarché sont d’ailleurs dans le rouge.


En février dernier, l’Intermarché de Leuze, situé à Éghezée, a fait face à une faillite, signalée par d’importantes remises : moins 50 % sur les produits frais, moins 30 % sur les produits non périssables. Toutefois, cette fermeture ne représente qu’une partie visible d’un malaise plus profond. L’Intermarché de Leuze n’est pas un cas isolé ; d’autres magasins à Morlanwelz, Auvelais, Jette et Rhisnes ont également fermé leurs portes. Ce phénomène pourrait n’être que la partie émergée d’un iceberg, car de nombreux autres magasins de la chaîne pourraient subir un sort similaire.

Le groupe Intermarché cherche à perturber un secteur en pleine mutation. En confiant chacune de ses acquisitions à un franchisé, il souhaite offrir plus de flexibilité à ses supermarchés, avec des ouvertures le dimanche, une politique de prix agressive et un rayon frais bien fourni. Les prévisions sont ambitieuses : le groupe espère grignoter des parts de marché face aux géants du secteur. En 2025, Intermarché devrait annoncer une croissance de 6 %, mais l’accueil des retours financiers de l’année précédente est amer pour de nombreux franchisés.

Des franchisés contactés par téléphone évoquent un malaise généralisé, mais aucun n’est prêt à se montrer en raison des risques de représailles. L’un d’eux déclare : « Les Mousquetaires, c’est comme une secte. Il est très difficile de pouvoir parler sans risquer des représailles ». D’autres dénoncent des menaces « de saisir ma maison » ; ils hésitent donc à s’exprimer.

Certains franchisés, représentant 10 % des Intermarché en Belgique, finissent par accepter de s’exprimer en toute discrétion. Tous se trouvent dans une situation financière critique et affirment que le groupe ne parle jamais de rentabilité, mais se concentre uniquement sur la croissance et les parts de marché. La plupart de ces franchisés sont des récents arrivants, ayant rejoint le réseau en 2023 après le rachat de Mestdagh. Un franchisé se souvient : « On nous a mis devant les yeux des études de marché très ambitieuses ». Cependant, ces études, promettant un doublement du chiffre d’affaires après rénovation, semblent irréalistes.

Pour expliquer la situation, les franchisés affirment qu’Intermarché n’a pas respecté ses engagements, en particulier en ce qui concerne la fiabilité des livraisons. Avec le doublement du nombre de magasins, la centrale d’achat est rapidement surchargée, entraînant des retards dans la satisfaction des commandes. En 2024, un document administratif indique que 30 % des marchandises commandées ne parviennent jamais aux rayons, ce qui, selon Stefan Van Rompay, rédacteur en chef de RetailDetail, est dramatique. Il souligne qu’un magasin ne peut fonctionner que si les produits sont disponibles, sinon, les marges s’érodent et les finances se retrouvent en difficulté rapidement.

Intermarché est reconnu comme une coopérative, où chaque franchisé a un rôle à jouer, mais cela ne semble pas suffisant face à la lourdeur d’une opération d’acquisition. Selon les dernières données, 60 % des Intermarché sont actuellement en difficulté financière.

Le groupe admet avoir conscientisé les difficultés engendrées par ces récents changements. Dans un document confidentiel, intitulé « Accompagnement à la transition », il reconnait que la complexité d’un projet de cette ampleur a provoqué divers problèmes d’exploitation. Le groupe se propose d’apporter une aide financière pour atténuer ces impacts. En conséquence, les franchisés se retrouvent souvent à devoir retarder le paiement de leurs factures, accumulant ainsi une dette qui est passée de 13 millions d’euros en 2023 à 45 millions d’euros en 2025.

Les Mousquetaires, en réponse à la situation alarmante en Belgique, envoient Laurent Boutbien pour redresser la situation. Ce dernier, décrit comme ayant des pratiques brutales, impose des conditions strictes aux magasins les plus fragiles, leur demandant de régler les commandes immédiatement, ce qui aggrave encore leur situation.

Des experts des franchises estiment que ces changements de règles en plein processus sont inéquitables. Il est suggéré qu’Intermarché pourrait essayer de récupérer les fonds commerciaux des franchisés en détresse pour les revendre à d’autres entrepreneurs. Les témoignages concordants des franchisés évoquent une situation perçue comme une escroquerie, et plusieurs procédures judiciaires sont déjà en cours.

Intermarché a été contacté pour obtenir des commentaires sur ces révélations, mais toutes les demandes d’interviews ont été refusées. Néanmoins, le groupe admet qu’il existe des conflits avec certains de ses franchisés tout en affirmant la solidité de son modèle économique. Toutefois, pour certains, le mal est fait, et plusieurs d’entre eux affirment avoir perdu des millions d’euros en l’espace de deux ans avec Intermarché.