
“Bruxelles peut-elle encore sacrifier ses friches pour le logement ?”
À Bruxelles, la question de l’urbanisation des friches urbaines suscite des débats passionnés. Thomas Jean, photographe animalier et réalisateur du documentaire *Res Nullius*, défend l’idée que ces espaces ne devraient pas être perçus comme de simples terrains à bâtir, mais comme des écosystèmes cruciaux dans la lutte contre le changement climatique. Lors de son intervention sur *Matin Première*, il a souligné l’importance de repenser le développement de la capitale belge.
Les vagues de chaleur récentes ont mis en lumière le rôle vital des sols vivants. Thomas Jean affirme que ces zones naturelles agissent comme des boucliers contre les canicules. Il résume ainsi : « Le végétal rafraîchit et le béton réchauffe. » Selon lui, continuer à bétonner ces dernières parcelles de nature serait une grave erreur stratégique, privant Bruxelles d’un moyen essentiel d’adaptation face aux dérèglements climatiques. Il rappelle que des milliers de décès prématurés en Europe, dont près de 160 à Bruxelles en juin dernier, sont déjà liés à des épisodes de chaleur extrême.
En matière de logement social, la situation est tout aussi préoccupante. Avec plus de 60 000 ménages en attente, la capitale doit impérativement augmenter sa capacité d’accueil. Toutefois, Thomas Jean insiste sur le fait que cette nécessité ne doit pas se traduire par la destruction des derniers espaces naturels. Il propose plutôt de démolir des bâtiments vétustes, de rénover l’existant et de reconvertir des bureaux vacants en logements. Bien qu’il reconnaisse que ces solutions pourraient ne pas suffire, il insiste sur le fait que logement et biodiversité doivent coexister : « Si on privilégie uniquement les logements ou uniquement la biodiversité, dans les deux cas, on se tire une balle dans le pied. »
Concernant les projets qui allient construction et espaces verts, comme celui de la friche Josaphat, Thomas Jean exprime son scepticisme. Il évoque le cas de Tour & Taxis, où les promesses de préservation de la biodiversité et de création de logements sociaux n’ont pas été tenues, laissant place à un parc écologiquement moins riche et à une part de logements sociaux jugée insuffisante, à seulement 6%.
Le plan Canopée, visant à renforcer la végétation urbaine, est également perçu comme tardif par Jean. Il considère que les friches ne sont pas des espaces vides, mais des territoires déjà habités par une biodiversité riche. Son documentaire met en avant des espèces comme des renards, des faucons pèlerins et des castors, prouvant que Bruxelles abrite une faune bien plus variée que les pigeons et les rats souvent cités.
Avec *Res Nullius*, Thomas Jean aspire à transformer la perception des friches urbaines. Il souhaite également interpeller le monde politique, faisant de sa chaîne YouTube, *La Minute Sauvage*, un média engagé. Son approche, selon ses propres mots, est d’informer sans choquer, favorisant le dialogue et le débat pour une cohabitation harmonieuse entre développement urbain et biodiversité. « Mon discours invite au dialogue, au débat et à l’ouverture. Je ne suis pas là uniquement pour critiquer. La Minute Sauvage est là pour préparer l’avenir, » conclut-il.
