Belgique

Enquête pour espionnage chinois sur les puces électroniques en Belgique

Espionnage, implication dans une organisation criminelle, abus de biens sociaux et divulgation non autorisée de secrets commerciaux : les accusations portées contre H. L., un ancien chercheur de renom chez BelGaN, sont particulièrement graves. Cet homme de cinquante ans, originaire de Pékin et résidant à Louvain, a été interpellé le 10 mai à l’aéroport de Bruxelles alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour la Chine.

L’enquête révèle que H. L. aurait abusé de sa position au sein de BelGaN, une entreprise située à Audenarde, pour s’approprier des connaissances cruciales dans le secteur des semi-conducteurs, qu’il aurait ensuite transmises à une société chinoise, GaNkool, active dans le même domaine.

Les services de sécurité européens surveillent depuis un certain temps les stratégies chinoises visant à acquérir des entreprises dans des secteurs stratégiques, avec l’objectif de transférer des technologies vers la Chine. Des éléments d’enquête suggèrent que H. L. aurait agi en parallèle pour BelGaN et pour GaNkool, une entreprise fondée dans la province du Fujian.

Sur son profil professionnel, H. L. se présente comme spécialiste scientifique chez BelGaN depuis août 2022, sans mentionner d’activités en Chine. Cependant, une communication provenant de la « nouvelle zone de Fuzhou », un pôle de développement stratégique en Chine, établit un lien direct entre lui et GaNkool.

Lors d’un colloque en mars 2023 sur les semi-conducteurs de troisième génération, H. L. est présenté comme directeur technique de la société chinoise, ayant occupé des postes clés chez BelGaN. Il intervient en tant qu’orateur principal aux côtés d’Alan Zhen Zhou, le directeur général de l’usine d’Audenarde, qui est également sous enquête et actuellement recherché par la justice.

La faillite de BelGaN, survenue moins de deux ans après l’arrivée d’Alan Zhou à sa tête, soulève des interrogations sur les véritables intentions des dirigeants chinois. En été 2024, l’entreprise a déposé le bilan, ne parvenant pas à financer la transition vers une nouvelle technologie de puces électroniques. BelGaN, qui comptait plus de 400 employés, était l’héritière de Mietec, un fleuron de la troisième révolution industrielle en Flandre.

Alan Zhou, qui avait de grandes ambitions pour l’entreprise, avait déclaré en février 2022 : « Je vois ici la chance de ma vie d’initier une GaN-Valley en Europe. » Le nitrure de gallium, un semi-conducteur de nouvelle génération, devait permettre de fabriquer des composants électroniques plus performants, notamment pour les véhicules électriques et les infrastructures solaires.

La chute de BelGaN, alors qu’elle développait un produit prometteur dans un secteur stratégique, questionne les motivations des dirigeants en place depuis 2022. La justice belge s’intéresse de près à cette affaire, qui pourrait impliquer des fraudes financières et des manœuvres d’espionnage économique. Le parquet fédéral a été informé des faits potentiellement répréhensibles détectés par la Sûreté de l’État, qui a alerté sur des activités suspectes.

Les investigations, menées par la Police judiciaire fédérale de Flandre orientale, ont déjà conduit à plusieurs perquisitions et saisies, avec des analyses en cours sur des supports informatiques et des communications. Le parquet a précisé que les enquêtes portent sur des faits d’espionnage, de participation à une organisation criminelle et de divulgation illicite de secrets d’affaires. Il est envisagé que des transferts illicites de propriété intellectuelle aient eu lieu, notamment concernant la production de puces en nitrure de gallium.

H. L. reste en détention préventive après son arrestation. Son avocat, Dimitri de Beco, conteste les accusations et rappelle que son client est présumé innocent. Il souligne que H. L. n’est plus accusé d’espionnage, mais pourrait être impliqué dans un vol de secrets de fabrication. L’avocat insiste sur le fait que cette affaire relève du droit économique et ne concerne pas la sécurité de l’État.

Alan Zhen Zhou, le second suspect, est toujours recherché. Il a dirigé BelGaN pendant la période critique qui a précédé sa faillite. Les tentatives de contact avec lui n’ont pas abouti. GaNkool, la société chinoise impliquée, n’a pas non plus répondu aux sollicitations, bien que son site internet affiche BelGaN comme partenaire.

Alors que le volet judiciaire de cette affaire est loin d’être clos, l’usine d’Audenarde pourrait bientôt retrouver une place sur le marché européen des semi-conducteurs. En effet, l’entreprise Thema Foundries BV a récemment annoncé la création du premier centre européen dédié aux puces photoniques, utilisant la lumière pour le traitement et la transmission de données.