Cisjordanie et Gaza : l’armée israélienne entrave les journalistes
En Cisjordanie occupée, les reporters palestiniens font face à de plus en plus d’entraves de la part des forces israéliennes, et les équipes de télévision internationale se voient régulièrement interdire l’accès à certaines zones. Depuis le début de la guerre, Israël maintient une interdiction totale d’accès pour la presse internationale dans la bande de Gaza, où 260 journalistes gazaouis ont été tués dans l’enclave.
En Cisjordanie occupée, les journalistes palestiniens rencontrent de plus en plus d’entraves de la part des forces israéliennes. Mohamed Mansour, un reporter de l’agence WAFA, a vécu cette réalité lors d’un reportage. Malgré une identification claire de son véhicule de presse, il a été la cible de tirs directs.
« C’était un tir direct sur notre voiture, alors que nous étions identifiés comme ‘presse’. Nous avions un signe presse sur le capot avant et sur les portières », raconte le journaliste. Une balle a perforé la portière de son véhicule, le blessant, tandis qu’une autre est venue se loger dans la banquette arrière. Pour lui, cette attaque n’est pas le fruit du hasard : « On est victime d’un ciblage délibéré. Ça nous met une pression dingue sur le terrain. »
**La presse internationale également entravée**
Les correspondants étrangers subissent également ces obstacles. Les équipes de télévision internationale se voient souvent interdites d’accès à certaines zones, notamment près des avant-postes de colons en Cisjordanie occupée. L’armée israélienne multiplie les blocages, empêchant les journalistes de rendre compte de la réalité du terrain.
Cette stratégie de contrôle de l’information vise, selon les observateurs, à limiter la couverture médiatique des événements dans les territoires occupés. Arnaud Miguet, correspondant chef de bureau de France Télévision au Proche-Orient, livre son analyse sur ces restrictions : « Peut-être pour nous empêcher d’approcher, pour montrer qu’ils contrôlent le terrain et de facto entraver le travail de journaliste. »
**Gaza : une zone interdite à la presse internationale**
La situation est encore plus grave dans la bande de Gaza, où Israël impose une interdiction totale d’accès à la presse internationale depuis le début de la guerre. Seuls les journalistes locaux continuent d’informer sur la situation dans l’enclave, risquant leur vie.
« Nous devons continuer à parler de ce que nous vivons face au massacre ici. Car si nous ne le faisons pas, qui le fera ? », interroge Ruba Ajrami, jeune journaliste pour TRT Arabic. Sur le terrain, le bilan est lourd pour ceux qui s’efforcent de documenter la guerre : 260 journalistes gazaouis ont été tués dans l’enclave depuis le début du conflit, illustrant les dangers extrêmes auxquels ils sont confrontés.
Face à cette situation, la presse internationale a saisi la cour suprême israélienne pour exiger l’accès à Gaza. Cependant, l’institution tarde à rendre sa décision, maintenant ainsi le statu quo. L’armée israélienne n’a pas répondu aux demandes d’interview de la RTBF concernant ces restrictions.
Certains observateurs israéliens comprennent cette stratégie d’accès limité de leur gouvernement : « Israël n’est pas idiot. Si on laisse les journalistes entrer, les images ne seront pas bonnes », explique un témoin, ajoutant que les médias « filmeront la réalité actuelle, mais ils ne montreront pas qu’il y a deux ans, des terroristes sont venus pour nous attaquer. »
**Climat de censure de la presse et démocratie en recul**
En Israël, les voix critiques se font rares depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023. Contredire le discours officiel du gouvernement est mal vu dans une partie de la société israélienne.
Meron Rapaport, journaliste israélien pour le site progressiste « + 972 », dénonce cette dérive et la propagande véhiculée par certains éditorialistes israéliens. « Il y a eu des journalistes qui ont même incité à faire des crimes de guerre. (Et qui ont dit) Il faut tuer un million de Palestiniens », révèle-t-il, illustrant la radicalisation du discours médiatique. Cette situation témoigne d’une dégradation générale de la liberté de la presse dans la région.

