Belgique

Eau froide : pourquoi n’est-elle pas froide et faut-il s’inquiéter ?

Les températures élevées de cet été incitent à une consommation d’eau accrue. Cependant, l’eau qui coule de nos robinets ne répond pas toujours à cette attente de fraîcheur, se révélant parfois tiède, voire chaude. Eric Chauveheid, responsable du laboratoire de Vivaqua, producteur d’eau potable à Bruxelles, souligne que « l’eau de distribution est plus chaude qu’en hiver pour diverses raisons, et cette année particulièrement ».

L’un des principaux facteurs de cette hausse de température réside dans les sources d’approvisionnement. En effet, lorsque l’eau provient de captages de surface, comme la Meuse, sa température est directement influencée par celle du fleuve. Par exemple, 30 % de l’eau distribuée à Bruxelles provient de la Meuse à Tailfer, où elle est plus chaude que d’habitude. Cette eau est ensuite redistribuée dans différentes régions, augmentant ainsi la température de l’eau domestique.

À l’inverse, l’eau provenant de captages souterrains, plus profonds, conserve une température plus fraîche et stable. Chauveheid précise que « parfois, ces eaux de surface et souterraines sont mélangées avant la distribution, mais ce n’est pas systématique ». Ainsi, certaines zones, comme le sud-ouest de Bruxelles, reçoivent davantage d’eau de la Meuse, ce qui peut entraîner une température plus élevée.

Un autre élément à considérer est le passage de l’eau dans les canalisations. Bien que les tuyaux de distribution soient bien isolés et enterrés profondément, la chaleur du sol peut influencer la température de l’eau. Cependant, Chauveheid estime que « le réchauffement est limité dans l’espace public ». Il met en avant que « les canalisations à l’air libre, mal isolées, et qui passent dans des caves surchauffées, contribuent davantage à l’augmentation de la température de l’eau avant qu’elle n’atteigne le robinet ».

Des contrôles réguliers sont effectués pour garantir la qualité de l’eau. « Nous avons des processus très rigoureux pour contrôler l’eau, notamment des analyses microbiologiques », indique Chauveheid. En période de chaleur, les doses de chlore sont augmentées pour prévenir la prolifération de bactéries, tout en veillant à ne pas altérer le goût.

Face à l’augmentation des canicules, la question de la disponibilité des sources d’approvisionnement se pose. Chauveheid mentionne que « nous sommes conscients que les sources d’approvisionnement d’eau peuvent se raréfier et nous envisageons d’en trouver de nouvelles ou de relancer d’anciennes ».

Les préoccupations concernant la qualité de l’eau tiède sont également légitimes. Carole Schirvel, médecin en prévention et contrôle des infections, rappelle que « d’un point de vue général, l’eau de distribution reste potable ». Cependant, elle note que la température plus élevée peut favoriser la prolifération de certaines bactéries, notamment la légionelle, qui peut causer des infections respiratoires. « Le risque est plus élevé pour les personnes fragiles, mais pour une personne en bonne santé, consommer de l’eau légèrement plus chaude n’aura pas d’effet néfaste », assure-t-elle.

Pour ceux qui souhaitent éviter de boire de l’eau tiède, Chauveheid recommande de laisser couler l’eau quelques instants avant de la consommer, afin d’évacuer l’eau tiède des tuyaux. Il admet que cela peut prendre du temps, surtout dans les grands bâtiments. Schirvel conseille également de remplir une carafe d’eau et de la placer au réfrigérateur pour la refroidir.

En période de canicule, il est conseillé de laisser couler l’eau quelques secondes avant de la boire, et d’éviter de consommer de l’eau qui a stagné dans les tuyaux. Toutefois, il est également important de ne pas boire de l’eau trop froide lorsque la température corporelle est élevée, afin d’éviter un choc thermique.