
Faut-il enseigner la lecture dès la maternelle ? Parlons solutions.
Céline Alvarez met en lumière la complexité de la langue française et son impact sur l’apprentissage de la lecture dès le plus jeune âge. Elle décrit le français comme une langue « opaque », où un même son peut être représenté par différentes lettres, ce qui engendre des difficultés pour les enfants. Contrairement aux langues comme le finnois ou l’espagnol, où une vingtaine de signes suffisent pour devenir un lecteur compétent, le français en nécessite près de 250. Cette particularité explique pourquoi les enfants ont besoin de davantage de temps pour maîtriser la lecture.
Alvarez préconise que l’initiation à la lecture ne doit pas se limiter à la première année de primaire. Elle soutient que les enfants devraient commencer à apprendre à lire dès la maternelle, afin de s’adapter à la complexité de la langue. Concrètement, elle propose de travailler d’abord sur les sons des lettres plutôt que sur leur nom, en utilisant des lettres mobiles pour former de petits mots simples comme « mur » ou « vis ». Cette méthode permet aux enfants de comprendre le fonctionnement du code écrit et de progresser vers la lecture.
À partir de trois ans et demi, certains enfants commencent à composer des mots, et vers quatre ans, ils peuvent lire leurs premiers mots de manière autonome. Cette première réussite peut susciter un désir d’apprendre, créant ainsi une « boucle vertueuse d’auto-apprentissage ». Alvarez souligne que plus les enfants lisent, plus leur envie de lire grandit. Elle a observé cette dynamique dans des classes de milieux défavorisés, où des enfants ont commencé à emprunter de nombreux livres.
Des recherches corroborent l’idée que pour une langue « opaque » comme le français, la capacité à construire des mots à cinq ans est un indicateur clé d’un niveau de lecture futur, indépendamment des milieux sociaux. Cependant, elle insiste également sur l’importance du langage oral comme fondement de cet apprentissage. Edith El Kouba, chargée de cours à l’ULiège, partage cette vision en soulignant que le langage oral est essentiel. Elle appelle à exploiter toutes les occasions d’apprentissage en classe maternelle, au-delà des activités formelles.
Le vocabulaire, la richesse des échanges et la complexité des phrases sont cruciaux pour aider les enfants à comprendre les mots qu’ils rencontreront dans les livres. Alvarez précise que l’apprentissage de la lecture et le développement du langage oral doivent aller de pair, car les deux sont des indicateurs majeurs de réussite. Elle appelle à une volonté politique pour généraliser ces pratiques, soulignant que cela ne peut reposer uniquement sur les enseignants.
Pour approfondir cette thématique, un débat complet est disponible dans le podcast du Monde en direct.
