Belgique

Élection régionale en Saxe-Anhalt : l’extrême droite allemande proche du pouvoir

Un petit Land allemand pourrait bien déclencher une onde de choc politique. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un parti d’extrême droite est en passe de prendre les rênes de la Saxe-Anhalt, une région de l’ex-Allemagne de l’Est.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti aux positions anti-migrants, pro-russes et favorable à Trump, domine les sondages. Selon une enquête récente de la télévision publique ZDF, il récolte 41% des intentions de vote, tandis que la CDU, le parti chrétien-démocrate, n’atteint que 23%.

Ulrich Siegmund, le candidat de l’AfD âgé de 35 ans, voit dans le scrutin de ce dimanche une étape cruciale vers son objectif national : remporter les élections fédérales allemandes de 2029. Lors d’un meeting de campagne, il a déclaré à ses partisans : « Quelle que soit l’issue du scrutin de demain, nous sommes déjà entrés dans l’histoire. Ce que nous avons commencé ici en Saxe-Anhalt, ce qui est en train de se propager à travers l’Allemagne, ne peut plus être arrêté. »

À Magdebourg, la capitale du Land, certains électeurs semblent prêts à tourner le dos aux partis traditionnels. Andre Hofmann, à la tête d’une entreprise de transport routier, a exprimé son souhait de donner une chance à l’AfD : « Après 24 ans de gouvernement CDU et SPD, nous sommes derniers en termes d’économie et nous sommes l’une des régions les plus vieillissantes du pays. L’AfD n’a jamais été au pouvoir. Peut-être qu’ils ne feront pas mieux. Mais je veux essayer. »

L’AfD a bâti sa campagne sur le ras-le-bol des électeurs concernant l’immigration, la sécurité et l’éducation. Siegmund promet de rompre avec des décennies de politique traditionnelle, en remettant en question l’obligation scolaire et en souhaitant modifier les programmes scolaires, qu’il juge trop centrés sur la culpabilité liée à l’Allemagne du IIIe Reich.

Pour Hofmann, père de cinq enfants, dont deux encore scolarisés, l’éducation est une priorité. Il souhaite que ses enfants bénéficient d’un enseignement plus axé sur les mathématiques et les sciences, et moins sur l’éthique : « Je ne veux pas de politique dans les écoles. Je veux juste que les écoles soient obligées d’éduquer mes enfants pour l’avenir. Et c’est ce que veut l’AfD. »

Cependant, dans les rues de Magdebourg, un autre message se fait entendre. Samedi, environ 6000 personnes ont manifesté pacifiquement pour une « Saxe-Anhalt ouverte sur le monde », brandissant des drapeaux arc-en-ciel et des pancartes proclamant « une vie meilleure sans nazis ».

Fabian, l’un des organisateurs, s’inquiète des répercussions sur la culture et l’éducation : « L’éducation et la culture ne seraient plus ce qu’elles sont aujourd’hui, les financements culturels seraient supprimés, les institutions culturelles, les musées, les théâtres et les centres littéraires ne seront autorisés à présenter que des programmes d’origine allemande alors que la culture, c’est la diversité, c’est la mixité. »

Le scrutin de ce jour ne se limite pas à un simple affrontement électoral, mais représente un test décisif pour l’AfD. Peut-elle passer du statut de premier parti d’opposition à celui de parti de gouvernement ? La réponse dépendra de l’écart avec la CDU et de la composition du futur parlement régional. Même avec 40% des voix, l’AfD pourrait se retrouver dans l’obligation de rechercher un partenaire de coalition, alors que les autres partis ont jusqu’à présent maintenu un cordon sanitaire autour d’elle.