Amnesty International dénonce le nettoyage ethnique par Israël en Cisjordanie.
Amnesty International souligne que 27 communautés bédouines et pastorales ont été déplacées de force entre 2023 et 2025 ou sont menacées de déplacement dans la zone C de la Cisjordanie. Le gouvernement israélien a donné son feu vert à la création de 102 colonies en Cisjordanie depuis fin 2022, ce qui a conduit à plus de 200 colonies sur le territoire occupé et presque autant de postes avancés.
Dans un récent rapport, Amnesty International met en lumière la vulnérabilité des communautés bédouines et pastorales, souvent isolées et dépourvues de services de sécurité. Entre 2023 et 2025, 27 de ces communautés ont été déplacées de force ou sont menacées de déplacement dans la zone C de la Cisjordanie, qui représente 60 % de ce territoire et est sous contrôle israélien conformément aux accords d’Oslo des années 1990.
Amnesty mentionne « les appels explicites de responsables israéliens à l’extension des colonies » ainsi que « des mesures visant à minimiser la présence palestinienne » dans cette zone C.
Le gouvernement, dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahou, considéré comme l’un des plus à droite de l’histoire du pays, a intensifié le programme nationaliste religieux du mouvement des colons. Amnesty dénonce que le gouvernement « a accéléré l’extension des colonies et les saisies de terres, augmenté l’aide financière et logistique aux colonies, et armé les colons, permettant ainsi une campagne brutale – cautionnée par l’État – de violences commises par des colons et de déplacement forcé des Palestiniens de la zone C ».
Carine Thibaut, directrice générale d’Amnesty International Belgique francophone, affirme que l’on peut qualifier cette situation de « nettoyage ethnique parce qu’il y a une véritable volonté de remplacer un groupe par un autre groupe, et dans ce cas-ci de judaïser complètement la Cisjordanie ». Elle souligne également que cela représente un crime de guerre « de déplacements forcés et un crime contre l’humanité de transfert forcé d’une population ».
Actuellement, plus de 200 colonies occupent le territoire, accompagnées de presque autant de postes avancés, des implantations sauvages annonçant de nouvelles constructions. Depuis la formation du gouvernement Netanyahou fin 2022, l’approbation de 102 colonies en Cisjordanie a été donnée, selon l’organisation israélienne anticolonisation La Paix Maintenant. Plus de 500 000 Israéliens résident en Cisjordanie dans des colonies considérées comme illégales par les Nations unies, tandis que trois millions de Palestiniens habitent cette région.
La violence à l’égard des Palestiniens a fortement augmenté depuis l’attaque du mouvement islamiste Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, atteignant une moyenne de six attaques de colons par jour, selon le bureau des opérations humanitaires de l’ONU (Ocha). Certains actes de violence incluent des incendies, des dégradations, des vols, et parfois des agressions physiques et des meurtres.
Israël attribue ces actes à des individus isolés, mais Amnesty International conteste cette vision, affirmant qu’il s’agit d’incidents soutenus par un cadre étatique. Carine Thibaut précise que « nous voyons une politique d’État qui soutient structurellement l’annexion de la Cisjordanie. Il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas seulement d’un petit groupe ».
Amnesty souligne également que le soutien de l’État est visible dans le système judiciaire, où les actes des colons les plus violents ne sont pas suivis de conséquences, renforçant ainsi un sentiment d’impunité. Les témoignages indiquent que des colons menacent les Palestiniens, détruisent leurs biens, et que les victimes se retrouvent souvent en situation judiciaire défavorable.
Pour illustrer ce phénomène, Thibaut évoque le cas de Zanouta, un petit village du sud de la Cisjordanie. Après l’installation d’un avant-poste de colons à proximité, la communauté a subi une campagne de violence et de harcèlement, entravant leur accès à des ressources vitales et s’accompagnant parfois de l’intervention des forces israéliennes.
Amnesty International dénonce également « l’inaction » de la communauté internationale face à cette situation, appelant les dirigeants mondiaux à agir. La secrétaire générale, Agnès Callamard, avertit que l’inaction alimente directement des crimes contre l’humanité et fait pression pour que des mesures comme la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël soient envisagées.
En Belgique, bien que l’importation des produits issus des colonies ait été discutée dans un accord du gouvernement, il reste à mettre en œuvre les mesures concrètes nécessaires, car certains de ces produits continuent d’entrer sur le marché. Pour Amnesty, « cette impunité dont bénéficie Israël permet la reproduction des crimes de droit international ».

