
Après six mois de guerre, le régime iranien se radicalise et se réorganise
Une image marquante trône au cœur de Téhéran : celle de Donald Trump, symboliquement submergé dans le détroit d’Ormuz. Cette représentation vise à illustrer la prétendue suprématie du régime iranien, qui, bien que gravement affaibli sur les plans militaire et économique, a su maintenir son emprise. En effet, le pays a connu une radicalisation accrue de ses positions et a vu émerger de nouvelles figures au sein de son leadership.
Jonathan Piron, chercheur associé au GRIP, souligne que l’administration Trump avait été avertie par ses services de renseignement des risques de radicalisation du régime en cas d’attaque. Cependant, ces alertes ont été ignorées, nourrissant l’illusion que des actions militaires pourraient inéluctablement entraîner la chute du régime.
Caroline Azad, spécialiste en sciences politiques à l’ULB, évoque le soutien initial dont bénéficiait Trump en janvier 2026, après sa victoire contre le régime de Maduro au Venezuela. Les opposants iraniens nourrissaient l’espoir d’un renversement similaire. Des manifestations massives avaient alors secoué le pays, mais la répression violente du régime a fait des dizaines de milliers de victimes. Six mois après ces événements, la répression s’est intensifiée, et le climat de terreur s’est encore renforcé.
La question de la direction actuelle de l’Iran se pose avec acuité. Ali Khamenei, le Guide suprême, aurait été tué lors d’une attaque américaine, et son fils, Mojtaba Khamenei, est censé lui succéder. Pourtant, son absence prolongée jette le doute sur son statut. Donald Trump a récemment exprimé son opinion, affirmant qu’il pensait que Khamenei était toujours en vie, bien qu’aucune preuve tangible ne vienne étayer cette affirmation.
Le régime iranien, selon Azad, demeure opaque quant à son leadership réel. Des figures comme Mohammad Ghalibaf, président du Parlement, et certains membres des Gardiens de la Révolution émergent, mais la structure de pouvoir reste floue. Piron ajoute que la réorganisation actuelle semble se concentrer autour des Gardiens de la Révolution, qui anticipent un conflit prolongé avec les États-Unis, tout en intensifiant la répression interne.
Un changement notable s’est également produit sur le plan sociétal. Dans les rues de Téhéran, il est désormais courant de croiser des femmes sans voile, un signe de l’évolution des mentalités. Caroline Azad note que le mouvement Femmes-Vie-Liberté de 2022 a eu un impact significatif, bien que des tentatives de contrôle religieux persistent. La priorité du régime semble désormais être sa survie, reléguant la question religieuse au second plan.
Cependant, la répression s’est intensifiée, avec Amnesty International dénonçant une augmentation des exécutions. Des jeunes hommes, arrêtés pour avoir participé aux manifestations, ont été pendus, et des dizaines d’autres sont en attente de condamnation à mort. Azad explique que la répression s’étend même au personnel médical impliqué dans le soin des manifestants.
Le régime, en proie à une méfiance croissante, traque les supposés collaborateurs étrangers, utilisant cette justification pour des exécutions sans procès. La lutte pour contrôler l’opinion publique est cruciale pour le pouvoir en place, qui redoute de perdre son emprise sur la population. Dans ce contexte, les voix dissidentes sont étouffées par tous les moyens nécessaires.
