Belgique

Après la catastrophe minière en Chine, l’attente insoutenable des proches

Un coup de grisou survenu vendredi dans la mine de Liushenyu, dans la province du Shanxi, a fait 82 morts. Les autorités ont affirmé que le groupe privé exploitant la mine, le groupe Tongzhou, avait commis de « graves » infractions.


Cigarette aux lèvres devant l’entrée d’un site minier en Chine, un homme fume nerveusement dimanche en pensant à son frère, dont il n’a pas de nouvelles depuis un coup de grisou ayant causé 82 morts.

Il raconte à l’AFP que son frère, un père de famille de 47 ans, était sous terre au moment du drame survenu vendredi dans la mine de Liushenyu, située dans la province du Shanxi, au nord de la Chine.

Cet accident est le plus meurtrier survenu dans le pays depuis 2009. Selon les médias d’État, 247 mineurs se trouvaient dans les galeries souterraines lors de cette tragédie.

Les appels téléphoniques à son frère « ne passent plus », confie-t-il, n’osant annoncer la nouvelle à ses parents. « Je n’ose pas leur dire », affirme-t-il, tout en demandant à rester anonyme.

« Je n’ai aucune idée de comment l’accident est survenu », souligne-t-il, espérant seulement que son frère soit sain et sauf.

Les équipes de secours mènent dimanche une vaste opération pour retrouver deux personnes toujours portées disparues, rapportent les médias officiels.

Le père de famille de 47 ans fait-il partie de ces deux mineurs ?

« Ils disent que deux personnes sont portées disparues, mais qui sait si c’est exact ? Honnêtement, on n’en sait rien », déclare son frère.

En quête d’informations, lui et des proches d’autres mineurs, certains en larmes, font les cent pas devant un barrage filtrant qui les empêche de se rapprocher de la mine.

Des policiers en poste à proximité demandent aux journalistes de l’AFP de ne pas parler aux familles et de quitter les lieux.

L’homme de 47 ans travaille dans cette mine depuis trois ou quatre ans et perçoit un salaire mensuel de 7 000 à 10 000 yuans (entre 890 et 1 270 euros), explique son frère. C’est une rémunération relativement bonne pour le Shanxi, une province relativement pauvre.

À proximité, des ambulances et des voitures de police sont autorisées à passer en direction de la mine.

Le Shanxi, province montagneuse, est le cœur de l’industrie charbonnière chinoise.

La sécurité dans les mines chinoises s’est améliorée au cours des dernières décennies, ainsi que la couverture médiatique des incidents majeurs, qui étaient autrefois souvent passés sous silence.

Cependant, des accidents surviennent régulièrement à cause de la dangerosité inhérente au secteur et de l’application parfois laxiste des mesures de sécurité.

Les autorités ont déclaré samedi soir que le groupe privé exploitant la mine, le groupe Tongzhou, avait commis des « infractions graves », promettant que « les responsables seront sévèrement punis ».

Des mineurs travaillant sur le site critiquent dimanche ce qu’ils jugent un manque de considération de la part de leur employeur. Deux d’entre eux disent ne pas avoir été payés depuis plusieurs mois.

« En matière de gestion, ici, ce sont les pires », déclare à l’AFP un mineur de 58 ans, qui soutient avoir travaillé dans plusieurs mines de charbon au cours des trois dernières décennies.

Il ne souhaite pas donner son nom de peur de perdre son emploi. L’homme affirme également que les ouvriers doivent acheter eux-mêmes leurs casques.

Les deux mineurs qui travaillaient vendredi matin n’étaient pas sous terre lors de l’explosion.

« Si on avait été là-bas quelques heures plus tard, ça aurait été nous », affirme le quinquagénaire, pensif.

« Je suis vraiment dévasté », précise-t-il.

L’AFP a sollicité une réaction du groupe Tongzhou concernant cet accident.

Devant le barrage filtrant, une femme assise sous un arbre attend des nouvelles de son mari, lui aussi mineur.

« Se faire du souci, ça ne sert à rien », affirme-t-elle, refusant également de donner son nom. « On est déjà malade d’inquiétude, mais être angoissé ne va rien changer ».

Son époux, avec qui elle est mariée depuis plus de 20 ans, parlait rarement de son travail. Elle n’a pas réussi à le joindre depuis l’explosion.

« Je n’ai vraiment pas le cœur à parler de ça », conclut-elle, demandant à rester seule.