Chaleur extrême menace joueurs et supporters à la Coupe du monde 2026.
Le samedi 11 juillet 2026, à 17 heures, les joueurs du Brésil et de l’Angleterre entrent sur la pelouse du Hard Rock Stadium de Miami, avec une température d’environ 32 °C. La FIFA a déjà annoncé que des pauses de 3 minutes seraient observées au cours de chaque mi-temps de tous les matchs de cette Coupe du monde, quelles que soient les conditions de jeu.
Imaginez, nous sommes le samedi 11 juillet 2026, à 17 heures, lorsque les joueurs du Brésil et de l’Angleterre entrent sur le terrain du Hard Rock Stadium de Miami. L’ambiance est électrique pour ce quart de finale, et l’air devient irrespirable. La température s’élève à environ 32 °C. L’atmosphère est moite et tropicale. Les pluies matinales ont laissé place à un ciel dégagé, et les rayons du soleil réchauffent la pelouse ainsi que les alentours du stade.
Dans ce stade non climatisé, les acclamations s’élèvent, tout comme l’humidité résultant de l’évaporation des dernières gouttes des averses précédentes. Le stade, qui peut accueillir 65 000 personnes, est plein depuis plus d’une heure, et les équipes de secours sont déjà en action dans les tribunes. Plusieurs supporters, exposés au soleil (malgré le « canopy », la toiture installée lors de la rénovation du stade en 2016), se sont évanouis en raison de la déshydratation. Le coup d’envoi est donné, et les organismes vont souffrir pendant au moins 90 minutes.
Le stade de Miami figure parmi ceux signalés par la dernière étude du World Weather Attribution. Les scientifiques ont identifié quelques matchs « à haut risque » dans des stades en plein air, notamment à Miami, Kansas City, Philadelphie et New York/New Jersey, où se déroulera la rencontre France-Sénégal le 16 juin.
Ce collectif scientifique met en garde contre des conditions de jeu problématiques tant pour la santé des joueurs que des spectateurs. Les trois villes les plus affectées par le climat sont celles dont les stades disposent d’air conditionné : Houston, Atlanta et Dallas.
À moins d’un mois du coup d’envoi de l’un des événements sportifs les plus suivis au monde, les chercheurs du World Weather Attribution (WWA) ont examiné les conditions prévues pour les 104 matchs de la compétition. Rappelons que 48 équipes s’affronteront dans 16 villes et trois pays, du 11 juin au 19 juillet prochain.
Dans leur étude, les scientifiques prennent en compte les horaires des rencontres et les conditions météorologiques moyennes locales pour cette période de l’année, basées sur les trente dernières années (1990-2020).
Les travaux du WWA permettent d’évaluer à la fois les conditions moyennes de stress thermique et la probabilité d’épisodes de chaleur extrême susceptibles de présenter des risques sanitaires importants pour les joueurs et les supporters. La FIFA a déjà annoncé que des pauses de 3 minutes seraient observées au cours de chaque mi-temps de tous les matchs de cette Coupe du monde, quelles que soient les conditions de jeu.
Par ailleurs, le National Weather Service américain prévoit également des températures au-delà des moyennes historiques pour les mois de juin et juillet dans la grande majorité du pays.
Selon cette étude, 26 matchs se joueront « probablement » dans des conditions correspondant à ou supérieures à 26 °C WBGT. Ce WBGT, ou température au thermomètre-globe mouillé, est un indicateur de stress thermique qui combine les effets de la température, de l’humidité, du rayonnement solaire et du vent, afin de refléter les conditions thermiques auxquelles le corps humain est soumis lors d’activités en plein air.
Cet indice est pris en compte par le syndicat des joueurs, qui estime notamment que « des pauses doivent être instaurées dès que l’indice WBGT dépasse les 26 °C et que les matchs doivent être reportés si cet indice dépasse 28 °C ».
Une température de l’air apparemment modérée peut, en effet, combinée à l’humidité, devenir insupportable, voire mortelle. Un indice élevé de 28 °C WBGT équivaut ainsi à 38 °C par temps sec ou 30 °C par temps très humide.
Avec quel impact sur les performances ? C’est toute la question, alors que les supporters attendent ce moment depuis quatre ans et que les joueurs auront déjà une saison pleine dans les jambes. Les recherches sur le sujet montrent que plus l’indice WBGT est élevé, plus les distances parcourues par les joueurs diminuent, quelle que soit la vitesse analysée, y compris à grande vitesse.
L’analyse du WWA comprend également une comparaison avec la dernière Coupe du monde organisée en Amérique du Nord, qui s’est tenue aux États-Unis en 1994. À l’époque, la question de la chaleur avait déjà préoccupé les staffs et les fans. Le 19 juin 1994, à 12h30, la Belgique avait entamé son tournoi face au Maroc « dans une chaleur étouffante à Orlando ». À l’issue du match, l’entraîneur d’alors Paul Van Himst déclarait : « Je suis complètement trempé, à cause de la chaleur et de la nervosité ».
Depuis 1994, le risque de canicule a doublé. Les températures ont également augmenté en moyenne de 0,7 °C dans cette région du monde. Or, il est connu que pour chaque degré supplémentaire, « il y a une augmentation de 7% d’humidité dans l’atmosphère ». Mais la température moyenne n’est pas le seul indicateur qui a évolué : « Depuis la dernière fois que les États-Unis ont accueilli la Coupe du monde, en 1994, le risque de canicule a doublé » en raison du changement climatique, « ce qui mettra en danger les joueurs et les supporters », a réagi le patron de l’ONU Climat, Simon Stiell, en appelant à « agir plus rapidement pour protéger le sport que nous aimons et tous ceux qui le regardent » en « redoublant d’efforts pour opérer une transition décisive vers les énergies propres ».
« Notre recherche montre que le changement climatique a un effet réel et mesurable sur la viabilité de l’organisation des Coupes du monde pendant l’été dans l’hémisphère nord », souligne Friederike Otto, professeure de science climatique à l’Imperial College de Londres et cofondatrice du World Weather Attribution.
La question climatique pour des événements d’une telle ampleur continuera de soulever des interrogations pour les joueurs et les supporters alors que la FIFA devra indubitablement prendre en compte le lieu ou le calendrier pour déterminer les pays hôtes à partir de 2038. En 2030, l’Espagne, le Portugal et le Maroc accueilleront le tournoi, tandis que l’Arabie saoudite sera l’hôte en 2034.

