Hongrie : la défaite de Viktor Orbán, « parrain des nationalistes », annonce-t-elle un nouvel équilibre en Europe ?
Viktor Orbán a remporté seulement 55 sièges au Parlement hongrois, tandis que son adversaire Peter Magyar a obtenu une super majorité des deux tiers. L’Union européenne a suspendu plusieurs versements de subsides, estimant que Budapest est en infraction de plusieurs principes, tels que l’État de droit et la transparence des marchés publics.
Comment expliquer une telle défaite ? L’opposant de Viktor Orbán a obtenu une super majorité de deux tiers des sièges du Parlement hongrois, tandis que son parti en a remporté seulement 55. Selon Philippe Hensmans, cette élection a été largement influencée par les problèmes économiques et sociaux que rencontre le pays : corruption, déficit, crise économique et démocratique. Il ajoute cependant : « il est évident que la position de s’attaquer à l’Ukraine et à Zelensky choisie par Orbán, alors que le pays fait face à un déficit de 40 % sur les quatre dernières années, témoigne d’un certain décalage par rapport aux préoccupations des citoyens ». De son côté, Pauline Simonet rappelle que « le thème de campagne de Peter Magyar était un discours anticorruption, pro-européen, en affirmant ‘les Russes dehors' ».
La journaliste souligne également que la défaite d’Orbán constitue une défaite pour ses alliés, « non seulement Vladimir Poutine, mais aussi les trumpistes, et cette internationale réactionnaire ». Elle note que la Hongrie était devenue en seize ans « le lieu de rassemblement de tous les nationalistes, avec des groupes de réflexion très influents. Viktor Orbán a financé plusieurs partis nationalistes, comme celui de Marine Le Pen lorsqu’il en avait besoin. C’est le parrain de nombreux courants nationalistes qui s’en va », une « icône de l’extrême droite et de la droite radicale en Europe et dans le monde », ajoute Philippe Hensmans.
À l’annonce des résultats, un vif élan de réactions a afflué de Paris, Berlin, Bruxelles et même de Rome, célébrant la victoire de Peter Magyar. « Ça change tout pour les Européens », estime Pauline Simonet. Viktor Orbán utilisait fréquemment son pouvoir de nuisance au Conseil européen, où les décisions doivent être prises à l’unanimité. « Il a bloqué 90 milliards d’euros destinés à l’Ukraine, il prolongeait les sommets jusqu’à tard dans la nuit pour obtenir un accord… Il est évident qu’il y a un soulagement ».
Pour Philippe Hensmans, l’Union européenne est renforcée par cette élection hongroise, car « la situation économique du pays est étroitement liée aux 22 milliards d’euros de subventions européens qui n’ont pas été versées ». L’Union européenne a suspendu plusieurs de ces versements, estimant que Budapest enfreint plusieurs principes, tels que l’État de droit, la protection des minorités et la transparence des marchés publics. « C’est un signal envoyé aussi aux autres pays européens qui pourraient être tentés de suivre une direction similaire », considère l’ancien de l’Amnesty International.
Bien que les Européens se réjouissent de la fin du modèle Orbán, Pauline Simonet reste prudent quant à un véritable changement de politique en Hongrie : « Peter Magyar est aussi un conservateur. Nous verrons jusqu’où il ira pour rétablir l’État de droit et lutter contre la corruption, ou s’il choisira la prudence. Il y a des déçus de Viktor Orbán qui se sont tournés vers lui à la dernière minute », détenant des vues qui ne s’alignent pas forcément avec sa perception positive de l’Union européenne et du droit international, des électeurs qu’il pourrait chercher à ménager dans ses futures décisions.
► Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.

