Belgique

Coût des pensions et réforme du chômage : incertitudes financières selon Belfius

En 2026, l’ensemble des dépenses ordinaires des communes wallonnes pèse 7,3 milliards d’euros, soit 1990 euros par habitant, ce qui représente une augmentation de 2,1% par rapport à 2025. Les dépenses de personnel des communes progressent de 1% en 2026 par rapport à 2025, représentant 809 euros par habitant.


En 2026, les finances des communes wallonnes sont entourées d’incertitudes. Ces incertitudes sont d’abord d’ordre macroéconomique, avec le retour de l’inflation et l’augmentation des coûts énergétiques. Ensuite, des réformes structurelles, telles que celles concernant le chômage et la fiscalité, ont des impacts encore difficiles à mesurer. Ces éléments pourraient affecter des finances communales qui semblent stables.

Pour Belfius, les gestionnaires des communes vont être confrontés au dilemme de choisir entre rigueur budgétaire et satisfaction des besoins des citoyens, tout en ayant peu de leviers d’action.

En 2026, les communes wallonnes s’efforcent de réduire leurs dépenses. Selon Arnaud Dessoy, spécialiste des finances locales chez Belfius, « les communes, un petit peu dans le prolongement de l’année dernière, recherchent vraiment à maîtriser leurs dépenses d’exploitation au niveau du personnel, au niveau des dépenses de fonctionnement et réduisent également fortement la voilure au niveau des investissements qui ont souvent des répercussions indirectes sur leurs dépenses par après en termes de charges de financement ou de dépenses de fonctionnement. »

**Que dépensent les communes ? 1990 euros par habitant**

Selon les budgets prévus pour 2026, les dépenses ordinaires des communes wallonnes s’élèvent à 7,3 milliards d’euros, soit 1990 euros par habitant, marquant une augmentation de 2,1% par rapport à 2025. Une partie de cette hausse est destinée à constituer des provisions pour risques et charges.

L’augmentation des dépenses est nettement moins importante comparée à celle de la mandature précédente (2019-2024), marquée par le COVID, la crise énergétique et une inflation élevée, où les dépenses avaient grimpé de 7,1% en moyenne par an.

En 2026, il est à noter que les dépenses des communes, notamment les coûts de fonctionnement, pourraient augmenter davantage que les 2,1% prévus, car la crise au Moyen-Orient a des impacts sur l’inflation et les coûts énergétiques, non pris en compte lors de l’élaboration du budget 2026.

Parmi les 1990 euros dépensés par habitant, une commune consacre :
– 809 euros à ses frais de personnel (+1% par rapport à 2025)
– 303 euros à ses frais de fonctionnement (+1,3% par rapport à 2025)
– 593 euros pour des transferts (vers les CPAS, zones de police, etc.) (+1,8% par rapport à 2025)
– 256 euros à sa dette (+5,4% par rapport à 2025)
– 24 euros à des prélèvements (ex: provisions pour risques et charges) (+26,1% par rapport à 2025)

**Charges de pension difficilement soutenables**

L’effectif total des communes est légèrement en baisse, avec 37.710 équivalents temps plein fin 2025, expliquant pourquoi les dépenses de personnel (qui augmentent de 1% en 2026) progressent peu. Cependant, les communes font face à un poids croissant des charges de pensions qui représentent 13% de leurs dépenses de personnel. Belfius souligne que la situation devrait se détériorer, avec des dépenses en pensions dépassant celles des salaires des employés statutaires d’ici 2028. Arnaud Dessoy estime que « le problème des pensions, c’est sans doute le problème numéro un en volume et dans les perspectives. »

Pour Belfius, l’augmentation des charges en matière de pensions « crée une pression financière difficilement soutenable ». Le déséquilibre provient d’un nombre décroissant de statutaire par rapport aux pensionnés, une tendance qui sera accentuée par la réforme des statuts des agents communaux en 2026. Le gouvernement fédéral a instauré une réforme pour y faire face, impliquant une augmentation rapide des cotisations à charge des pouvoirs locaux. Belfius avertit que, « si rien ne change, les administrations provinciales et locales devront céder une part toujours plus grande de leur budget aux pensions. »

En Flandre, la Région aide davantage les communes à assumer ces charges de pensions, ce qui n’est pas le cas pour la Wallonie, du fait des contraintes budgétaires déjà en place.

