Comprendre le regain d’affrontements entre forces gouvernementales et rebelles au Mali
Les attaques coordonnées du JNIM en collaboration avec le FLA ont eu lieu dans presque toutes les grandes villes du Mali, y compris Gao, Bamako, Kati, Sévaré, Mopti et Kidal. La situation au Mali est décrite comme étant « très chaotique » et « incertaine », avec un potentiel affaiblissement de l’armée malienne si elle ne peut plus compter sur le soutien de l’Africa Corps.
Selon Nina Wilén, Directrice du programme Afrique de l’Institut Egmont et professeure de sciences politiques à l’université de Lund (Suède), les multiples attaques de samedi dernier ouvrent une période d’incertitude quant à l’avenir de la situation au Mali.
« Je dirais que le niveau de flou est actuellement très élevé. Ce que nous savons, c’est que le JNIM, groupe allié à Al-Qaïda, a, avec le FLA, les séparatistes touaregs du nord du Mali, effectué le plus grand nombre d’attaques coordonnées dans l’histoire du Mali samedi passé. »
Les attaques ont touché presque toutes les grandes villes du Mali, notamment Gao, Bamako, Kati, Sévaré, Mopti et Kidal. Cette dernière est essentielle pour les rebelles séparatistes, ayant été sous leur contrôle de 2013 à 2023, avant d’être reprise par l’armée malienne avec le soutien du groupe Wagner, les troupes russes, suite à l’écartement de l’opération de maintien de la paix de l’ONU, Minusma. Ce développement est significatif.
Les attaques ont été rapportées dans toutes les grandes villes, y compris Kidal, qui a une importance stratégique pour les rebelles séparatistes. « Nous avons vu qu’il y a eu des attaques dans presque toutes les grandes villes du Mali, à Gao, à Bamako, à Kati, à Sévaré, à Mopti, à Kidal. Kidal est une ville très importante pour les rebelles séparatistes. Elle a été entre leurs mains de 2013 à 2023. Elle avait été reprise par l’armée malienne avec le groupe Wagner. »
La junte militaire au pouvoir reste silencieuse après ces événements. Le colonel Sadio Camara, ministre de la Défense et des Anciens combattants du Mali, a été tué lors de l’assaut de sa résidence à Kita le 26 avril 2026.
Concernant la coalition rebelle, les opérations semblent avoir été conjointement menées par le JNIM et le Front de libération de l’Azawad. La suite de cette alliance demeure incertaine. « Tout peut encore basculer », indique Nina Wilén. « Nous n’avons pas une idée précise de ce que le JNIM souhaite faire à court terme. À long terme, leur objectif ultime est l’établissement d’un califat en Afrique de l’Ouest. Mais pour le moment, ce qu’ils veulent au Mali n’est pas très clair. »
Le groupe djihadiste, bien qu’il ne soit pas soutenu par la population de Bamako, affirme avoir pris le contrôle de plusieurs villes au centre du pays.
L’Africa Corps, l’ancienne Force Wagner, continue d’appuyer l’armée malienne. Ce groupe russe, qui avait assisté l’armée malienne à reprendre Kidal en 2023, a négocié un retrait de la ville escorté par les indépendantistes de l’AFL. « C’est une force militaire russe qui est plus étroitement liée à la défense russe, mais qui reste une force extérieure à la Russie. Elle compte environ 2000 à 2500 troupes au Mali et a continué de soutenir l’armée malienne. […] La situation est aujourd’hui tellement chaotique qu’il est très difficile d’imaginer ce qui se passera si les Russes s’en vont », évalue Nina Wilén.
Suite aux événements de ce week-end, le silence de la junte au pouvoir et de ses voisins interpelle. Le Niger et le Burkina Faso, ayant formé une alliance avec le Mali, semblent également peu réactifs. « Ces trois juntes militaires ont pris le pouvoir plus ou moins en même temps et ont conclu un accord de défense commune contre d’éventuelles interventions externes. Cela doit aussi les préoccuper de voir la junte malienne dans cette situation. »
Le Mali se trouve dans une situation incertaine et volatile. L’alliance des djihadistes du JNIM et des indépendantistes de l’Azawad pourrait s’effondrer dès que leurs objectifs à court terme seront atteints. L’armée malienne, affaiblie, pourrait l’être davantage si elle ne peut pas compter sur ses alliés de l’Africa Corps, sans oublier le soutien des deux grands voisins, le Niger et le Burkina, qui restent pour l’instant silencieux.

