Contraception naturelle : de plus en plus de femmes ne choisissent pas les hormones.
Louise, 26 ans, a commencé à utiliser le stérilet hormonal à 18 ans, mais a souffert d’effets secondaires et a décidé de revenir « au naturel » depuis six ans. Selon une étude qualitative réalisée par l’Université d’Anvers, beaucoup de Belges estiment ne pas avoir pu faire un choix contraceptif réellement éclairé au début de leur parcours.
« Pour moi, les contraceptions hormonales, ça a été une véritable catastrophe », confie Louise, 26 ans, à l’AFP. À 18 ans, elle se tourne vers le stérilet hormonal, qu’elle rejette, puis opte pour un implant, avant de souffrir d’effets secondaires tels que prise de poids, changements d’humeur, dépression, etc. Depuis six ans, elle a décidé de revenir « au naturel », en calculant son cycle et en s’abstenant pendant la période fertile.
En Belgique, une étude qualitative sur la contraception réalisée par l’Université d’Anvers révèle que de nombreuses femmes partagent les préoccupations de Louise concernant l’impact des hormones sur leur corps. Elles mentionnent des effets négatifs sur l’humeur, les émotions et la libido.
Cette étude souligne également que de nombreuses Belges estiment ne pas avoir eu la possibilité de faire un choix contraceptif réellement éclairé au début de leur parcours. La pilule leur a souvent été prescrite comme solution « standard », sans une véritable discussion sur ses avantages, ses risques ou sur les alternatives possibles.
En France, un nombre croissant de femmes abandonne les méthodes classiques de contraception. Selon l’enquête « Contexte des sexualités en France » de l’Inserm, 7,5 % d’entre elles ont recours à des pratiques naturelles en 2023, contre 4,6 % en 2016.
Parmi ces méthodes, on trouve la méthode du calendrier ou « Ogino », qui repose sur le calcul de la période fertile ; la méthode de la température, qui nécessite un relevé quotidien à heure fixe, et la méthode « Billings », qui implique l’observation quotidienne de la glaire cervicale pour identifier les différentes périodes du cycle. La symptothermie, qui combine ces deux dernières approches, est également utilisée.
Marion Bouchat est conseillère en symptothermie depuis deux ans. Elle accompagne principalement des couples et des femmes d’une trentaine d’années sur une période de six cycles. Elle leur enseigne à observer leur cycle menstruel et à devenir autonomes dans l’utilisation de cette méthode naturelle.
« La plupart des femmes qui viennent me voir cherchent une méthode naturelle, donc sans hormones et sans stérilet », constate-t-elle. « D’autres, c’est pour comprendre leur corps. Et souvent, c’est une combinaison des deux. »
La méthode peut être utilisée pour la contraception, mais aussi pour favoriser une grossesse en identifiant exactement la période fertile et en détectant d’éventuels déséquilibres hormonaux.
Marion souligne que la symptothermie peut également aider à mieux comprendre sa santé globale, ses émotions, son énergie ou son fonctionnement au travail. « Certaines me font part de leur utilisation pour prendre en compte les énergies de leur cycle au travail, en se disant : ‘ok, ce type de tâche, je vais plutôt le faire la semaine prochaine.' »
Elle note aussi que cette méthode améliore la communication au sein des couples, certains partenaires s’impliquant activement dans le suivi du cycle.
Ce regain d’intérêt est attribué à un « climat d’hormonophobie », d’après Geoffroy Robin, gynécologue au CHU de Lille, qui a été déclenché notamment par la révélation en 2012 de risques accrus liés aux pilules de 3e et 4e générations, et qui est renforcé par des informations trompeuses.
En vingt ans, l’utilisation de la pilule a chuté chez les femmes de 18 à 49 ans, passant de plus de 50 % en 2005 à 26,8 % en 2023, selon l’enquête de l’Inserm. Sur les réseaux sociaux, les méthodes naturelles sont présentées comme un moyen fiable de se « libérer » d’une contraception hormonale « qui nous pourrit la santé ».
Cécile Thomé, sociologue et chargée de recherche au CNRS, évoque aussi un mouvement plus large de bien-être et de développement personnel, soutenu par des promesses de « maîtriser son corps et accéder à une meilleure connaissance de soi-même ».
« J’avais envie de retrouver mon corps à son état naturel, pour vérifier que tout marche bien », raconte Elodie Monnier Legrand, cheffe d’entreprise de 30 ans. Après dix ans de pilule contraceptive, elle se dote d’une bague connectée à plus de 200 euros pour suivre sa température et s’abonne à une application censée identifier sa période fertile.
Cependant, après un an et demi, Elodie tombe enceinte deux fois de suite. Éprouvée par deux IVG, elle exprime des regrets sur le manque de fiabilité de cette méthode qui « aurait pu offrir une solution alternative hyper intéressante ».
Si ces méthodes fonctionnent pour certaines femmes, elles comportent des limites et ne devraient être envisagées que par celles « qui acceptent un risque de grossesse », selon l’Inserm.
Ces pratiques ne sont pas efficaces pour les femmes ayant des cycles irréguliers, soit « une femme sur cinq », selon le Dr Robin. De plus, divers facteurs peuvent fausser l’analyse de la température ou des glaires cervicales : infections, mycoses, médicaments (antihistaminiques, paracétamol…), ou changements d’horaires de travail.
Marion Bouchat ne partage pas cet avis. « Dans le cas des cycles irréguliers », soutient-elle, « c’est intéressant car cela permet de comprendre ce qui se passe et d’y voir plus clair, donc d’agir de manière pertinente. »
Concernant les femmes souffrant de problèmes de thyroïde, elle précise qu’un médicament doit être trouvé pour compléter le traitement. « Il faut que ce soit bien dosé, que la thyroïde soit stabilisée. Une fois stabilisée, on peut faire de la symptothermie. […] J’ai eu une cliente qui a pu ajuster son dosage en constatant que son cycle n’était pas le bon. Elle a montré cela à son médecin, donc il y a un intérêt. »
« Les problèmes de santé ne sont pas une contre-indication », affirme la conseillère. « Il suffit que la femme ait un cycle naturel. »
La pilule est efficace à 99,7 % en théorie, mais environ 93 % en pratique, tandis que la symptothermie a une efficacité théorique de 99,6 % et une efficacité pratique de 98,5 %.
« Mon rôle en tant que conseillère », précise Marion Bouchat, « est de permettre aux femmes de faire des observations fiables, pour repérer et détecter quand une observation ne l’est pas. »
Juliette, 28 ans, qui a suivi une formation avec sa sage-femme début 2025 et qui bénéficie désormais d’un suivi régulier, déclare : « Je ne me serais pas lancée seule. Ça demande de la régularité, mais ça me convient vraiment bien. » Elle assure n’avoir jamais eu « de frayeur ».
La majorité des femmes ayant abandonné la contraception hormonale expriment une satisfaction quant à leur décision, selon l’étude réalisée par l’Université d’Anvers, et celles qui utilisent des méthodes naturelles rapportent généralement des expériences positives.

