
Fonctionnement d’un algorithme de service public : explications.
Un algorithme est défini comme une suite d’instructions à suivre dans un ordre précis, visant à atteindre un objectif. Les principaux algorithmes rencontrés sur les réseaux sociaux sont des algorithmes de recommandation qui suggèrent des contenus en fonction du profil de l’utilisateur et de ses précédentes interactions.
On pourrait définir un algorithme comme une série d’instructions à suivre dans un ordre spécifique, visant à atteindre un objectif. En soi, ce concept n’est pas nouveau, fonctionnant un peu comme un livre de recettes. Cependant, avec l’avènement des ordinateurs, ces instructions ont été traduites en code informatique, entraînant une augmentation exponentielle de la complexité des calculs.
Le terme algorithme, bien que scientifique à la base, est désormais largement familiarisé par le grand public. Selon Arnaud Claes, cela est dû au fait que « la question de déléguer la prise de décision à un dispositif technique ravive toute une série d’inquiétudes ». De son côté, Anthony Dekerckheer ajoute que les algorithmes sont devenus moins contrôlables et moins déterministes qu’auparavant, affirmant que « c’est assez perturbant de se dire qu’on ne maîtrise pas toujours la sortie de ce qui pourrait arriver de ces algorithmes ».
### Des contenus pour un maximum de réactions
Les algorithmes que l’on trouve sur les réseaux sociaux sont principalement des algorithmes de recommandation. Ils suggèrent des contenus en fonction du profil de l’utilisateur et des contenus précédemment consultés ou auxquels il a réagi. L’objectif principal de ces algorithmes, notamment sur TikTok, est de favoriser l’engagement des utilisateurs, comme l’explique Arnaud Claes : « C’est-à-dire la propension d’un utilisateur à rester sur une plateforme et à interagir avec les différents contenus qui lui sont proposés. Cet engagement est mesuré par le nombre de clics que l’utilisateur va faire, le nombre de retweets, de partages, de réactions, ou de commentaires ».
La stratégie des algorithmes de TikTok est donc de susciter des réactions chez l’utilisateur en offrant des contenus qui génèrent des émotions, plutôt que des contenus informatifs ou bénéfiques. Cela comporte des dérives : « Le problème, c’est qu’on a constaté qu’optimiser pour l’engagement, ce n’est pas nécessairement optimiser pour des contenus qui sont intéressants ou qui vont contribuer à un écosystème médiatique relativement sain. On va parfois avoir tendance à recommander des contenus qui vont faire réagir pour plein de raisons : parce qu’on est en colère, parce qu’on est joyeux, parce qu’on est triste, parce qu’on est choqué, ce qui contribue du coup à la viralité de certains contenus problématiques », s’inquiète le chercheur de l’UCLouvain.
### Les algorithmes de la RTBF
Les médias de service public utilisent également des algorithmes. Étant donné la multitude de contenus produits, ces systèmes de recommandation aident les utilisateurs à naviguer. Anthony Dekerckheer souligne qu’avec 700 heures de contenus publiés chaque semaine sur les plateformes RTBF, « ce n’est plus à l’utilisateur à trouver les contenus, c’est au contenu à trouver leur public ».
Ces algorithmes ont également été conçus pour être en phase avec les valeurs du service public et les missions définies dans le contrat de gestion de la RTBF. « Le Conseil supérieur de l’audiovisuel nous impose que dans les algorithmes, on ait un certain nombre de contenus d’information, de culture, d’éducation aux médias, par exemple », précise l’analyste de données à la RTBF. Sur RTBF Auvio, les utilisateurs reçoivent donc des recommandations, dont un certain pourcentage de contenus culturels. Une grande différence réside dans le fait que les algorithmes de RTBF Actus et RTBF Auvio intègrent aussi la notion de « découvrabilité ».
« Si les gens sont très intéressés par un type de contenu, plutôt que de les enfermer là-dedans, on va leur dire de temps en temps : ‘on a un contenu culturel qui pourrait peut-être vous intéresser’. C’est un pari que l’on fait, parce que c’est quelque chose que la personne ne nous a pas déclaré qu’elle appréciait, via ses choix déclaratifs ou via son comportement de consommation, mais on lui dit : peut-être que ce contenu-là te plairait », expose un collaborateur de la gestion des données à la RTBF.
### L’importance d’un contrôle humain
Arnaud Claes met en garde contre un usage excessif des algorithmes. Bien qu’ils aident les rédactions à valoriser leur contenu, il souligne que leur efficacité n’est pas absolue : « Ce n’est pas parce qu’on est exposé à un contenu qu’on va nécessairement le consulter et l’intégrer de façon passive. Donc, je crois qu’il y a eu beaucoup de rédactions qui se sont rendu compte que c’était un outil intéressant, mais que ce n’était pas l’outil qui allait révolutionner les pratiques. Et qu’en fait, une éditorialisation humaine avait toujours sa place et qu’il y avait un équilibre à trouver ».
**► Découvrez aussi comment fonctionnent les algorithmes en écoutant le podcast des Clés ci-dessus ou sur Auvio.**
