Belgique

Deux chercheurs chinois soupçonnés d’espionnage à l’Université de Liège.

La justice s’intéresse aux occupations et aux relations qu’entretiennent l’étudiante L. et le chercheur L., tous deux de nationalité chinoise, suspects de s’être livrés à des activités clandestines au profit de la Chine. Le service de sécurité de l’université constate la présence sur le site du Sart Tilman, durant la nuit et le week-end, d’une étudiante en stage à la faculté et d’un homme jusqu’alors inconnu.


La justice enquête sur les activités et relations entre l’étudiante L. et le chercheur L., tous deux de nationalité chinoise, soupçonnés d’activités clandestines au bénéfice de la Chine au sein du département de physique de la Faculté des Sciences de l’Université de Liège (ULiège).

Les premières inquiétudes sont apparues quelques mois auparavant, lorsque le service de sécurité de l’université note la présence sur le site de Sart Tilman, la nuit et le week-end, d’une étudiante en stage et d’un homme inconnu. Un badge aurait été utilisé et reproduit frauduleusement pour accéder à certains locaux.

L’étudiante, en stage à Liège pour une durée de 18 mois, connaît bien les lieux. Toutefois, son accès aux bâtiments universitaires est interdit en dehors des heures de bureau, sans autorisation préalable, aucune autorisation n’ayant été accordée par les autorités académiques selon la RTBF.

Concernant l’homme vu en sa compagnie, il ne semble pas avoir de rôle universitaire officiel à Liège et ne justifie donc pas sa présence sur le campus, comme le confirme l’ULiège. Ce chercheur est en réalité lié à l’Université de Lille.

Suite à ces intrusions, des vérifications supplémentaires ont révélé une activité inhabituelle sur le réseau interne de l’université et des connexions suspectes avec l’extérieur.

En réponse à ces éléments, les autorités universitaires convoquent l’étudiante. En avril, ses accès aux bureaux et ressources informatiques sont strictement limités aux heures de travail. L’Université de Lille a également été informée des déplacements du chercheur.

L’Université française a confirmé connaître la situation et a précisé que « l’étudiant concerné a été reçu en interne ». Elle a également affirmé que « l’infraction constatée n’ayant pas eu lieu sur le territoire français et ne représentant pas une infraction au règlement de notre établissement, aucune sanction n’a pu être prise ». L’établissement demeure « vigilant quant aux suites données à l’enquête de police en cours ».

Les deux individus ont été entendus puis relâchés.

Les investigations s’annoncent complexes, compte tenu des délais, avec un retour en Chine imminent pour la doctorante et possiblement pour le chercheur. Leur interpellation a eu lieu le 21 mai et du matériel informatique a été saisi pour analyse.

Après avoir été entendus par les enquêteurs, les deux suspects ont quitté librement. Le parquet fédéral a confirmé qu’ils « ont été auditionnés puis libérés sans être inculpés », précisant que « l’enquête se poursuit ». La Sûreté de l’État a également refusé de commenter des dossiers particuliers.

Les cibles d’espionnage, qui auraient été visées par les suspects, ne sont pas connues. En théorie, leurs activités de recherche officielles ne leur donnent pas accès à des zones ou données sensibles.

La physique est généralement un pilier du développement scientifique et technologique. Les domaines tels que la physique des matériaux complexes, l’étude de la matière condensée, la modélisation, ou encore les nanostructures sont cruciaux pour l’innovation.

Ces secteurs sont des priorités pour le Parti communiste chinois. Le cadre stratégique national de la Chine met de plus en plus l’accent sur l’innovation et la souveraineté technologique.

La Sûreté de l’État a noté dans son dernier rapport que des universités sont « dans le viseur de la Chine », celle-ci cherchant à « dynamiser sa coopération avec des entreprises et centres de recherche occidentaux pour accéder à des technologies cruciales dans des secteurs stratégiques ».

Les universités, étant essentielles au potentiel économique et scientifique d’un pays, sont exposées à l’espionnage, ce que la Sûreté souligne depuis près de dix ans. Cependant, les affaires d’espionnage identifiées semblent rares, rendant la situation actuelle particulière.

L’intervention de la police a alerté les suspects sur la surveillance dont ils faisaient l’objet et pourrait avoir perturbé d’éventuelles activités clandestines. Les personnes visées bénéficient de la présomption d’innocence.

Le gouvernement chinois exige que les citoyens chinois à l’étranger respectent les lois et réglementations des pays d’accueil.

Cette opération montre également aux acteurs étatiques que les soupçons d’espionnage académique sont surveillés par les autorités belges.

En réponse à l’interpellation des deux chercheurs chinois, l’ambassade de Chine en Belgique a déclaré « n’avoir reçu aucune notification des autorités belges à ce sujet » et « ne pas avoir connaissance de la situation mentionnée », ajoutant que « le gouvernement chinois exige toujours que les citoyens chinois à l’étranger respectent les lois et réglementations des pays d’accueil ».

Le SPF belge des Affaires étrangères a également mentionné son incapacité à commenter, « vu l’enquête en cours ».

Les universités se trouvent donc face à une délicate équation : elles doivent préserver la liberté académique et l’indépendance de la recherche, tout en se protégeant contre les risques d’appropriation clandestine de connaissances.

« Le pays d’origine ou l’appartenance à telle ou telle université étrangère n’est pas un motif d’exclusion pour un étudiant, mais nous renforçons la vigilance lorsque cela est justifié », affirment des responsables de l’ULiège.

Dans certains cas, « nous refusons les cotutelles sur des recherches car cela implique une coopération renforcée avec une université étrangère », précisent-ils.

L’ULiège a déjà accueilli des sessions d’information sur les risques d’espionnage, et une nouvelle initiative est prévue l’an prochain.

L’Université de Lille, de son côté, rappelle qu’elle applique des mesures de protection du potentiel scientifique et technique français, notamment concernant l’accueil des personnes venant de pays hors de l’espace Schengen, les questions de propriété intellectuelle et les échanges d’étudiants.