Des organisations juives réclament un coordinateur contre l’antisémitisme.
Le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) et le Forum der Joods Organisaties (FJO) dénoncent le fait que la Belgique ne dispose pas à ce jour d’un coordinateur visible, actif et indépendant contre l’antisémitisme. Selon un communiqué, « la communauté juive en Belgique vit sous une pression exceptionnelle depuis des années » et le président du CCOJB, Yves Oschinsky, affirme que « montrer une proximité vis-à-vis de la communauté juive » est perçu par certains partis comme conflictuelle avec une autre communauté.
« Il est inacceptable que la Belgique n’ait pas à ce jour un coordinateur visible, actif et indépendant contre l’antisémitisme » : telles sont les déclarations du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) et de son équivalent néerlandophone, le Forum der Joods Organisaties (FJO).
Ces deux organismes appellent à la nomination de ce coordinateur en raison de l’atmosphère pesante dans laquelle évoluent les juifs en Belgique.
« La communauté juive en Belgique vit sous une pression exceptionnelle depuis des années. Le nombre d’incidents antisémites a fortement augmenté, les écoles et institutions sont fortement sécurisées et le sentiment de sécurité des familles s’en trouve fondamentalement affecté », indiquent le CCOJB et le FJO dans leur communiqué de presse.
Cette déclaration est confirmée par Unia, ex-Centre interfédéral pour l’égalité des chances, qui a rapporté en septembre dernier une forte augmentation des signalements et des dossiers relatifs à l’antisémitisme depuis octobre 2023.
« Il y a une explosion des actes antisémites particulièrement depuis le 7 octobre », déclare Yves Oschinsky, président du CCOJB. Selon lui, l’inquiétude au sein de la communauté juive est « profonde », et ceux-ci s’interrogent sur leur avenir en Belgique. « Cette inquiétude se manifeste par des interrogations sur l’avenir, sur son avenir en Belgique », précise le responsable du CCOJB.
Au CCOJB, Yves Oschinsky rappelle que « des engagements européens ont été pris, il y a plusieurs années, par la Belgique vis-à-vis de la Commission européenne ». Il s’agissait « d’élaborer, comme tous les États membres, une stratégie de lutte contre l’antisémitisme » et « la désignation d’un coordinateur national », explique le président du CCOJB. Toutefois, il précise que « on est au niveau zéro ».
Effectivement, le CCOJB et le FJO soulignent qu’au lieu de nommer un coordinateur, la Belgique a mis en place un mécanisme interfédéral de coordination pour lutter contre l’antisémitisme. « Un grand machin, qui se réunit deux fois par an pendant deux heures, qui regroupe environ 60 personnes, incluant des représentants d’institutions publiques et d’associations », décrit Yves Oschinsky. « Il ne s’y passe finalement rien », résume le président du CCOJB, pour qui ce mécanisme n’est pas destiné à élaborer une stratégie contre l’antisémitisme.
Ce mécanisme est dirigé par une fonctionnaire responsable du service d’égalité des chances au sein du SPF Justice, sous l’autorité du ministre de l’Égalité des Chances. Sollicité pour réagir aux critiques des organisations juives, le ministre Rob Beenders (Vooruit) se limite à rappeler l’existence de ce mécanisme, « opérationnel depuis 2024 ». « Je continue à en suivre le fonctionnement et à l’évaluer », précise-t-il. « La lutte contre l’antisémitisme fait partie intégrante de ma politique, dans le cadre plus large de la lutte contre toutes les formes de racisme et de discrimination », ajoute le ministre.
Ce que réclament le CCOJB et le FJO, ce sont plus que deux réunions par an.
Ils souhaitent la nomination d’un coordinateur national indépendant, bénéficiant d’une autorité, de pouvoirs et de ressources clairs, similaire à ce qui a été fait dans d’autres pays européens. Cette personne serait sous la tutelle du Premier ministre. « Ce serait un coordinateur qui disposerait d’une autorité, de compétences, qui pourrait s’adresser, avec sa compétence et son autorité, à la fois au gouvernement fédéral et aux entités fédérées », explique Yves Oschinsky.
La stratégie que ce coordinateur élaborerait inclurait « des mesures en matière de sécurité, d’enseignement, de liberté religieuse, et tous les aspects nécessaires à la promotion de la vie juive et à la lutte contre l’antisémitisme », souligne le président du CCOJB.
Ce n’est pas la première fois que le CCOJB et le FJO demandent la nomination d’une telle personnalité pour lutter contre la résurgence de l’antisémitisme. Cependant, le dossier n’a pas avancé jusqu’à présent.
« En ce qui concerne le gouvernement fédéral, il y a deux partis parfaitement compréhensifs et désireux d’avancer : la N-VA et le MR », explique Yves Oschinsky. Il fait état de blocages, cependant, du côté de Vooruit et du CD&V. « Pourquoi ? Parce qu’il y a un amalgame, qui est également source d’antisémitisme, entre la situation au Moyen-Orient et les Juifs », précise le président du CCOJB.
« Montrer une proximité vis-à-vis de la communauté juive, c’est pour certains partis politiques vu comme allant à l’encontre d’une forme de communautarisme électoraliste vis-à-vis d’une autre communauté (la communauté musulmane, ndlr), et d’autre part, cela donnerait l’impression, à travers cet amalgame, de fournir un feu vert à Israël », explique Yves Oschinsky.
Néanmoins, il souligne qu’il existe « une réelle priorité pour la communauté juive » à « prendre le leadership en Belgique pour lutter contre l’antisémitisme et protéger cette communauté qui a, comme toutes les autres, le droit à cette protection et à sa sécurité ».
Il rappelle « l’augmentation très inquiétante des violences physiques et verbales à l’égard de la communauté juive ». « Je ne pense pas qu’il y ait une quelconque autre communauté en Belgique qui soit inquiète pour son avenir et qui envisagerait un exode massif », conclut Yves Oschinsky.

