
Colombie : Abelardo de la Espriella, président de droite dure, investi à Cali
Abelardo de la Espriella, un avocat millionnaire aux ambitions politiques, s’apprête à prendre ses fonctions de président de la Colombie le 21 juin. Âgé de 48 ans et connu pour ses liens avec la droite dure, il prêtera serment à Cali, une décision qui détonne dans un pays où l’investiture des présidents se déroule habituellement à Bogota. Cette ville, récemment touchée par des attentats attribués à des guérillas, est proche de zones contrôlées par des groupes armés, témoignant d’une violence persistante qui frappe la Colombie depuis une décennie.
La cérémonie d’investiture, prévue à 15h00 locales (20h00 GMT), marquera la transition entre de la Espriella et Gustavo Petro, le premier président de gauche du pays, qui a tenté sans succès de négocier un désarmement des organisations impliquées dans le narcotrafic. Le nouveau président, surnommé « El Tigre », a promis de mettre un terme à ces pourparlers, affirmant vouloir inaugurer une « nouvelle ère » pour la Colombie, déjà le premier producteur mondial de cocaïne.
En raison des tensions et des menaces potentielles, Cali sera placée sous haute sécurité, avec le déploiement de 11 000 militaires et un système antidrones pour protéger les invités. Parmi eux, une dizaine de chefs d’État et des représentants de la Maison Blanche, dont le procureur général des États-Unis, ainsi que des ministres des Affaires étrangères, dont celui d’Israël. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, sera également présent, tandis que Gustavo Petro a choisi de ne pas assister à l’événement, son camp appelant à des manifestations dans plusieurs villes du pays après sa défaite électorale.
Le gouvernement sortant a averti d’éventuels « actes terroristes » lors de l’investiture. Oscar Obando, un travailleur du secteur informel, exprime ses craintes quant à la gouvernance de de la Espriella, espérant qu’il n’y aura pas une nouvelle vague de violence. Ce dernier, bien que novice en politique, a su capter l’attention du public par ses rassemblements spectaculaires et ses discours, souvent menés derrière une vitre blindée.
L’élection de de la Espriella marque un tournant à droite pour l’Amérique latine, en pleine guerre antidrogue soutenue par Donald Trump. Ce dernier a promis des relations renforcées entre la Colombie et les États-Unis, contrastant avec les tensions qui ont marqué le mandat de Petro. De la Espriella a l’intention d’intensifier les bombardements contre les camps de guérilla, avec l’appui d’Israël et des États-Unis, et de construire des mégaprisons pour lutter contre la criminalité. Cependant, il hérite d’une armée aux capacités limitées, ce qui soulève des inquiétudes quant aux « dommages collatéraux » qui pourraient toucher des civils dans des communautés déjà affectées par la violence.
La Colombie compte environ 25 000 personnes armées au sein d’organisations illégales, selon un rapport de la Fondation Idées pour la Paix. Les partisans de de la Espriella espèrent un changement radical, comme l’affirme German Angulo, un entrepreneur de 63 ans : « Nous avons besoin d’un changement total, pour la Colombie je pense que ce sera une bonne chose. »
