Cancer et imagerie médicale : faut-il s’inquiéter des scanners ?
L’imagerie médicale, notamment le scanner, est utilisée pour établir un diagnostic et peut comporter des risques pour le patient. Selon l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), « moins de 1% des cancers chez l’adulte sont imputables aux rayonnements ionisants utilisés à des fins diagnostiques ».
L’imagerie médicale joue un rôle crucial dans le diagnostic aujourd’hui. Les technologies telles que le scanner, la scintigraphie, l’IRM, la radiographie, et l’échographie permettent aux médecins spécialistes de visualiser l’intérieur du corps humain d’une manière inédite.
L’utilité de ces dispositifs est bien établie, mais ils ne comportent pas tous le même niveau de risque pour le patient. Les scanners, par exemple, utilisent des rayons X, soit des radiations ionisantes, pour produire des images en coupes très détaillées. Les radiographies emploient également ces rayons, mais à des doses beaucoup plus faibles.
L’exposition aux radiations ionisantes est reconnue comme un facteur de risque de cancer secondaire pour les patients. Mais quel est ce risque ? L’AFCN, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, qui supervise régulièrement ces appareils médicaux, ne propose pas de chiffre précis. Elle recommande néanmoins une utilisation prudente et réfléchie des examens ionisants.
L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) en France indique que « moins de 1 % des cancers chez l’adulte sont attribuables aux rayonnements ionisants utilisés à des fins diagnostiques ».
Une enquête menée aux États-Unis et publiée dans la revue JAMA Internal Medicine en avril 2025 estime que les cancers induits par les tomodensitométries (scanners) « pourraient représenter jusqu’à 5 % de l’ensemble des nouveaux cas de cancer diagnostiqués chaque année ».
### Prescription et surprescription
Élise Derroitte, présidente de la Mutualité chrétienne, a mentionné cette étude américaine lors de son intervention à la matinale de la Première l’automne dernier pour souligner la problématique de la surprescription de scanners en Belgique dans un contexte d’économies touchant les mutuelles. Elle a incité les médecins à éviter cette surprescription afin de réduire le nombre de CT-scans, tant pour la santé des patients que pour des raisons économiques.
Elle a réaffirmé ses propos récemment : « On parle beaucoup de prévention et de sous-utilisation des soins, mais il est tout aussi crucial d’être vigilants quant à la surutilisation inadéquate de certains dispositifs médicaux, ce qu’on appelle la prévention quaternaire. Cette surutilisation peut entraîner des conséquences significatives sur la santé des patients, mais aussi une explosion des coûts, que ce soit en radiologie ou en biologie clinique. Il est donc essentiel d’adopter une approche aussi rationnelle que possible dans la prescription des examens, afin de garantir le meilleur équilibre entre qualité des soins et gestion responsable des ressources. »
Il ne s’agit donc pas de mettre en cause l’utilité des scanners, mais de dénoncer leur surutilisation, autrement dit les examens non justifiés. Selon une étude coordonnée par l’Union européenne et à laquelle a participé l’AFCN, entre 20 et 40 % des scanners pourraient être superflus, certains pics atteignant jusqu’à 70 % pour certaines procédures en Europe. Pour la Belgique, le pourcentage de scanners non appropriés était inférieur à 10 %, avec 75 % des scanners considérés comme totalement appropriés.
### Quelle interprétation ?
Au-delà de la surprescription, il est pertinent de questionner cette estimation de 5 % avancée dans l’enquête américaine publiée dans *Radiology*, et plus généralement, les pourcentages de risque présentés par diverses études.
Il est important de considérer ces chiffres avec prudence, en étant conscient des biais potentiels. Michaël Dupont, inspecteur expert médecin à l’AFCN depuis novembre 2024, souligne qu’il joue un rôle clé dans la surveillance d’une utilisation justifiée et optimisée des radiations ionisantes en médecine.
« Les doses de radiation reçues par le patient vont varier en fonction du type de scanner ou de scintigraphie, et même de la partie du corps examinée. Cependant, ces doses restent généralement sous les seuils où un lien direct avec le développement d’un cancer secondaire est clairement établi. Cela complique l’interprétation des études, car la plupart des chiffres sont basés sur des extrapolations mathématiques des effets des hautes doses », explique-t-il.
Les études de corrélation, où l’on compare différents groupes sur plusieurs années, génèrent des résultats différents. Dans ces études rétrospectives, il n’y a pas d’extrapolation.
### Un risque statistique
Pierre-Julien Bruyère, chef de service d’imagerie médicale à l’hôpital de la Citadelle à Liège, partage cet avis. Il explique qu' »il n’y a pas de risque lié à la personne, mais un risque lié à la population », ce qui signifie un risque statistique. Il souligne aussi que « ça n’existe pas un patient qui a eu tellement de rayons qu’on peut lui prédire un cancer ». Pour la population générale, on estime que, sur la base de l’irradiation, moins d’un pour cent des cancers pourrait provenir des radiations.
Michaël Dupont mentionne également d’autres biais : « Les patients ayant subi un examen le font parfois en raison de problèmes médicaux qui les rendent plus susceptibles de développer un cancer que d’autres personnes. De ce fait, le motif de l’examen peut introduire un biais. »
Prenons l’exemple d’un patient dont un scanner est prescrit en raison de douleurs abdominales. S’il développe un cancer des années plus tard, il n’est pas prouvé que cela soit en relation avec le scanner. D’autres facteurs ont pu jouer un rôle déterminant.
### Une pratique strictement réglementée
Bien qu’il faille faire preuve de prudence dans l’analyse des études de risque, il ne faut pas pour autant écarter les enquêtes comme celle publiée par JAMA Internal Medicine. C’est pourquoi l’utilisation des dispositifs d’imagerie médicale, tels que les scanners et les machines de radiothérapie, est strictement réglementée. Des contrôles sont effectués et des précautions sont prises. Les médecins prescripteurs doivent évaluer le rapport entre les risques, même minimes, et les bénéfices potentiels avant de demander un examen.
Pierre-Julien Bruyère évoque deux règles importantes dans la radioprotection : les médecins doivent justifier pourquoi ils demandent un CT-scan et ils doivent optimiser la dose. Cela implique que « les radiologues qui utilisent les rayons X respectent le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable), c’est-à-dire qu’ils minimisent la dose tout en garantissant un examen de qualité suffisante. Cela peut passer par des examens ciblés sur la zone d’intérêt, un paramétrage adapté des machines, ainsi que des investissements technologiques. »
Dans le domaine de l’oncologie, le chef de service de radiothérapie de l’Institut Roi Albert II, Xavier Geets, précise que les scanners sont justifiés pour le suivi et appliqués selon des recommandations internationales. Ils jouent un rôle clé dans le diagnostic précoce des récidives de cancer, permettant ainsi d’offrir des traitements adéquats.
En somme, la décision de prescrire un CT-scan est une question de balance entre risques et bénéfices. Dans certains cas, le professionnel de santé choisira de prescrire un scanner pour anticiper une récidive de cancer, malgré le risque minime d’un cancer secondaire dans le futur.
Pierre-Julien Bruyère mentionne également que remplacer les scanners par des IRM pourrait réduire le nombre de procédures ; ces dernières n’utilisent pas de rayons ionisants. Cependant, les IRM sont plus coûteuses que les scanners et leur nombre est limité par des quotas en Belgique.