**CPAS, zones de police, zones de secours : près d’un tiers des dépenses communales consacrées à d’autres entités**

Les dépenses de transfert représentent près d’un tiers des dépenses ordinaires des communes, 90% de ces dépenses servant à financer d’autres pouvoirs locaux tels que les CPAS et les zones de police. En moyenne, les communes allouent 221 euros par habitant au CPAS et 191 euros par an à la zone de police.

Des incertitudes subsistent concernant les budgets communaux en raison de réformes du chômage et du financement des zones de police, limitant les marges de manœuvre des communes pour absorber les coûts accrus liés aux CPAS. Belfius évoque la possibilité d’une fusion entre la commune et son CPAS, nécessité déjà actée en Flandre.

**Des charges d’intérêt qui ont doublé**

Les dépenses de dette des communes wallonnes s’établiront à 943 millions d’euros en 2026, soit une augmentation de 5,4% par rapport à 2025. L’ère des taux d’intérêt bas touche à sa fin, les taux ayant commencé à grimper depuis 2022. Cette hausse des taux, associée à l’accroissement du volume de la dette, entraîne une augmentation constante des charges de la dette, facturant ainsi environ 150 millions d’euros de plus aux communes, ces charges ayant plus que doublé.

**Quelles sont les recettes des communes ?**

Pour financer leurs dépenses, les communes wallonnes anticipent des recettes ordinaires en hausse de 2%, notamment avec une augmentation de 4,4% des recettes fiscales. Chaque habitant de Wallonie rapportera en moyenne 947 euros par an à sa commune.

80% des recettes fiscales proviennent de taxes additionnelles à d’autres impôts comme le précompte immobilier. Les taxes locales, représentant 20%, ont augmenté de 11,9% en 2026. Les communes wallonnes ont également relevé leur nombre de centimes additionnels au précompte immobilier et à l’impôt des personnes physiques.

Une réforme fiscale en cours pourrait influencer certaines communes, bien que cela ne soit pas certain. Les taxes communales, en moyenne de 178 euros par habitant, ont progressé de 12% en 2026, avec des hausses notables dans plusieurs catégories.

40% des recettes des communes proviennent des dotations et subsides, qui progressent lentement à cause des mesures d’assainissement budgétaire.

Globalement, les budgets des communes de Wallonie affichent un léger boni de 10 millions d’euros, mais sans le soutien des aides régionales, un déficit de 321 millions d’euros serait observé.

**Moins d’investissements prévus**

Pour la deuxième année consécutive, les projets d’investissements des communes wallonnes sont en baisse, les communes ayant budgété 1688 millions d’euros en 2026, une diminution de 18% par rapport à 2025.

Belfius estime que si cette tendance se poursuit, les communes risquent de ne pas réussir à relever les défis futurs. Arnaud Dessoy souligne l’importance des investissements réalisés par les communes, représentant près de 40% de l’investissement public.

La baisse des investissements pourrait résulter de divers facteurs, dont le début de la mandature, l’arrêt de certains plans de relance et la pression budgétaire liée aux coûts des pensions.

**Plaidoyer pour faire évoluer le cadre comptable des communes**

Belfius critique le cadre comptable actuel des communes, datant des années 60, et préconise une projection pluriannuelle. Arnaud Dessoy demande plus de flexibilité et d’adaptabilité dans la gestion budgétaire, notamment concernant les recettes extraordinaires qui doivent être affectées nécessairement à l’investissement.

En somme, il reste à déterminer s’il faut être optimiste ou pessimiste pour l’avenir financier des communes wallonnes. Arnaud Dessoy se montre prudent, notant qu’il y a eu des situations encore plus difficiles et que des solutions ont toujours été trouvées.