
Christie Morreale (PS) dénonce le budget wallon MR-Engagés : « Économies possibles sans nuire aux gens »
La cheffe de groupe socialiste au Parlement de Wallonie a affirmé ce mardi matin que la majorité « est passée aux aveux partiels » concernant l’ajustement budgétaire présenté par le gouvernement. Selon les derniers chiffres disponibles sur le site du Forem, on comptait 269.700 demandeurs d’emplois en mai.
La cheffe de groupe socialiste au Parlement de Wallonie a déclaré ce mardi matin sur La Première (RTBF) que la majorité « est passée aux aveux partiels » alors que le Parlement examine l’ajustement budgétaire du gouvernement. Elle a affirmé : « C’est le plan que (la majorité) avait présenté il y a deux ans. » Elle a ajouté : « Cela veut dire que tous les efforts qui ont été faits jusqu’à présent n’ont servi qu’à payer la réforme fiscale (une baisse des droits d’enregistrement à l’achat d’un bien immobilier, ndlr), avec des choix qui ne favorisent que quelques-uns, et les plus aisés. »
Christie Morreale a prédit que le gouvernement wallon préparerait des économies encore plus significatives. Elle a déclaré : « Maintenant, on va s’attaquer à l’os, ça va faire mal aux gens, et les gens sont en droit de savoir à quelle sauce ils vont être mangés. C’est le message qu’on a adressé hier au gouvernement : dans quoi allez-vous couper encore ? Comment est-il possible de faire quatre fois plus d’efforts que ce que les Wallons et les Wallonnes ont déjà fait en deux ans ? »
Elle a souligné que la situation actuelle n’est pas seulement un problème de budget, mais aussi un signe d’une économie au ralenti. Selon elle : « Il y a deux ans, ils disaient qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Que le taux d’emploi allait augmenter, qu’ils allaient faire trois fois mieux que ce que nous (la majorité précédente PS-MR-Ecolo, ndlr) avions fait, donc qu’ils allaient augmenter le taux d’emploi de 12%. Alors qu’en fait, le taux d’emploi stagne. Il n’y a jamais eu si peu d’offres d’emplois en Wallonie. » Elle a ajouté : « Avant, pour un emploi disponible, quatre personnes faisaient la file. Aujourd’hui, ils sont huit. Et le nombre de demandeurs d’emploi ne cesse d’augmenter, on est presque à 270.000 demandeurs d’emploi. » D’après le dernier rapport du Forem, il y avait 269.700 demandeurs d’emploi en mai. « Donc oui, les choix qu’ils font arrêtent la machine économique : beaucoup d’entreprises en difficulté, beaucoup de gens ont une baisse de pouvoir d’achat, c’est une économie qui ralentit, ils vont droit dans le mur et il faut changer de recette. »
Le PS est souvent accusé d’être responsable de l’état des finances publiques wallonnes. Morreale a répliqué : « Cela fait 10 ans que le MR a (la compétence des) Finances. Donc à un moment, venir taper sur les socialistes, ça se voit. »
Concernant la responsabilité du gouvernement Dolimont face aux crises extérieures, telles que la guerre en Iran, qui stimulent l’inflation, augmentent les coûts énergétiques pour les ménages et les entreprises, et réduisent le pouvoir d’achat, elle a affirmé : « Mais les crises s’enchaînent depuis des années : le changement climatique, la crise du Covid, l’Ukraine… Que pense-t-on ? Que les crises vont s’arrêter ? On sait qu’elles vont continuer. Leur équation était là depuis le début et ils ont trompé les gens. Ils n’ont pas dit la vérité. J’ai dit depuis le début qu’ils allaient devoir faire mal aux gens. »
Elle s’est interrogée sur la possibilité de réaliser des économies sans nuire aux citoyens : « Si, bien sûr qu’il y a des économies à faire, mais qui peuvent se faire de manière bien plus indolore. » Elle a donné des exemples de mesures potentielles, comme les 600 millions d’euros d’argent non utilisé dans le burden sharing pour le climat, qui pourraient être réaffectés à la rénovation énergétique. Morreale a également mentionné des opportunités non exploitées dans le secteur de la formation et a souligné que des réformes fiscales sur les voitures de société en Wallonie ne profitent pas à la région car celle-ci ne « frappe pas à la porte de la Flandre. »
Concernant la réforme des droits d’enregistrement, elle a signalé que certains ménages primo-acquéreurs ont bénéficié d’un taux réduit de 3% d’impôts sur l’acquisition d’un bien, contre 12,5% auparavant. Le PS conteste cette réforme, arguant que « l’objectif de départ, de permettre aux jeunes d’acquérir plus vite une habitation, était louable mais mal exécuté. » Morreale a également précisé : « La réforme coûte excessivement cher. Ils avaient prévu 250 millions d’euros. En réalité, c’est 295 millions. La moyenne d’âge des acheteurs n’a pas changé, elle reste à 39 ans, et la part des jeunes a diminué. »
Elle a aussi questionné la nécessité d’un moratoire ou d’une annulation de cette réforme, déclarant : « Il faut stopper toutes les dérives et les effets d’aubaine. On n’a pas les moyens de cette réforme. »
Elle a précisé que la facture de la réforme fiscale atteint 800 millions d’euros de dette supplémentaire, équivalant à 11.000 enseignants ou 500 euros par ménage. En parallèle, la réforme des droits de succession, votée pour entrer en vigueur en 2024, va également coûter 400 millions d’euros, a-t-elle estimé.
Morreale a insisté sur le fait que la réduction des droits de succession profite surtout aux héritages d’un tiers très riches. Elle a expliqué que « plus on est riche, plus on va gagner d’argent », et a mis en doute la capacité de la Wallonie à se permettre une telle réforme dans un contexte de besoin d’équilibre budgétaire.
L’exposé de Morreale a été jugé légèrement exagéré, car selon le site de la région wallonne, toutes les successions seront moins taxées : « Il est ainsi prévu qu’à partir du 1er janvier 2028, les taux maximaux passeront de 30% à 15% en ligne directe, de 65% à 33% entre frères et sœurs, de 70% à 35% pour les oncles, tantes, neveux, nièces, et de 80% à 40% entre toutes autres personnes. »
Le vote en commission sur le projet de décret est prévu vendredi, avant de revenir en plénière en juillet.
