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« God Bless America » : Trump ne s’approprie-t-il pas le Divin ?

Donald Trump a retiré une image générée par l’IA après une diatribe violente contre le pape Léon XIV, publiée ce samedi. Lors d’une réponse, le pape a déclaré que « l’Eglise a (vait) le devoir moral de s’exprimer très clairement contre la guerre ».


Un thaumaturge touchant le front d’un malade, sur fond de drapeau américain, des pygargues à tête blanche, de la statue de la liberté, d’avions de chasse et d’anges mi-soldats mi-avengers dans un halo de lumière. La forme fait clairement penser à la peinture religieuse de la Renaissance. De la Croix-Rouge, il ne reste que les couleurs de la toge de Trump, blanc et rouge…

En somme, Trump a fini par retirer l’image générée par l’intelligence artificielle, qui avait été mise en ligne après une diatribe violente contre le pape Léon XIV, ce samedi. Ce pape compatriote, qui avait jusqu’à présent été relativement épargné, se retrouve désormais sous le feu des critiques trumpiennes.

« Je ne suis pas un grand fan », a déclaré Donald Trump à propos de Léon XIV.

Le président américain, casquette MAGA rouge sur la tête, a également accusé le souverain pontife de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien, de s’opposer à l’opération militaire américaine au Venezuela en janvier et d’avoir rencontré des sympathisants de Barack Obama. Trump réagissait à un message envoyé samedi par le pape à Rome, rapporté au président américain. « Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent ! Assez des démonstrations de force ! Assez de guerre ! » s’était notamment exclamé Léon XIV.

Et la réponse du Vatican à la Maison Blanche ne s’est pas fait attendre. Alors qu’il se dirigeait vers Alger, le pape a déclaré que « l’Église a le devoir moral de s’exprimer très clairement contre la guerre ». « Le message est toujours le même : promouvoir la paix », a-t-il ajouté.

Lundi, sur le pas de sa porte après avoir commandé un McDonald’s, Trump est revenu à la charge sans présenter d’excuses. Il a affirmé considérer le pape comme un homme « faisant preuve d’une grande faiblesse » et « très laxiste sur la question de la criminalité ».

Dans une joute verbale sans précédent, Trump a également ironisé sur le fait que Léon XIV avait été nommé pape « simplement parce qu’il est américain, et que [l’Église] s’est dit que ce serait la meilleure façon de gérer le président Donald J. Trump », ajoutant que « Léon ne serait pas au Vatican si je n’étais pas à la Maison Blanche ». Il a exprimé son souhait de ne pas avoir un pape qui critique le président des États-Unis, affirmant qu’il respecte les politiques qu’il a été élu pour défendre.

Le soutien du pape a été largement renforcé par les évêques italiens et américains. La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, pourtant proche de Trump, a jugé ses propos « inacceptables ». « Le pape est le chef de l’Eglise catholique, et il est juste et normal qu’il invoque la paix et qu’il condamne toute forme de guerre », a-t-elle affirmé. Même le président iranien, Massoud Pezeshkian, a condamné « l’insulte faite à Votre Excellence au nom de la grande nation iranienne », par un message envoyé sur X, réseau réputé pour ses restrictions internet.

Le sujet de l’interaction entre Trump et le pape n’a pas manqué de faire réagir, même au sein du camp républicain. Le conservateur JD Vance a nommé l’image postée par Trump comme une « plaisanterie », tandis que d’autres, comme Marjorie Taylor Greene, ont condamné le fait qu’il ait touché à des domaines sacrés, évoquant un « esprit antéchrist ».

Le président continuera sans doute d’invoquer des références religieuses et eschatologiques pour faire appel à sa base fervente. Il n’hésite pas à parler d’un « pays élu » et se présente souvent comme « l’élu ». « Donald Trump mobilise une rhétorique religieuse puissante, au point que ses propos ressemblent à des prophéties de la fin du Moyen Âge », commente un expert.

Avec sa capacité à capter l’attention en matière d’image, le président américain a compris que sa destinée politique est intimement liée à sa manigance auprès des électeurs évangéliques. Cependant, comme l’épisode récent lié à la photo « christique », il semble qu’il doit rester pensant dans ses provocations pour ne pas aliéner davantage son électorat…