Belgique

Canicule, réformes, pénurie : le CHU de Liège prévient « On va devoir faire mieux autrement »

La vague de chaleur récente a conduit le CHU de Liège à déclencher un plan d’urgence interne pour faire face à un afflux exceptionnel de patients, et les admissions aux urgences ont quasiment doublé par rapport à un week-end habituel. Selon le directeur général du CHU, ces épisodes pourraient devenir plus fréquents en raison du réchauffement climatique, et il soutient que la réforme hospitalière, qui pourrait avoir ses premiers effets à partir de 2031, est devenue indispensable après quarante ans sans réorganisation majeure du secteur.

La récente vague de chaleur a exercé une pression considérable sur les hôpitaux. Au CHU de Liège, des équipes ont été contraintes d’activer un plan d’urgence interne pour gérer un afflux inhabituel de patients. « Nous avons été très proches de la saturation. Nous avons dû organiser une cellule de crise sur nos trois sites et déprogrammer certaines hospitalisations non urgentes pour pouvoir accueillir tout le monde », indique Marc De Paoli.

Aux urgences, les admissions ont presque doublé par rapport à un week-end classique. Des patients souffrant de coups de chaleur et de déshydratation se sont ajoutés aux urgences médicales habituelles, entraînant des temps d’attente particulièrement longs.

« Un petit parfum de Covid »

Pour certains membres du personnel, cette pression a ravivé des souvenirs difficiles. « Certains travailleurs nous ont dit avoir revécu un peu les premiers jours des vagues de Covid. Heureusement avec beaucoup moins de décès, mais c’était le même phénomène : un très grand arrivage de patients sur un temps très court. »

D’après le directeur général du CHU, ces épisodes pourraient devenir de plus en plus fréquents. « Malheureusement, on va devoir s’y habituer puisque le réchauffement climatique est là.« 

Des hôpitaux pas toujours adaptés aux fortes chaleurs

La problématique de la climatisation dans les hôpitaux est de nouveau soulevée. Certains services du CHU sont déjà équipés, mais ce n’est pas le cas de tous les bâtiments, dont plusieurs ont plusieurs décennies. « À l’époque où ils ont été construits, personne ne parlait de réchauffement climatique », rappelle Marc De Paoli. Le CHU prévoit donc d’intégrer le refroidissement des bâtiments dans son vaste programme de rénovation.

Il est préférable, à mon sens, de mener une politique de rénovation des bâtiments.

En revanche, le directeur ne voit pas d’un bon œil une distribution massive de climatiseurs portables, comme l’a annoncé la France. « Ce n’est pas la solution la plus durable. Il faut surtout investir dans des bâtiments mieux isolés et adaptés aux nouvelles réalités climatiques. »

Une réforme hospitalière qu’il soutient

Un autre sujet majeur est la réforme du paysage hospitalier souhaitée par le gouvernement fédéral. L’objectif est de spécialiser davantage les établissements pour que chaque site n’offre pas nécessairement toutes les activités. Marc De Paoli accueille favorablement cette évolution. « On ne fait bien que ce qu’on fait souvent. Quand certaines activités sont réalisées en trop faible volume, cela devient plus compliqué de garantir la meilleure qualité de soins. »

Le directeur souligne également que la pénurie de médecins et d’infirmiers oblige à une meilleure répartition des ressources disponibles. D’après lui, cette réforme, qui pourrait commencer à montrer ses premiers effets en 2031, est devenue inséparable après quarante ans sans réorganisation significative du secteur.

« Faire mieux autrement »

En ce qui concerne l’organisation des hôpitaux, Marc De Paoli estime que tout le financement du système doit évoluer. Il préconise un financement davantage basé sur les pathologies plutôt que sur la durée d’hospitalisation, de même qu’une réforme de la nomenclature médicale.

Les défis de l’hôpital, c’est faire face à la raréfaction de moyens.

Pour lui, le défi principal reste néanmoins humain. « Nous avons de moins en moins de médecins disponibles, une pénurie d’infirmiers et de soignants, ainsi que des moyens financiers qui se raréfient. » Face à cette réalité, il estime qu’il est nécessaire de réviser de manière approfondie les modes de fonctionnement. « On va devoir faire mieux autrement. »

Redonner du sens aux métiers du soin

Face à l’exode de nombreux infirmiers, Marc De Paoli ne considère pas qu’une réponse uniquement salariale soit suffisante. « Je ne suis même plus certain que le problème soit uniquement celui de la rémunération. Je pense qu’il y a surtout une perte de sens dans la profession. » Il mentionne notamment la charge administrative, l’accélération des séjours hospitaliers et la pression psychologique croissante.

Le directeur note aussi un changement dans le comportement de certains patients. « En 2020, le personnel était applaudi. Aujourd’hui, il est beaucoup plus souvent malmené.« 

Pour lui, maintenir l’attractivité des métiers du soin doit passer par une meilleure organisation, mais aussi par une réelle reconnaissance du travail effectué.