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Guerre en Ukraine : le parti anti-guerre en Russie exclu des législatives

Plus de 500 membres du parti Iabloko se sont rassemblés ce lundi 10 août devant le siège de la Cour suprême à Moscou, brandissant des pommes, emblème de leur formation politique, pour protester contre leur exclusion des prochaines élections législatives. Cette décision a été rendue par la plus haute instance judiciaire du pays, qui a donné raison au parti pro-Kremlin Rodina, accusant Iabloko de recevoir des financements étrangers et de diffuser des idées extrémistes. Ce jugement a été prononcé seulement dix jours après que la Commission électorale centrale avait initialement autorisé Iabloko à participer au scrutin.

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a réagi en appelant les autorités russes à reconsidérer cette interdiction. Dans un message publié sur X, il a exprimé sa « profonde préoccupation » concernant l’exclusion d’Iabloko, l’un des plus anciens partis politiques russes, et a demandé aux autorités de lever cette interdiction.

Face à cette situation, Iabloko a annoncé son intention de faire appel, bien que les chances de renverser la décision semblent minces.

L’exclusion d’Iabloko est d’autant plus surprenante qu’elle intervient alors que le parti ne représente qu’une menace électorale limitée, avec seulement 3 % des intentions de vote selon un sondage récent, bien en dessous du seuil de 5 % requis pour entrer à la Douma. Nina Bachkatov, docteure en sciences politiques à l’Université de Liège, a qualifié cette situation d’« acharnement », soulignant qu’il est difficile de comprendre la perception d’un danger que représenterait Iabloko.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, Iabloko s’est distingué par son opposition au conflit et ses appels au cessez-le-feu. Laetitia Spetschinsky, spécialiste de la Russie à l’UCLouvain, a noté que l’éviction de ce parti, qui s’est symboliquement opposé à la guerre en Ukraine, constitue un acte symbolique contre une force d’opposition déjà marginalisée. Elle a ajouté que cette décision contribue à restreindre l’espace de contestation dans le débat politique institutionnel, mettant ainsi le discours anti-guerre « complètement sous cloche ».

Fondé en 1993, Iabloko est l’un des derniers vestiges du libéralisme politique en Russie post-soviétique. Sous la direction de Grigori Iavlinski, le parti avait émergé comme une force libérale significative. Cependant, son influence a diminué avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine au début des années 2000. La chercheuse Laetitia Spetschinsky a expliqué que les partis libéraux ont été systématiquement écartés par le parti pro-Kremlin, Russie unie, et la commission électorale.

Le déclin d’Iabloko est également lié à la désillusion du public envers le libéralisme, souvent associé aux crises économiques et à la corruption des années 1990. Bien que marginalisé, Iabloko a réussi à rester présent sur la scène politique, mais a perdu une grande partie de son poids électoral.

L’exclusion d’Iabloko ne devrait pas avoir d’impact significatif sur le résultat des élections. Selon Nina Bachkatov, il n’y a « pas d’enjeux » et le scrutin ne fera que remplacer les membres du Parlement. L’abstention pourrait devenir une des rares façons pour les électeurs de manifester leur désaccord, tandis que Laetitia Spetschinsky a souligné que la Douma continuera d’être dominée par Russie unie.

La répression des voix dissidentes en Russie est déjà forte, et Iabloko, en tant que dernier parti libéral actif, subit également des pressions. Le président du parti, Nikolaï Rybakov, a récemment déclaré qu’une quarantaine de ses militants faisaient l’objet de poursuites. De plus, il a lui-même été sanctionné pour avoir publié une photo d’Alexeï Navalny, et ses appels à la paix pourraient être considérés comme une violation des lois sur le « discrédit » des forces armées.

Iabloko avait reçu le soutien de plusieurs figures de l’opposition en exil en vue des législatives, dont Ioulia Navalnaïa, veuve d’Alexeï Navalny, tous deux classés comme « extrémistes » en Russie.