Russie, acteur majeur de la junte : quel rôle pour le ministre de la Défense tué au Mali ?
Sadio Camara, ministre malien de la Défense, a été tué lors d’attaques coordonnées par des djihadistes et un groupe indépendantiste le samedi 21 octobre 2023. Le gouvernement a déclaré un « deuil national de deux jours à compter de lundi » sur tout le territoire suite à sa mort.
Le pouvoir militaire au Mali traverse une période de turbulence. En effet, la junte a perdu l’une de ses figures emblématiques samedi dernier, à la suite d’une série d’attaques sans précédent.
Le ministre de la Défense malien, Sadio Camara, a été tué lors de ces attaques, coordonnées par les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ainsi que par la rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA). Qui était ce général, acteur clé dans le rapprochement entre le Mali et la Russie ? 20 Minutes fait le point.
Quelle place avait Sadio Camara dans la junte ?
Sadio Camara était l’une des figures majeures du régime établi à Bamako. Nommé ministre de la Défense en octobre 2020, il avait pris ses fonctions deux mois après que la junte a accédé au pouvoir à la suite d’un coup d’État.
Promu général de corps d’armée, il a également été élevé au rang de ministre d’État en février. Un analyste de la région, sous couvert d’anonymat, souligne qu’il a « joué un rôle important pendant le coup d’État » et qu’il faisait partie des « potentiels candidats » à la tête de la junte.
En 2021, Sadio Camara, alors colonel et déjà ministre de la Défense, a joué un rôle crucial lors des premières tensions avec la France, qui avait été présente dans la région pour lutter contre le djihadisme avant d’être contrainte de se retirer.
Sadio Camara a été major de sa promotion à l’école militaire interarmes de Koulikoro, une institution réputée pour former de nombreux officiers maliens. Il a par la suite commandé la deuxième unité de Ménaka, dirigé le Prytanée militaire de Kati et occupé le poste d’officier d’état-major des opérations de la Garde nationale.
Quels étaient ses liens avec Moscou ?
Sadio Camara, formé en Russie juste avant le coup d’État, figure parmi les principaux artisans du rapprochement entre le Mali et Moscou. Alors que les mercenaires russes de l’Africa Corps, organisation paramilitaire sous contrôle russe engagée dans la lutte antijihadiste au Mali, se retiraient de Kidal, ville stratégique du nord aux mains du FLA, un analyste s’interroge : « sa mort n’a-t-elle pas influencé cette décision ? »
Homme « discret » mais « très puissant », il était partisan d’une approche militaire forte contre le djihadisme, sans négociation avec les groupes armés et « avec le soutien des soldats russes », précise un chercheur associé à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT). Peu après la prise de pouvoir par la junte, Sadio Camara a fréquemment annoncé l’arrivée d’équipements militaires venus de Russie : hélicoptères, armes, munitions… « C’est le membre de la junte qui a effectué le plus de voyages en Russie », ajoute le chercheur.
L’année dernière, il a rencontré à plusieurs reprises son homologue russe, Andreï Belooussov, après une visite officielle au Kremlin du chef de la junte, Assimi Goïta, qui n’a pas été vu ni entendu depuis les événements de samedi. Sadio Camara était également « très écouté par les Russes concernant l’AES », l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger pour une politique commune.
L’expansion des activités russes au Mali lui a valu d’être sanctionné économiquement, avec deux autres hauts gradés, par le gouvernement américain en juillet 2023. Ces sanctions ont été levées en février.
Quelles sont les circonstances de sa mort ?
Samedi matin, des attaques ont eu lieu simultanément dans plusieurs grandes villes du pays : à Kidal, Gao (nord), Sévaré (centre) et dans la ville de Kati, en périphérie de la capitale, où résident certains hauts dignitaires de la junte.
La résidence du général Sadio Camara, âgé de 47 ans et originaire de Kati, a été directement ciblée par « un véhicule piégé conduit par un kamikaze », a précisé le gouvernement dimanche soir. Le ministre a « engagé des échanges avec les assaillants, dont il a réussi à neutraliser certains », d’après la même source, indiquant qu’il avait été « blessé puis transporté à l’hôpital, où il a malheureusement succombé ». Par la suite, le régime a déclaré un « deuil national de deux jours à partir de lundi » sur l’ensemble du territoire.

