Belgique

Incendie dans les Hautes Fagnes : impact sur faune, flore et milieux naturels ?

Au cœur des Hautes Fagnes, la station scientifique de l’Université de Liège, installée depuis plus d’un siècle entre la Baraque Michel et le Signal de Botrange, a pour mission de préserver cet écosystème unique. Cependant, depuis vendredi dernier, un incendie ravage une partie de ce plateau, mettant en péril la biodiversité locale.

Les flammes ont déjà touché des zones sensibles, notamment la Fagne Wallonne et la Fagne de Cléfaye, qui sont parmi les trois dernières tourbières actives de la région. Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer les dégâts sur la faune et la flore, les craintes sont palpables.

Laurane Winandy, directrice de la station scientifique, souligne que les espèces les plus mobiles, comme certains mammifères, peuvent généralement fuir les incendies. En revanche, les amphibiens, tels que le crapaud commun et le triton palmé, se retrouvent dans une situation délicate. Ces espèces, qui se reproduisent dans les mares de tourbière, pourraient subir de lourdes pertes, surtout dans un incendie aussi profond qui affecte le sol.

Les reptiles, comme le lézard vivipare, sont également menacés. Winandy explique que ces animaux chercheront refuge dans le sol, mais les effets de l’incendie pourraient entraîner une mortalité élevée. Certains amphibiens, comme les tritons, pourraient avoir trouvé refuge dans les forêts environnantes, laissant leurs larves derrière elles.

Les oiseaux, qui trouvent refuge dans cette zone, sont également en danger. Les tétras-lyres, une espèce emblématique des Hautes Fagnes, sont particulièrement vulnérables. Après une réintroduction réussie de 35 individus en mai dernier, leur sort reste incertain. Les émetteurs dont ils sont équipés pourraient fournir des informations sur leur localisation dans les jours à venir.

L’incertitude plane également sur l’avenir des Fagnes après cet incendie. Quelles espèces survivront et quelles nouvelles populations pourraient s’établir dans cette région dévastée ?

Les conséquences sur la végétation sont tout aussi préoccupantes. La Fagne Wallonne et la Fagne de Cléfaye, considérées comme des joyaux de la réserve naturelle, ont subi des dommages significatifs. Serge Nekrassoff, directeur-adjoint de la station scientifique, indique que l’incendie a brûlé la tourbe en profondeur, perturbant ainsi l’écosystème. Certaines espèces végétales, comme les linaigrettes et la droséra, pourraient ne pas survivre si les conditions de leur habitat changent.

Il faudra attendre l’extinction de l’incendie pour que les experts puissent évaluer les dommages. Nekrassoff précise que certaines plantes pourraient réapparaître si les conditions restent favorables, mais la situation est préoccupante pour les tourbières qui étaient encore capables de se régénérer.

En se remémorant l’incendie de 1911, qui avait également ravagé la région, Nekrassoff évoque les changements observés dans la végétation suite à cet événement. À cette époque, des associations végétales nouvelles avaient émergé, dont la molinie, qui s’est répandue sur le plateau. Les conséquences de l’incendie actuel pourraient être plus graves, car les conditions de l’écosystème sont déjà altérées par la sécheresse.

En avril 2011, un autre incendie avait touché les Hautes Fagnes, mais les conditions étaient différentes. Les plantes avaient rapidement repoussé grâce à un sol encore humide. Cette fois-ci, la situation pourrait être bien plus complexe, laissant présager des défis importants pour la régénération de cet écosystème fragile.