Belgique

« Beaucoup de victimes LGBTQIA+ craignent toujours d’aller voir la police » : mesures du gouvernement pour améliorer l’accueil des plaintes.

Près d’un signalement quotidien. D’après Unia, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme et les discriminations, 311 cas d’homophobie ont été recensés en 2025. Ce chiffre grimpe encore plus si l’on prend en compte toutes les formes de discrimination et les incitations à la haine visant les personnes trans, non-binaires ou intersexes. Ce constat alarmant s’inscrit dans un contexte où, dans les pays voisins, les actes de haine se multiplient, illustrés récemment par l’attaque à la voiture bélier lors de la « Pride » de Berlin, un événement tragique dont l’impact se fait sentir au-delà des frontières.

C’est dans ce climat préoccupant que le gouvernement fédéral a présenté son nouveau plan de lutte contre les discriminations à l’égard des personnes LGBTQIA+. Ce plan, qui se concentre sur vingt-huit priorités, a été élaboré « sur la base des priorités de l’accord de gouvernement, des recommandations européennes et internationales, des évaluations des plans d’action précédents et des contributions des acteurs sociaux, d’Unia et de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes », selon le cabinet du ministre Rob Beenders (Vooruit).

En comparaison avec les 113 mesures du précédent plan d’action fédéral, mis en œuvre par les anciennes secrétaires d’État Ecolo, Sarah Schlitz et Marie-Colline Leroy, cette nouvelle stratégie semble moins ambitieuse à première vue. Toutefois, le monde associatif espère que cette approche, axée sur des priorités mieux définies et une coordination renforcée entre les différentes entités du pays, pourra produire des résultats concrets. Erynn Robert, de la Fédération Prisme (fédération wallonne des associations LGBTQIA+), souligne : « Au niveau du plan dans son ensemble, il contient de bonnes bases et plusieurs engagements importants, notamment sur la concertation avec la société civile, la prévention des discriminations au travail, la santé, l’asile et les violences en ligne. »

Parmi les points forts du plan, on note la volonté d’améliorer la collecte de données, l’engagement à établir un dialogue formel avec la société civile, et surtout, pour la première fois depuis plusieurs années, le lancement d’une véritable coordination interfédérale. Les différents niveaux de pouvoir s’efforcent d’établir un cadre commun, évitant ainsi de créer des plans isolés comme par le passé. Cependant, Erynn Robert tempère cet enthousiasme en déclarant : « C’est un plan très inégal. Certaines mesures sont réellement structurantes, tandis que d’autres promettent seulement une étude, une réunion ou une campagne d’ici 2030. »

Les préoccupations budgétaires demeurent également, surtout après les nombreuses coupes dans les subventions accordées au monde associatif ces dernières années, y compris dans le domaine de la lutte contre les discriminations. Néanmoins, la contribution fédérale au plan a déjà été validée en conseil des ministres, selon les services du ministre Beenders, qui a également annoncé son intention de mobiliser des influenceurs pour lutter contre la haine en ligne.

Qu’en est-il des mesures concernant la prise en charge des personnes LGBTQIA+ victimes de violences par les forces de l’ordre ? Le document officiel mentionne que « dans le cadre de la compétence Sécurité et Intérieur, le renforcement de la formation et de la sensibilisation du personnel de la police, ainsi que la possibilité de ne pas enregistrer de manière visible les informations relatives au sexe et au genre, sont essentiels. » Il est également prévu d' »évaluer et renforcer davantage les modules de formation existants à destination du personnel de la police impliqué dans le traitement des plaintes pour discrimination, discours de haine ou crimes de haine. »

Cependant, Erynn Robert de la Fédération Prisme critique le manque d’ambition de ces propositions : « Au niveau des actions du plan liées à la police et à la justice, le nouveau plan fédéral se concentre essentiellement sur l’évaluation et l’actualisation des formations Justice et Police. C’est nécessaire, mais la formation ne suffit pas si les procédures, l’enregistrement, les moyens et le suivi des dossiers ne changent pas. »

Elle souligne également qu’en pratique, « les appels à la haine et à la violence ne font pratiquement jamais l’objet de poursuites ». En vertu de l’article 150 de la Constitution, ces faits sont souvent considérés comme des délits de presse, ce qui nécessite une poursuite devant la cour d’assises, une démarche peu courante. Erynn Robert appelle donc à une modification de la Constitution pour permettre des poursuites effectives.

Sur le terrain, la situation semble peu évoluée. L’association Rainbow Cops, un groupe de policiers, s’efforce de former leurs collègues à mieux accueillir les victimes de violence et de discrimination. Massimo Iovine, co-président de l’ASBL et policier à Bruxelles, explique que ces formations de huit heures visent à démystifier la communauté LGBTQIA+ et à fournir des bonnes pratiques pour éviter les comportements inappropriés.

Malgré ces efforts, seulement 250 policiers ont été formés ces dernières années, un chiffre jugé insuffisant par Hilde De Greef, coordinatrice de la Rainbow House. Elle note que de nombreuses victimes hésitent encore à se rendre au commissariat, souvent en raison d’expériences négatives passées avec la police. Bien que Rainbow House encourage les victimes à partager leurs histoires de manière anonymisée pour documenter les violences, au moins 17% des personnes qui se présentent à l’association refusent de porter plainte.

Les raisons de ce phénomène sont multiples, allant de l’absence de papiers en règle à la difficulté de dénoncer des violences au sein de la famille. Hilde De Greef regrette le manque de formations supplémentaires pour les policiers, soulignant que « c’est un début, mais il reste encore beaucoup à faire ».