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Donald Trump n’a-t-il toujours sa place à la télévision américaine ?

« Nous allons suivre les déclarations du président, mais nous n’allons pas les diffuser en direct parce que le président a un passé de déclarations trompeuses et inexactes sur l’intégrité des élections. » Le présentateur de CNN, John King, justifie ainsi le choix éditorial de ne pas retransmettre le discours présidentiel en direct.

Ce jeudi 16 juillet, la chaîne a décidé de surveiller le discours en coulisse, d’en commenter le contenu en direct avec des experts et de sélectionner les extraits à diffuser. Parallèlement, le discours était accessible dans son intégralité sur le site internet cnn.com, accompagné de commentaires et d’analyses.

CBS a opté pour une approche différente. Le discours a été diffusé en direct au début, mais a été interrompu pour permettre un fact-checking. Les journalistes ont alors repris les commentaires fallacieux du président pour rétablir les faits.

De son côté, Fox News a diffusé l’intégralité du discours en direct, précisant à la fin que « Fox News n’a pas vérifié de manière indépendante les affirmations du président. »

Enfin, NBC et ABC ont choisi de maintenir la diffusion de leurs programmes comme prévu, sans retransmettre le discours en direct, laissant le contenu informatif lié à cet événement pour leurs journaux plus tard dans la soirée et le lendemain matin.

Ces quatre approches illustrent l’embarras des médias américains face aux déclarations souvent infondées du président. Il est à noter que dans tous les cas, ces chaînes de télévision ont diffusé le discours en direct et dans son intégralité sur leur site internet.

La réaction du président américain a été sévère : « Ces chaînes savent combien notre système est corrompu et elles ne veulent pas le révéler. Elles devraient voir leurs licences de diffusion révoquées. Elles, et d’autres médias, font partie d’un complot. Elles veulent continuer les fraudes (dénoncées dans mon discours). »

Et pourtant, ce que les médias craignaient s’est bien produit. Donald Trump a utilisé son temps d’antenne pour multiplier les allégations d’une fraude à ses dépens lors du scrutin remporté par les Démocrates en 2020. Un message qu’il répète, sans preuve, à l’envi depuis six ans.

Ce soir-là, il accuse la Chine d’ingérence. Pékin aurait acquis de manière illicite des dossiers concernant 220 millions d’électeurs américains, avec leur nom, leur adresse et d’autres données utilisées pour enregistrer les votes.

Ce discours frénétique contredit une enquête menée par la communauté du renseignement américain, rendue publique en 2021, qui n’a trouvé aucune preuve d’une ingérence étrangère lors de l’élection présidentielle de 2020.

La Chine a dénoncé de « pures inventions » et « une campagne de dénigrement malveillante. »

Les attaques du président américain contre les médias sont devenues monnaie courante lors des conférences de presse. Si une question ne lui plaît pas, il n’hésite pas à faire des remarques désobligeantes. « Ça, c’est le genre de questions que poserait un journaliste de CNN ! »

Le 3 juin dernier, Donald Trump a été interpellé dans le bureau ovale par une journaliste de CNN. Il a d’abord réagi par une attaque personnelle : « CNN est une organisation très corrompue, avec une journaliste corrompue debout juste là, elle ne sourit jamais. On ne voit jamais une jeune femme belle sourire, jamais. Je ne vois jamais un sourire sur son visage. Je la vois debout là avec de la haine dans les yeux. »

Ces attaques permanentes contre la presse, Sonia Dridi les connaît bien. Correspondante de la RTBF à Washington, elle fait partie des journalistes accrédités à la Maison Blanche. « Je pourrais raconter de nombreuses humiliations et pressions orchestrées contre les journalistes. Mais j’aimerais souligner que nous avons aussi un accès rare au président. Ce n’était pas du tout la même chose sous l’ère Biden. Ses sorties étaient plus calculées. Donald Trump passe son temps à critiquer les médias mais il a une obsession d’être au centre de l’attention médiatique. »

Dans le bureau ovale, dans son avion, devant son hélicoptère, le président est omniprésent. Il répond plusieurs fois par jour aux journalistes. Et malgré les critiques contre les médias traditionnels, ceux qui ne sont pas ouvertement pro-Trump continuent de faire partie des conférences de presse.

« C’est vrai que la Maison Blanche laisse plus de place aux médias qui suivent la ligne de Donald Trump. Mais les médias traditionnels continuent à obtenir quelques places aussi. D’ailleurs, j’ai déjà constaté plusieurs fois que le président peut humilier un journaliste devant tout le monde et lui donner une longue interview par téléphone, quelques jours plus tard, » raconte Sonia Dridi.

« Donald Trump crache souvent sur le New-York Times mais ça ne l’empêche pas de recevoir longuement cinq journalistes du journal en leur proposant une petite visite guidée de la Maison Blanche. »

Le 21 janvier dernier, la RTBF avait déjà choisi de diffuser le discours d’investiture de Donald Trump avec un léger décalage, permettant de couper la diffusion à temps en cas de propos illégaux. Aurélie Didier, directrice éditoriale adjointe de l’information, expliquait : « Nous avons constaté à plusieurs reprises que Donald Trump a tenu des propos racistes, d’extrême droite, xénophobes, d’incitation à la haine également. Nous avons décidé de diffuser son discours en léger différé pour prendre le temps de l’analyse. C’est une pratique que nous appliquons déjà depuis de nombreuses années à la RTBF, en Belgique francophone, et que nous appelons le cordon sanitaire médiatique. »

Cette décision avait provoqué une levée de boucliers. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, dénonçait notamment une volonté de censure dans le choix éditorial du service public.

Dans le cas américain, la décision divise aussi. Pour Sonia Dridi, « même parmi les Démocrates, certains m’ont dit leur étonnement. Ce n’était pas un discours de campagne, selon eux, mais une adresse à la nation. Diffuser en direct ou non ? Peut-être vaudrait-il mieux que les Américains se rendent compte par eux-mêmes que le président ment. »