
Des enfants retirés à leurs parents vivent à l’hôpital sans être malades.
Un couloir stérile, des chambres uniformes, une lumière froide émise par des néons. L’odeur de désinfectant et de nourriture peu appétissante flotte dans l’air. Au milieu des visiteurs, souvent inquiets, un jeune enfant avance, souriant. Bien que sa démarche soit encore hésitante, il semble prêt à explorer un monde nouveau, avec l’innocence de celui qui a encore tant à découvrir.
Ce garçon, âgé de tout juste deux ans, a été séparé de ses parents avec sa sœur, et ils se retrouvent désormais dans le service pédiatrique de l’hôpital Sainte-Elisabeth (CHU UCL Namur). Justine, psychologue au sein de l’établissement, explique : « Le SPJ nous a contacté pour un placement d’urgence, la police ayant constaté que le cadre de vie familial était inacceptable en raison de problèmes liés aux drogues. »
Cette situation, bien que préoccupante, n’est pas exceptionnelle. Face à la saturation des structures d’accueil, les hôpitaux sont souvent sollicités pour héberger des enfants très jeunes. Si une hospitalisation peut être justifiée pour des raisons médicales ou psychologiques, il n’est pas rare que les séjours s’éternisent, dépassant le temps nécessaire pour des examens.
Léa, éducatrice, souligne que « les enfants placés ici ne restent généralement pas seulement quelques jours ou semaines, mais souvent au moins un mois. » Alors que les deux enfants reviennent de divers tests, dont une analyse d’urine révélant la présence de cocaïne chez le garçon, Léa et ses collègues s’efforcent de leur offrir des activités ludiques pour maintenir un semblant de normalité. Jeux de société, lectures et balades en poussette font partie de leur quotidien.
Malgré leurs efforts, Léa se désole : « On essaie qu’ils se sentent bien, mais c’est difficile. Imaginez rester dans un couloir et une seule pièce pendant un mois, cela ne serait pas agréable. » Elle ajoute que ces situations complexes nécessitent des ressources que l’hôpital n’a pas. « Notre système est malheureusement saturé. »
L’environnement hospitalier, selon Shirley, assistante sociale, n’est pas propice à un développement sain des enfants. « Les rythmes institutionnels nuisent à leur croissance. Ces situations devraient être évitées ou, au moins, être aussi brèves que possible pour réduire leur impact. » Justine renchérit : « Souvent, après un placement à l’hôpital, les enfants doivent encore changer de lieu d’accueil, ce qui peut être très néfaste. »
À l’approche de 19h00, la plupart du personnel termine son service. Les enfants, quant à eux, passeront la nuit sous la surveillance d’une seule infirmière. Léonie, éducatrice, témoigne de la difficulté de cette situation : « C’est parfois difficile à vivre, car on s’attache à eux, même si on doit garder une distance professionnelle. » Léa partage ce sentiment : « Un lien trop fort pourrait engendrer des troubles de l’attachement, rendant la séparation encore plus douloureuse. »
Le Service de Protection de la Jeunesse (SPJ) reconnaît ces défis. Contactée, sa direction rappelle que l’hospitalisation ne devrait pas être une solution à long terme et que les besoins des enfants doivent primer. Bien qu’elle admette la difficulté à trouver des places adéquates, elle souligne que la saturation des structures d’accueil est également due à des jeunes qui devraient être pris en charge par d’autres secteurs, comme ceux souffrant de troubles mentaux ou de handicaps.
Fabienne Bouchat, directrice par intérim du SPJ de Tournai, affirme : « De nombreux jeunes occupent des places qui devraient être réservées à d’autres. Le service de protection de la jeunesse devient le refuge de ceux dont personne ne veut s’occuper. » Cette analyse, bien que partagée par d’autres, ne résout pas le problème structurel de manque de places, un sujet dénoncé depuis des années par les magistrats de la jeunesse.
