Belgique

IA ou photo authentique ? Ce test interroge notre perception de la réalité.

Trois enseignants de l’IHECS ont participé à la création d’un test où des images générées par IA ont été mélangées à de véritables photographies. Roger Job a déclaré : « Le mensonge va être la référence. »


Pour élaborer ce test, trois enseignants de l’IHECS ont été sollicités. Le photographe et expert en intelligence artificielle, Hadrien Hanse, a conçu les images générées par IA qui composent le quiz. Celles-ci ont ensuite été mélangées à de véritables photographies avant d’être soumises au jugement de deux autres enseignants de l’école : le photojournaliste Roger Job et la professeure de graphisme Natacha Brixy. Leur défi était de différencier le vrai du faux.

### Même les experts ont hésité ! Et vous ?

Roger Job, un photojournaliste reconnu et multiprimé, examine les images avec les compétences qu’il a développées au cours de sa carrière. Cette activité prend alors une autre signification : ce n’est plus seulement son œil qui est mis à l’épreuve, mais également une certaine conception du journalisme.

« L’exercice m’a bouleversé. J’explique toujours à mes étudiants qu’en s’impliquant dans leur sujet, en passant du temps avec les personnes qu’ils rencontrent, leur parole et leur image sont irréfutables », raconte-t-il.

Dans sa vision du métier, la photographie dépasse la simple production d’images. Elle est le fruit d’une présence sur le terrain, d’une rencontre et d’un témoignage. Cette approche permet de poser des faits et de raconter la réalité.

« La démarche journalistique, d’aller sur place, d’aller rencontrer, d’aller photographier, faisait de vous quelqu’un de meilleur et de capable de parler à vos semblables. »

Cependant, face aux images générées par IA, cette certitude s’effrite. « Et en fait, tout ce monde est en train de s’écrouler. Les étudiants vont devoir lutter tellement fort contre ça. Le faux va devenir plus important que le vrai », analyse Roger Job.

### Entre excitation et peur

La réaction de Natacha Brixy diffère. Là où Roger Job perçoit un effritement des bases de son métier, elle éprouve un paradoxe. « J’éprouve un ressenti très mitigé entre l’excitation et la peur », explique-t-elle.

L’excitation provient du potentiel créatif offert par ces nouveaux outils. « On peut réussir à faire des visuels que jamais auparavant on aurait eu la possibilité d’imaginer. On n’osait même pas se dire qu’on pourrait les faire », souligne l’enseignante.

Mais cette fascination s’accompagne d’un malaise croissant. « La frontière et la limite entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas sont tout à fait indécelables, en tout cas de moins en moins », nuance Natacha Brixy. Selon elle, le problème réside dans la disparition progressive des repères. « Il y a une forme de manipulation qu’on ressent derrière tout ça et qu’on n’arrive pas à contrôler. »

Ne pas savoir si l’image est vraie ou fausse nous tétanise.

Elle illustre ce tiraillement avec les deux facettes de son activité professionnelle. « J’ai deux versants dans ma profession. Il y a d’un côté tout ce qui touche à la communication plutôt publicitaire, où créer des images et exploiter ce potentiel créatif est vraiment un défi excitant. Et de l’autre : tout ce qui touche davantage au journalisme et à la réalité des faits, où là, on se rend compte qu’il y a une limite qu’on franchit parfois. »

Cette incertitude finit par affecter son rapport même aux images : « Ne pas savoir si l’image est vraie ou fausse nous tétanise dans ce rapport à l’image », résume-t-elle.

### Le doute comme nouvelle norme

Les trois enseignants évoquent moins la technologie que la confiance. Confiance dans les images, confiance dans l’information, confiance dans notre capacité à partager une même réalité.

Pour Natacha Brixy, le principal danger est que la plupart des citoyens ne disposent ni du temps ni des outils nécessaires pour analyser les images qu’ils croisent quotidiennement. « Une image qui n’est pas annoncée ‘image IA’ va être perçue comme une image vraie, et une reproduction de cette réalité qu’elle n’est pourtant pas. »

Hadrien Hanse anticipe une autre conséquence : le doute permanent. « On va devoir se demander à chaque instant : est-ce que ce que je vois est réel ? Ça va créer une certaine fatigue mentale aussi de la part du public, de se dire : en quoi je peux croire ? »

Cette interrogation touche directement les médias. Pendant longtemps, une photographie était considérée comme un élément de preuve. Aujourd’hui, ce statut semble moins évident.

Le mensonge va être la référence.

C’est précisément ce qui préoccupe Roger Job. Derrière les outils, il redoute surtout le risque de perdre les repères communs qui permettent à une société de débattre et de se comprendre.

« Le mensonge va être la référence. Une société, ce sont des principes communs, mais aussi des référents communs. Notre faculté de penser, d’identifier les choses, de faire référence sera finie. »

Alors, avez-vous réussi à distinguer le vrai du faux ?

Votre score peut-être moins important que la question soulevée par ce test. Si même ceux qui fabriquent les images, les analysent ou les enseignent commencent à douter de ce qu’ils voient, une chose est certaine : notre rapport à la photographie est en train de changer profondément.

Et avec lui, notre rapport à la vérité.