Belgique

« Après le vote des réformes de l’enseignement, la colère des écoles perdure »

Amandine Tuerlinckx a déclaré dans Matin Première sur la RTBF que « les enseignants sont des professionnels, ils connaissent les élèves, ils évaluent tout au long de l’année ». Selon la directrice, il reste encore beaucoup d’imprécisions et de questions concernant la préparation de la rentrée de fin août dans le cadre des nouvelles règles votées.


L’émotion est encore vive dans le secteur éducatif. Des manifestations, des actions citoyennes et des discussions autour des examens de fin d’année occupent les enseignants, qui cherchent la meilleure façon de poursuivre leur mouvement depuis l’adoption des réformes.

« C’est encore un peu la gueule de bois entre guillemets », confie Amandine Tuerlinckx dans Matin Première sur la RTBF. « On a mis un peu de temps à se remettre des nouvelles de la réforme et donc là, on va se réunir encore pour discuter de comment est-ce qu’on va terminer l’année scolaire. »

Pour la directrice bruxelloise, la mobilisation demeure essentielle malgré le vote qui a eu lieu au Parlement. « La colère est toujours présente », ajoute-t-elle.

La mobilisation est toujours d’actualité. Bien que certains pensent que le vote marque la fin du combat, les enseignants engagés ne partagent pas cet avis. Des actions continuent d’être envisagées : maintien des piquets de grève, nouvelles manifestations, ou même financement participatif en vue d’une action en justice.

« Les politiciens ont voulu forcer la main en se précipitant pour approuver des réformes. Nous, sur le terrain, on n’est pas prêts et on n’est pas d’accord », déclare Amandine Tuerlinckx.

Les professionnels du terrain espèrent encore des ajustements. « On espère que des amendements seront possibles pour nous faciliter le travail, que des reports existent, voire des annulations », précise la directrice.

À l’approche de la fin de l’année, la question des examens et des épreuves certificatives suscite des inquiétudes parmi certains parents et élèves. Amandine Tuerlinckx souhaite cependant rassurer. « Les enseignants sont des professionnels, ils connaissent les élèves, ils évaluent tout au long de l’année », explique-t-elle. Dans son établissement, qui pratique une pédagogie active, les examens traditionnels n’existent pas. « Dans notre école, on travaille en pédagogie active, on n’a jamais d’examen, ni en fin d’année, ni à Noël, à part les épreuves certificatives externes qui nous sont imposées. »

À son avis, les conseils de classe disposent de tous les outils pour évaluer les élèves et prendre les décisions adaptées à leur parcours scolaire. Elle fait également remarquer que des situations exceptionnelles, comme la pandémie de Covid-19, ont déjà montré la capacité d’adaptation du système.

Concernant les élèves qui comptaient sur les examens pour améliorer leurs résultats, la directrice rappelle que les apprentissages doivent se faire sur le long terme : « Normalement, un élève est censé avoir acquis des compétences et des savoirs pendant toute l’année et les installer durablement. On n’installe pas durablement des savoirs en étudiant les deux semaines qui précèdent. »

Malgré les perturbations causées par le mouvement, Amandine Tuerlinckx témoigne d’un soutient significatif des familles. « C’est vraiment du jamais vu parce qu’on n’a jamais eu autant de soutien des parents, des passants », affirme-t-elle.

Elle évoque plusieurs semaines de mobilisation devant l’établissement, accompagnées de marques de solidarité. « On a reçu plein de mails très soutenants », confie-t-elle.

Selon elle, l’opinion publique a évolué au fil des semaines. « Maintenant, l’opinion publique est quand même fort derrière nous, surtout avec les violences policières qui ont eu lieu, ils se rendent compte que les choses dérapent et que les enseignants sont vraiment touchés. »

Au-delà de la fin d’année scolaire, les établissements doivent se préparer à la rentrée de fin août en conformité avec les nouvelles règles votées. Cependant, cette préparation est compliquée par un manque d’informations précises. « On avait reçu une circulaire précocement, trop précocement avant le vote, qui pouvait déjà nous aider à nous préparer. Mais donc on a dû faire un travail en amont sans savoir vraiment s’il allait servir », explique la directrice.

De nombreuses zones d’ombre demeurent. « Il reste encore beaucoup d’imprécisions. Il reste encore beaucoup de questions », ajoute-t-elle.

« C’est un peu le chaos. » Cela reflète l’état d’esprit d’une partie du secteur éducatif ; entre colère, inquiétude et incertitudes, le mois de juin s’annonce particulièrement mouvementé dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.