Hugues Dayez critique « Disclosure Day », version anxiogène de « Rencontres du troisième type »
Daniel Kellner, incarné par Josh O’Connor, est un informaticien qui s’est emparé de fichiers classés « top secret » et fait face à la traque de la meute d’agents fédéraux dirigée par Noah Scanlon (Colin Firth). Lilia, ingénieure à Paris, revient en Tunisie pour l’enterrement de son oncle, dont les circonstances de la mort restent opaques car il a été retrouvé nu en pleine rue.
Pour commencer, il convient de dresser un aperçu d’une intrigue relativement complexe, tout en veillant à ne pas révéler le suspense de près de deux heures et demie.

Le film explore essentiellement deux parcours parallèles. D’une part, on suit Daniel Kellner (joué par Josh O’Connor), un informaticien qui a accédé à des fichiers classés « top secret » d’un organisme américain dédié à la sécurité nationale. Daniel est un « lanceur d’alertes », et les informations qu’il s’apprête à révéler sont si significatives qu’une équipe d’agents fédéraux, dirigée par le responsable de l’organisme, Noah Scanlon (Colin Firth), est à ses trousses. D’autre part, il y a Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo d’une chaîne de télévision à Kansas City, qui commence à avoir des comportements étranges et devient soudainement télépathe et polyglotte, parlant dans une langue inconnue… Est-ce le signe d’une intervention extraterrestre ? En collaborant, Daniel et Margaret tentent de percer ce mystère.

En 1977, Steven Spielberg proposait une vision optimiste des relations entre les humains et les OVNIS dans « Rencontres du troisième type ». Quasiment cinquante ans plus tard, il aborde à nouveau cette thématique qui lui est chère, celle qui avait inspiré l’un de ses films les plus célèbres, « E.T. », mais avec un ton beaucoup plus anxieux. Spielberg et son fidèle scénariste David Koepp (« Indiana Jones et le crâne de cristal », « Jurassic Park »), à travers « Disclosure Day », font référence, de manière indirecte, à des bouleversements dans la société américaine : l’affaire du lanceur d’alertes Edward Snowden, l’accroissement du contrôle de Donald Trump sur des médias de référence, et les tensions avec la Corée du Nord… D’un point de vue formel, le cinéaste, qui fêtera ses 80 ans en décembre prochain, démontre qu’il n’a pas perdu son talent et qu’il reste un excellent narrateur d’histoires. Son film est d’un rythme soutenu et contient plusieurs séquences marquantes. Sur le plan des idées véhiculées par « Disclosure Day » – « Le jour de la révélation » en français -, on ne peut s’empêcher de remarquer que Spielberg revient à ses sources et que sa vision de la science-fiction demeure influencée par ses passions passées, comme la série « Twilight Zone ». Cela s’éloigne de la modernité percutante de la série « Black Mirror », qui représente un exemple emblématique des dernières années. En résumé, avec « Disclosure Day », Steven Spielberg réussit à renouveler le genre tout en s’appuyant sur le passé, et comme cela est réalisé avec brio, il est facilement pardonné.
À voix basse

Lilia, ingénieure à Paris, se rend dans son pays natal, la Tunisie, pour assister aux funérailles de son oncle. Bien qu’elle soit ravie de revoir sa famille, elle ressent rapidement une atmosphère pesante. Les circonstances de la mort de son oncle demeurent floues ; il a été retrouvé nu, au beau milieu de la rue, durant la nuit. Lilia comprend immédiatement que sa famille tente de minimiser la vérité : son oncle était homosexuel, et étant donné que l’homosexualité est un crime en Tunisie, sa famille veut éviter le scandale en organisant ses obsèques. Cependant, pour Lilia, ce tabou est intolérable ; en tant que lesbienne, elle est venue avec son amie parisienne Alice (Marion Barbeau, vue dans « En corps » et plus récemment dans « Gourou »), mais elle n’ose pas se « dévoiler » à sa mère et sa grand-mère, restées ancrées dans les conventions et la culture du pays…
Le sujet de l’homosexualité préoccupe clairement les cinéastes issus du Maghreb. Après la franco-marocaine Maryam Touzani et son film « Le Bleu du Caftan », c’est au tour de la franco-tunisienne Leyla Bouzid d’explorer ce thème dans « À voix basse ». Toutefois, contrairement à Touzani, qui avait tendance à se concentrer excessivement sur des scènes muettes chargées de regards « signifiants », Bouzid oriente son récit presque comme une enquête policière, où Lilia déploie du courage pour défendre son oncle, bien qu’elle se montre bien moins proactive pour affirmer son propre caractère. En d’autres termes, la réalisatrice met en avant des paradoxes, ce qui enrichit le contenu de son film.
Mother’s baby

Julia, une chef d’orchestre renommée, essaie depuis longtemps d’avoir un enfant avec son mari Georg. Le couple se tourne vers une fécondation assistée dans une clinique privée prestigieuse, sous la supervision d’un gynécologue bien connu, le Dr Vilfort (Claes Bang, connu pour son rôle dans le Palme d’Or « The Square »). Lors de l’accouchement, Julia pressent un problème avec son bébé, car il lui est retiré juste après la naissance et ne lui est rendu que deux jours plus tard, après des examens en néonatalité. Julia ressent un mélange de soulagement et d’inquiétude : pourquoi ce bébé semble-t-il si inactif ? Est-il vraiment le sien ? Son entourage s’inquiète également : Julia souffre-t-elle du « baby blues » ? Ou commence-t-elle à perdre la raison ?
Primé lors du festival du film fantastique de Gérardmer, ce film allemand de Johanna Moder débute sous de bons auspices, la réalisatrice parvenant à créer une véritable atmosphère de doute et de malaise… Malheureusement, comme cela arrive souvent, elle se complique la tâche avec une conclusion ambiguë et frustrante : « Mother’s baby » ne parvient donc pas à tenir ses promesses.

